Messe d’adieu à Andres Felipe SALAZAR - Romilly sur Seine le 25 juin 2017 | Diocèse de Troyes

Messe d’adieu à Andres Felipe SALAZAR - Romilly sur Seine le 25 juin 2017

 

Homélie                                  Mt 10, 26-33

 

On dirait que Jésus parle pour nous ce matin. Votre curé s’en va, mais ne craignez pas, je suis là. Et de fait, il est là à travers Yeison qui reste, à travers le nouveau curé qui arrive, mais surtout à travers tous ceux qui sont engagés pour faire vivre cette communauté, et ils sont nombreux, à Romilly et à travers vous tous qui rendez vivante la Parole de Dieu dans le quotidien.

Ce que Jésus nous dit dans ce passage d’Evangile est une invitation à la confiance. Quand il parle de crainte, dans sa pensée il s’agit non pas de ces craintes fugitives qui gênent ou empoisonnent la vie de tous les jours, mais de la crainte qui peut nous saisir au moment de témoigner de notre foi et de notre attachement au Christ : la crainte de paraître fou ou demeuré ou dépassé.

Nombreux sont les témoignages de croyants qui sont marqués par le regard ahuri de leurs interlocuteurs quand ils parlent de ce qu’ils croient, par exemple avec des collègues de travail : « Tu croies encore à ces vieilles lunes ? ». Beaucoup de jeunes n’osent même plus dire qu’ils sont chrétiens, parce qu’ils ne veulent pas subir les moqueries de leurs camarades. Parfois cela va même jusqu’à la persécution : il y a aujourd’hui encore des personnes qui sont tuées à cause de leur foi.

Et si nous demandons à Jésus ce qui peut nous aider à traverser la crainte, dans cet Evangile il nous fait une réponse en trois points :

-         Nous n’avons pas à craindre que la vérité ne soit pas dévoilée, elle finit toujours par triompher

-         Nous n’avons pas à craindre l’hostilité du monde. Le monde passe et la vraie vie est éternelle

-         Nous n’avons pas à craindre de témoigner devant les hommes, car le soutien de Dieu est assuré à quiconque se donne à lui

Aujourd’hui beaucoup ont peur que la Parole de Dieu ne soit plus entendue. Quand nous regardons autour de nous en effet, notre monde et le monde, cette Parole de Dieu, ne semble plus avoir beaucoup de retentissement, on pourrait même penser qu’elle est totalement inefficace ; elle n’empêche pas les guerres, elle n’empêche pas la prédominance du pouvoir, de l’argent, de la violence. De plus en plus de personnes, même autour de nous, ne la connaissent pas, elle est souvent rejetée ou méprisée. Quand on regarde ce qui reste de siècles de déclarations, d’encycliques, d’évènements d’Eglise, on se dit qu’on a surtout nourri les archives, mais a-t-on nourri le cœur des hommes ?

Mais Jésus nous rassure : rien de caché qui ne sera dévoilé, la parole de Dieu continuera à dérouler sur la terre des hommes sa route de lumière, de vérité et de vie. Regardons comment le pape François et sa manière d’être attirent, stimulent, encouragent, nourrissent l’espérance de ceux qui n’arrivaient plus à croire en l’Eglise. Si nous ne nous laissons pas dominer par la peur nous-mêmes, nous serons des créateurs de lumière pour les hommes d’aujourd’hui.

Pour cela il ne faut pas craindre ceux qui tuent le corps, mais nous devons craindre l’adversaire de nos âmes, celui qui nous met à l’écart du bonheur et du bien. Nous n’avons rien à craindre si nous restons fidèles à Dieu. Au désert, Jésus a été tenté, mais il a su montrer que ce qui donnait sens à sa vie, c’était sa fidélité au Père. A nous aussi la question se pose de ce à quoi nous accordons le plus de prix. Jésus est venu nous le révéler. Dieu est toujours avec nous et ne cesse de vouloir habiter nos cœurs de son amour et de sa paix, de veiller sur nous, de nous gratifier de son pardon et de nous tendre la main pour nous relever. Si nous avons confiance dans sa Providence, nous n’avons rien à craindre des hommes et du monde. Cet abandon à la Providence n’a rien à voir avec l’insouciance, l’irréalisme et la naïveté. Chacun de nous a du prix, un prix infini aux yeux de Dieu. Ce que Jésus dit n’est pas une prime à la légèreté, mais une invitation à prendre conscience que nous valons bien plus qu’une multitude de moineaux, ce qui veut dire que Dieu prend notre vie au sérieux et que nous avons à la prendre au sérieux nous-mêmes.

Le témoin de Jésus c’est donc un homme de foi chez qui l’amour pour Dieu a banni toute crainte et qui est prêt, malgré ses limites et ses faiblesses, à confesser hardiment le Christ Sauveur, à se déclarer pour lui devant les hommes. Ça ne veut pas dire faire une campagne publicitaire, mais témoigner humblement de quelqu’un qui est notre ami.

Ce que nous avons le devoir de proclamer au monde, c’est ce que Dieu nous a murmuré à l’oreille, ce qu’il n’a jamais cessé de murmurer à son peuple, qu’il est amour, qu’il est joie, qu’il est paix. Parce que cette conviction a d’abord dû grandir dans notre cœur, notre témoignage ne doit pas être tonitruant, ni contraignant, ni impatient. Il doit être le reflet d’une aventure de relation que Dieu veut vivre avec chacun, et qui s’est construite petit à petit. Il doit être une parole de vie, une parole d’espérance, une parole que le Seigneur nous a donnée d’abord pour nous, mais ensuite pour qu’elle relève d’autres et les mette en marche.

C’est cette parole que le pasteur qui nous quitte avait à vous transmettre. Son départ ne change rien au fait que nous avons à la transmettre à notre tour à tous ceux que le Seigneur aime, à tous ceux que le Seigneur nous donne à aimer. Le Christ nous dit aujourd’hui : « N’ayez pas peur d’être des apôtres, quoi qu’il en coûte des disciples missionnaires ».

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

Newsletter

Restez informés, inscrivez-vous à notre lettre mensuelle!

Partenaires