Messe du 60ème anniversaire de la Mission Ouvrière 2017 | Diocèse de Troyes

Messe du 60ème anniversaire de la Mission Ouvrière 2017

 

Introduction

Lorsque quelqu’un a 60 ans, il commence à songer à sa cessation d’activité professionnelle. 60 ans, c’est l’heure d’un premier bilan d’une vie bien remplie.

Pour ses 60 ans, la Mission Ouvrière elle ne songe pas à prendre sa retraite. Elle est née pour évangéliser le monde ouvrier. 60 ans après, la question et la mission restent d’actualité, même si les paramètres ne sont plus les mêmes. Beaucoup de choses ont bougé : les réalités du travail, l’émergence d’un monde populaire constitué de familles au statut précaires, de migrants, de nouvelles cultures. Face à cela, retentit plus que jamais l’appel du Christ à écouter les petits et les oubliés, à s’engager au service de la dignité de tout être humain, à partager la joie de croire au sein des lieux de travail, d’habitation et au cours des évènements, à adopter le regard du Christ vers son Père et sur le monde, à développer la communion ecclésiale. Cet appel s’adresse à chacun de nous. Reconnaissons au début de notre Eucharistie que nous avons besoin de renouveler notre cœur pour mieux l’entendre et mieux y répondre.

 

Homélie                                  Lc 16, 19-31

Ce texte vient bien à propos pour nous aider à réfléchir sur notre mission aujourd’hui. Les 60 ans de la Mission Ouvrière sont une bonne opportunité pour nous faire sortir de toute forme de regard nostalgique sur une époque où c’était grisant de faire chrétien ses frères et nous ramener à un aujourd’hui où sont toujours en question des hommes, des petits qui ont besoin de connaître le Christ et de répondre à son appel à le suivre. Et la question qui s’adresse à nous demeure celle de la manière dont nous avons à agir pour les aider à le rencontrer et à entendre son appel.

Ce texte qui nous parle du riche et de Lazare est intéressant parce qu’il nous montre que le plus déterminant pour l’annonce de l’Evangile n’est pas le contexte, mais ce qui se trouve à l’intérieur des personnes, de ceux qui suivent Jésus dans sa montée vers Jérusalem. Et ce dont il s’agit, c’est du point où ils en sont de l’accueil de l’Evangile dans leur cœur. Il s’agit pour chacun de sortir de son enfermement dans ses conditions de vie.

La parabole propose bien un contexte, le riche et le pauvre, mais ce qui importe c’est qu’elle déclenche en nous une réaction, non pas à partir de la condition sociologique des protagonistes, mais à partir de ce qui se passe dans leur cœur.

La lecture de cette parabole donne l’impression d’une vie bloquée dans un fonctionnement rigide, dans une fatalité, celle de la richesse et celle de la pauvreté, fonctionnements qui enferment les uns et les autres, qui clouent chacun à sa condition, l’un dans une belle maison pleine de festins, le pauvre à sa porte dans la misère. Survient alors un évènement : la mort pour l’un puis pour l’autre, et on a l’impression que l’enfermement se poursuit à front renversé : le pauvre Lazare dans le sein d’Abraham et le riche dans la fournaise. Surgit à ce moment-là une parole de demande, une ouverture du riche en direction d’Abraham et de Lazare. La réponse d’Abraham laisse entendre que le riche est bouclé dans sa situation. La question dès lors se pose, elle se pose pour nous tous, elle se pose pour les frères du riche : une nouveauté peut-elle se manifester, tracer son chemin, relier ceux qui sont éloignés ? Cette nouveauté, c’est celle de celui qui vient à nous en ayant traversé la mort : eux qui n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus.

Nous sommes là face à la question fondamentale : Ecouter vraiment, cette nouveauté appelle à agir en conséquence ; sans ce bouleversement de la vie au cœur des personnes, provoqué par cette écoute rien ne pourra advenir. Jésus disait à la synagogue de Nazareth au début de la vie apostolique : « Aujourd’hui pour vous cette parole s’accomplit ». Elle ne peut s’accomplir sans que les gens qui l’entendent se mettent en mouvement, se laissent bousculer par la parole entendue.

Notre responsabilité par rapport à la mission, c’est de faire entendre à notre tour cette parole qui rejoint toute personne là où elle en est, qui renouvelle son espérance qui la met en route, qui lui donne une dignité nouvelle, celle d’enfant de Dieu, appelé à la liberté. Cette parole retentit en dehors de nous, nous n’en avons ni la maîtrise ni la propriété, mais notre préoccupation doit être celle du psalmiste : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole, car c’est une parole qui fait vivre et qui libère de tout enfermement ».

Mais soyons bien conscients que la question s’adresse aussi à l’évangélisateur, si vous me permettez l’expression. La Parole du Seigneur est aussi pour nous et nous appelle à prendre position, à quitter nos prisons du temps présent et à entrer dans l’aventure de la foi, pauvres, démunis mais libres, de la liberté du témoin.

Il y a un an à Lourdes au Rassemblement National de la Mission Ouvrière, plus d’un millier de personnes étaient rassemblées pour entendre cette parole de Dieu qui jaillit au cœur du monde vers lequel nous sommes envoyés comme messagers de la Bonne Nouvelle, une parole qui a questionné, bousculé, renouvelé, qui a projeté vers l’avant. C’est dans cette dynamique-là qu’il faut fêter les 60 ans de la Mission Ouvrière, non pas avec un regard vers l’arrière, mais avec un regard vers l’avant, une volonté de se dire : « Parle aujourd’hui, Seigneur, ton serviteur écoute ».

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

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