Fête de Saint Bernard - Grange Saint Bernard le 20 août 2017 | Diocèse de Troyes

Fête de Saint Bernard - Grange Saint Bernard le 20 août 2017

Introduction

Saint Bernard de Clairvaux, nous le savons, nous laisse un héritage impressionnant que vous, chers amis de la Fraternité, avez vocation et mission de faire fructifier. Il s’est mis à l’école du Christ révélateur de l’amour du Père et nous invite à faire de même. Se pensée pourrait se résumer dans cette seule citation :

« Lorsque Dieu aime, il ne veut qu’une chose, être aimé et il n’aime que pour qu’on l’aime, sachant que l’amour rendra bienheureux tous ceux qui l’aimeront. C’est une grande chose que l’amour ».

L’amour est bienveillance et pardon.

Au début de cette Eucharistie, reconnaissons que nous n’aimons pas à la hauteur de la manière dont nous sommes aimés.

 

Homélie                        Ct 8, 6-7                     -          Lc 6, 17-26

Des Béatitudes de Jésus, Saint Luc a retenu surtout les éléments les plus propres à raffermir une communauté de pauvres, éprouvés et menacés. Il est seul parmi les évangélistes à renforcer les Béatitudes par leur pendant négatif. A quatre reprises, Jésus dit : « Bienheureux êtes-vous », mais quatre fois également : « Malheureux êtes-vous ». Le message de Jésus peut être abordé par deux côtés : le côté des reproches, le côté où Jésus nous signale nos manques dont la prise de conscience devrait nous ramener à l’essentiel et le côté de la promesse où chaque appel devient une offre de bonheur.

Et quel est plus précisément le message de Jésus ? Il dit : « Malheureux, vous les riches ! ». Pourquoi ? Pas simplement par le fait qu’ils sont riches, car Jésus avait de bons amis parmi les gens fortunés ! Pourquoi, alors ? « Parce que dit Jésus, vous tenez déjà votre récompense ». Est riche pour Jésus celui qui n’attend plus rien de Dieu parce qu’il a refermé les mains sur son avoir et qu’il a mis toute sa consolation dans une sécurité matérielle. Etre riche, selon lui, c'est n’avoir plus en soi cet espace de désir que l’homme ne peut pas combler, mais que seul Dieu peut combler, c’est de ne plus avoir en soi cette espérance que seul Dieu peut satisfaire. On n’espère plus rien parce qu’on a tout.

« Heureux au contraire vous les pauvres, dit Jésus, parce que le Règne de Dieu est à vous : votre richesse et votre bonheur, c’est ce règne de l’amour qui s’accomplit en vous ».

Jésus ne dit pas : heureuse la misère, car la misère est un mal dont il faut se défaire. Il dit plutôt heureuse la pauvreté, parce que c’est un état qui ouvre le cœur aux dons de Dieu et qui ainsi nous donne la vraie joie.

Telle fut l’expérience de Bernard de Clairvaux : une intuition, une prise de conscience d’être aimé de cet incompréhensible amour gratuit de Dieu. Heureux sommes-nous, comme Bernard, parce que nous sommes aimés. Ce Dieu si grand, il a tellement aimé des gens si petits tels que nous.

C’est pour répondre à cet Amour, c’est pour chercher cet amour que Bernard a voulu consacrer toute sa vie à Dieu, non pas en pure perte, mais dans une totale gratuité à la recherche de Dieu. Il se met à l’école de Jésus, l’homme des Béatitudes, pour apprendre de lui comment répondre à l’amour de Dieu. Et il nous invite à nous mettre nous aussi à cette école et à nous demander en quoi et en qui nous avons mis notre confiance.

Nous aspirons tous au bonheur, à la plénitude de la vie, mais il faut reconnaître que parfois ce bonheur nous le cherchons là où il ne peut se trouver. Nous le cherchons dans la satisfaction immédiate de nos envies comme des riches, et Jésus nous dit : « Malheureux à vous qui êtes repus maintenant, parce que vous aurez faim ». Malheureux effectivement celui qui se repait avec tant d’avidité de ce que la vie peut offrir qu’il n’a plus faim de l’essentiel, il n’a plus faim de Dieu. Parce qu’il se satisfait de l’immédiat et qu’il se laisse remplir des choses qu’il fait, qu’il possède ou qu’il convoite, il ouvre en lui une faim jamais satisfaite mais qu’il ne peut découvrir que s’il rentre en lui-même, la faim d’une vie authentique, ouverte et généreuse. Heureux en revanche ceux qui ont faim maintenant de ce que Dieu donne : ceux-là seront rassasiés.

Et Jésus continue : Malheureux sommes-nous, nous le sentons bien, lorsque nous nous installons dans la facilité et l’égoïsme, sans rien de profond qui nous passionne et nous motive, car alors nous nous retrouverons seuls, sans horizon et sans amitié, quand l’épreuve nous touchera. Heureux au contraire si nous savons pleurer avec ceux qui pleurent, car nous vivons dans la lumière de Dieu quand l’amour de Dieu nous aura fait triompher de toutes nos peurs ; alors nous serons dans la joie d’un cœur libre, parce que c’est un cœur qui aime et qui se sait aimé.

« Malheureux aussi, nous dit Jésus, quand tous les hommes disent du bien de vous ». Jésus nous rappelle que si nous voulons aller jusqu’au bout avec lui, nous risquons d’être détestés, écartés, rejetés. Je pense aux Chrétiens d’Orient. C’est ce qui leur arrive, car leurs adversaires n’acceptent pas Jésus et son Evangile. Nous devons nous en réjouir. Ça veut dire que nous sommes associés au destin de prophète incompris de Jésus et non pas aux réussites, aux renommés de ce monde.

Ce texte pose sérieusement question. Comment est-il possible d’être heureux dans le fait d’être pauvre, d’avoir faim, de pleurer ? Saint Bernard répond à cette question. Cela est possible si dans notre vie il y a l’amour.

Recevons-donc, chacun de nous, comme nous étant personnellement adressées par Jésus les paroles du Bien Aimé à sa Bien Aimée que nous avons entendues dans la lecture du Cantique des Cantiques : « Que mon nom soit grâce dans ton cœur ». Si le nom de Jésus, l’homme des béatitudes, est gravé dans notre cœur, s’il nous est aussi continuellement présent qu’un tatouage gravé sur un bras, alors aucune épreuve ne pourra nous faire tomber, alors aucune tristesse ne pourra éteindre la flamme du bonheur qui est en nous ». Car comme dit Saint Bernard dans son traité de l’Amour de Dieu : « Lorsque Dieu aime, il ne veut qu’une chose, être aimé, sachant que l’amour rendra bienheureux tous ceux qui l’aimeront ».

Bernard était soucieux de fécondité spirituelle et apostolique. Mais pour lui cette fécondité est le fruit de l’amour qui ne se situe pas au niveau de la parole, ni de l’action, ni même de la prière, mais au niveau de l’être. C’est à ce niveau que doit être la vie monastique qui sera alors une parabole de la gratuité de l’amour de Dieu.

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

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