Jeudi Saint 2017 - Saint Urbain le 13 avril 2017 | Diocèse de Troyes

Jeudi Saint 2017 - Saint Urbain le 13 avril 2017

 

Introduction

L’Eglise célèbre ce soir le don de l’Eucharistie et le sacerdoce confié par le Christ. Mais la fête est tragique : celui qui a tant aimé le monde entre dans sa Passion, parce qu’il ne transige pas avec la vérité de l’amour.

Ce soir il nous appelle à le suivre sur le chemin de la vie, même s’il passe par la Croix.

En mémoire de lui rendons grâce. Mais d’abord présentons-nous humblement devant lui en nous reconnaissant pécheurs.

 

Homélie                     Jn 13, 1-15

Je ne sais pas si vous avez l’expérience de la randonnée, pas la petite marche digestive du dimanche, mais la marche qui vous conduit loin et haut, comme cette marche vers Pâques, dans laquelle nous allons nous retrouver nombreux la nuit de demain à samedi, une marche pour laquelle il vaut mieux se préparer et prendre quelques précautions si l’on veut arriver au but, rester en forme et garder un bon moral. D’où l’importance d’avoir des barres alimentaires dans son sac à dos, de bien se restaurer aux étapes et d’avoir les pieds en bon état.

On peut faire le parallèle avec notre vie de foi. Nous sommes des pérégrinants, pèlerins par nature, toujours en marche et à coup sûr éprouvés un jour ou l’autre par la faim, la fatigue et la soif morale ou spirituelle, parfois par ces ampoules qui vous écorchent là où ça fait bien mal et nous empêchent d’avancer ; ou encore assailli par le doute, le découragement ou quelque question angoissante à vous tordre l’estomac.

Il faut pourtant continuer à avancer, tenir à l’heure de l’épreuve et ce sera peut-être plus difficile encore quand les ténèbres viendront soudain recouvrir notre terre et quand Jésus sur qui on croyait pouvoir s’appuyer fermement semble lui-même disparu de l’horizon, emporté par la tourmente.

C’est aujourd’hui son heure, l’heure de sa dernière marche, l’heure où il entre dans sa Passion. La Pâque approche, l’ambiance est lourde, mortifère. Les grands prêtres et les scribes cherchent comment l’arrêter pour le tuer ; l’un de ses disciples va le trahir, un autre le renier.

Jésus est à table avec eux. Au cours de ce dernier repas, avant de quitter ce monde et d’aller vers son Père, il va prendre soin des siens, de la marche avec lui à laquelle il les appelle, il va leur donner la nourriture dont ils ont besoin pour la route et s’occuper de leur laver les pieds, en signe de son amour indéfectible. Il leur demande de reprendre ces gestes en mémoire de lui. Ils pouvaient alors avancer et persévérer sur un chemin bien rude, un chemin qui doit traverser les déserts de la plaine et gravir les escarpements de la montagne, un chemin qui passe par la croix.

Tandis qu’ils mangeaient, Jésus prend du pain, le pain ordinaire, celui qui est fait pour nourrir la masse des hommes, fruit de la terre et du labeur de l’humanité, que l’on peut aussi partager en signe d’amitié. Ce pain Jésus le brise et le partage, en prononçant ces paroles : «Ceci est mon corps, livré pour vous ». Car c’est lui qui dans sa Passion sera brisé. Par son geste, il montre que c’est lui qui donne et se donne jusqu’à se faire pain, nourriture pour la vie du monde, pour notre vie, pour qu’elle se transforme et devienne à son tour fraternelle et sacramentelle.

Puis il prend une coupe, la coupe du sang versé de la nouvelle alliance, qui n’est plus le sang d’un agneau à répandre sur le linteau des portes de nos maisons, mais le sang du Christ qu’il nous invite à boire pour nous protéger des assauts destructeurs du mal et du péché.

Et l’Evangile nous rapporte que dans un geste d’humble service, il se met à genoux devant chacun de ses disciples, tel le Maître et Seigneur qu’il est en vérité, et il commence à leur laver les pieds à tous : Pierre qui allait le renier, des pécheurs du lac, Matthieu un collecteur d’impôts, Simon, un Zélote, Judas qui allait le livrer, douze hommes avec leurs pesanteurs d’humanité. Et à leurs pieds Jésus. C’est le monde à l’envers, mais c’est l’endroit de Dieu. Dieu a toujours pris soin de son peuple. Lève-toi et mange, autrement le chemin sera trop long pour toi, disait-il déjà à Elie épuisé, avant de lui servir une bonne galette et un verre d’eau fraiche. Souviens-toi, devant cette longue marche de 40 ans que tu as faite dans le désert, ton pied n’a jamais enflé, rappelait Moïse au peuple d’Israël. Dieu est fidèle à sa promesse d’être toujours avec nous et pour nous. Il le manifeste et le signifie en nous soutenant et nous secourant dans les réalités les plus vitales et les plus simples : manger, boire, servir, marcher, aimer. Ces réalités essentielles Jésus les reprend, les accomplit en leur donnant un sens nouveau, celui de l’amour.

Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Il fallait que Jésus prit la tenue de serviteur, endurât sa souffrance pour entrer dans sa gloire. Il en va de même pour nous. Jésus insiste : il nous demande de lui faire confiance et de reprendre en mémoire de lui ce qu’il a dit et fait pour nous : comme je vous ai lavés les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Heureux serez-vous si vous le faites en mémoire de moi.

Laissons-nous donc faire : laissons-nous laver les pieds et buvons à la coupe. Jésus nous demande de laisser toute réticence et tout blocage. Si nous parcourons avec le Christ le chemin de la Passion, de la vie, si nous devenons frères et sœurs au service les uns des autres dans un véritable amour mutuel, alors nous pourrons percevoir la lueur de l’aube et commencer à comprendre : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera ».

 

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

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