Pentecôte 2017 - Cathédrale le 4 juin 2017 | Diocèse de Troyes

Pentecôte 2017 - Cathédrale le 4 juin 2017

 

Homélie                             Jn 20, 19-23

 

Il faut attendre cinquante jours après Pâques pour qu’advienne dans le récit des Actes des Apôtres la venue de l’Esprit Saint dans des formes extraordinaires comme nous l’avons entendu tout à l’heure. Or l’Esprit Saint, nous rappelle l’Evangile, Jésus l’a transmis à ses disciples le soir de Pâques, quand il est venu les retrouver au Cénacle et leur a dit : « Recevez l’Esprit Saint ». Comment expliquer ce décalage ? Derrière lui il y  a toute la question de l’expérience de foi qui est aussi une question pour nous.

Il y a une explication symbolique qui peut nous aider à mieux comprendre ce qui est en jeu. Pentecôte, c’est un mot grec qui veut dire 50 jours. Ce chiffre 50 est le résultat de la multiplication de 7 par 7. Or 7 dans la théologie biblique est le chiffre symbolique de la plénitude : il y a les 7 dons du Saint Esprit. Pour faire 50 il y a encore un reste de un, c’est-à-dire encore quelque chose de plus que ce maximum. Ces 50 jours sont l’expression de la plénitude du don de Dieu reçu par les apôtres, du temps qu’il leur aura fallu pour accueillir l’Esprit Saint et comprendre leur mission. Alors les portes du Cénacle s’ouvrent et ils deviennent les missionnaires enflammés de la Bonne Nouvelle de ce Dieu qui vient sauver l’homme. Ce n’est donc pas une question de chronologie. Ce qui est en jeu, c’est la maturation de leur foi dans Jésus Ressuscité et de leur réponse à l’appel qu’il leur adresse à poursuivre sa mission.

A la Pentecôte ils expérimentent donc la plénitude du don qu’ils ont reçu. En Jésus Dieu n’a pas envoyé simplement un prophète, quelqu’un qui agit en son nom. Il s’est donné tout lui-même, sans aucune réserve. Les apôtres ont compris que c’est cela qui leur est arrivé dans la Résurrection de Jésus et que c’est cela qu’ils doivent annoncer à toute l’humanité. Car la vie de Dieu qui leur a été communiquée, elle l’a été non seulement pour eux, mais pour qu’ils en fassent part à tous.

Nous sommes un peu comme tous ces gens qui étaient amassés devant le Cénacle et ont entendu le discours de Pierre. Dieu nous a donné à tous sa vie, son amour, cette vie et cet amour qui ont pour nom l’Esprit Saint et chacun les reçoit en particulier, c’est ce que veut dire dans sa propre langue. On peut donc dire à partir de là que chacun est appelé à vivre une plénitude de vie avec Dieu. Cela veut dire que nous ne devons plus penser Dieu comme quelqu’un qui est au-dessus de nous ou à côté de nous, mais comme celui qui est la vie de notre vie, qui est là présent au plus intime de nous-même.

Cela change même la manière de regarder l’Eglise dont nous faisons partie. Nous la voyons souvent comme une institution, avec sa hiérarchie et ses règlements. C’est bien plus que cela, c’est un grand corps traversé et uni par une seule vie, la vie même de Dieu, l’Esprit Saint. Dans l’éclairage de la Pentecôte, on peut même voir le monde autrement. Ce n’est plus seulement le lieu des confrontations, des guerres, des violences, des attentats. Il a lui aussi vocation à être rempli de la plénitude du don de Dieu, c’est-à-dire la présence et l’action cachée mais réelle de l’Esprit de Dieu qui fait vivre, partout, y compris au cœur des drames humains.

La fête de la Pentecôte doit donc être pour nous une fête de l’espérance. Elle nous rappelle que non seulement Dieu est venu au milieu de nous, en se faisant homme comme nous, mais qu’il demeure en nous, qu’il demeure dans l’Eglise, qu’il demeure dans le monde pour unir tous les hommes en lui.

Cette fête de la Pentecôte est donc une invitation adressée à chacun à ouvrir l’esprit et le cœur pour mieux apprécier la grandeur de Dieu et de son amour. Il a fait le monde pour nous, il est venu partager notre vie en Jésus, il a donné sa vie pour nous, mais bien plus encore il a voulu devenir la vie de notre vie à tout moment, il a voulu qu’il n’y ait plus de séparation entre lui et nous (sauf celle que nous créons) et c’est cela l’Esprit Saint en nous, source d’énergie et source de consolation. Nous avons en nous beaucoup plus de ressources que nous ne le pensons et qui vont bien au-delà de nos pauvres moyens humains limités. A cause de cette force et de cette vie qui sont en nous, nous pouvons ouvrir notre cœur à l’espérance. Quand nous regardons autour de nous, nous nous disons quelquefois : que va devenir la foi ? Qu’en est-il de l’avenir de notre Eglise ? Y aura-t-il encore des chrétiens après nous et quand nous voyons la réalité autour de nous, les pensées les plus sombres peuvent nous agiter. Mais si nous croyons que l’Eglise est habitée par l’Esprit Saint, plénitude du don de Dieu, alors nous pouvons nous dire aussi que ce sera à lui de la conduire, de la protéger, de la faire grandir. Cela ne veut pas dire que nous n’avons rien à faire. Mais nous avons peut-être aussi à écouter l’Esprit qui est en nous, à regarder de l’intérieur tous les éléments positifs qui habitent aujourd’hui notre monde : c’est l’œuvre de l’Esprit de Dieu présent en chaque homme, et dans nos sociétés.

Voilà pourquoi la Pentecôte est grande et nécessaire. Elle élargit le cœur à une espérance qui ne déçoit pas, comme dit Saint Paul. Celle-ci n’est pas fondée sur des prévisions ou des sondages, plus ou moins optimistes, sur les effets volontaristes de l’homme, elle est fondée sur la présence et l’action de Dieu qui remplit chaque personne et chaque chose.

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

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