Pèlerinage - Notre Dame du Chêne le 10 septembre 2017 | Diocèse de Troyes

Pèlerinage - Notre Dame du Chêne le 10 septembre 2017

 

Homélie                                 Jn 2, 1-11

Le passage de l’Evangile que nous venons d’entendre est le premier signe prodigieux de Jésus, nous dit l’Evangéliste Jean. Le premier d’une longue série qui va jusqu’à la Résurrection. Et la place que Marie y occupe n’est pas sans importance. Marie a déjà fait l’expérience de l’inattendu de Dieu : l’annonciation par laquelle elle apprend de l’ange qu’elle enfantera sans avoir connu d’homme, la naissance de Jésus qui ne respecte aucun des canons habituels.

A Cana, si vous me permettez l’expression, on sort aussi des clous. Les noces incarnent une volonté de vivre des amours durables et fécondes, comme il advient pour tout être digne de ce nom. Et pourtant ce n’est pas ce qui se passe. Ils n’ont plus de vin. Il ne pouvait arriver pire pour casser l’ambiance du banquet, pour renvoyer ceux qui se sont mariés à l’échec, parce qu’un repas de mariage défaillant du point de vue de ce qui est sur la table est une humiliation majeure. Marie est attentive à cela. Elle sait que sans le vin se perd la joie, l’amour, l’abondance, elle sait que manquer de vin, c’est manquer de ce qui fait vivre. Combien de personnes seules et attristées se demandent quand s’est arrêté l’amour dans leur vie. Combien de personnes âgées se sentent exclues de la fête de leur famille, marginalisées et ne s’abreuvent plus à la source de l’amour des leurs. Le manque de vin c’est aussi le manque de travail, l’effet de maladies, de situations problématiques que toute famille en ce monde est susceptible de traverser.

Marie qui s’est rendue compte de ce manque ne réclame pas, elle ne surveille pas non plus les incapacités, les erreurs qui peuvent déboucher sur des échecs, mais dans son cœur elle voit nos manques et elle s’en préoccupe. Mais elle ne réclame pas. Elle qui voit les manques de l’humain recourt à Jésus en toute confiance. Elle ne s’adresse pas au majordome, elle se tourne vers son Fils dont elle sait que quelque chose viendra.

Et l’apparente fin de non-recevoir de Jésus ne décourage pas Marie. Elle a confiance que quelque chose adviendra. Elle ne sait pas quoi, mais elle sait que Dieu ne laissera pas tomber l’homme. Elle nous enseigne à nous en remettre à Dieu, à remettre nos vies entre ses mains parce que dans ses expériences de l’inattendu de Dieu, elle a découvert que nos préoccupations sont aussi celles de Dieu et qu’il nous donne au-delà de ce que nous pouvons demander.

C’est cela l’enseignement qu’elle nous donne à travers les noces de Cana. Elle prie son Fils, elle n’exige rien. Elle est toute entière dans le registre de la confiance, puisqu’elle dit : « Faites ce qu’il vous dira ». Elle nous montre un chemin qui nous fait sortir du périmètre de nos soucis, nous fait transcender ce qui nous fait mal, ce qui nous secoue ou ce qui nous manque à nous-mêmes, et nous fait entrer dans le registre de la confiance. Autrement dit Marie est celle qui dégage notre cœur des lourdeurs de nos attentes et de nos besoins pressants et l’ouvre à l’accueil de ce que Dieu veut nous donner.

Il y a quelques semaines j’ai eu le privilège d’aller à Mossoul dite libérée. Il n’y a aucune fécondité particulière à aller voir l’horreur et la destruction qui ont été perpétrées là-bas. Aujourd’hui on les voit à la télévision. En revanche pour moi ce fut l’occasion de faire une démarche de confiance, je dirai même un pèlerinage de confiance. Dans une des églises où était enterré l’ancien archevêque qui m’avait accueilli en 2008 et avait été tué trois semaines après, j’ai déposé la petite statue de Notre Dame du Chêne, de la Vierge qui n’exige rien de Dieu, mais dit sa confiance en ce que Dieu accomplira. Devant l’horreur et la désolation, il n’y a pas mieux que cela à faire. Avec Marie, avec Notre Dame du Chêne, j’ai chanté avec tous ceux qui étaient avec moi l’inattendu de Dieu. Et permettez-moi de dire sans outrecuidance que si à Mossoul la vie l’emporte, la réconciliation s’instaure, ce sera l’effet de l’inattendu de l’amour de Dieu, préparé par la confiance de Marie.

La confiance, mais aussi un agir. Les paroles « Tout ce qu’il dira, faites-le », adressées aux serviteurs du banquet, sont une invitation à nous aussi, invitation à nous mettre à la disposition de Jésus qui est venu pour servir. L’inattendu de Dieu c’est le service du Christ, signe du véritable amour. Et nous sommes invités à nous faire le relais de ce service en nous mettant au service les uns des autres, comme Marie l’a fait pour le couple des noces, en prenant l’initiative par rapport aux serviteurs pour le service de ceux qui se mariaient. Les noces de Cana nous apprennent aussi que l’inattendu de Dieu s’exprime dans le service du Christ qu’il a mené jusqu’à la Croix et que c’est ce service-là que nous devons traduire dans notre manière d’être les uns avec les autres, le service de la vie, de l’amour, du pardon, de l’espérance.

Nous déposerons tout à l’heure dans cette chapelle une photo de la statue de Notre Dame du Chêne, réplique de celle que nous avons portée en procession tout à l’heure, reposant sur l’autel de l’Eglise Saint Paul à Mossoul, symbole de la confiance à laquelle Marie nous invite dans l’attente de l’inattendu de Dieu, mais aussi invitation à agir pour que cet inattendu advienne sous la forme de l’amour et du service de nos frères.

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

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