Assomption 2017 - Eglise des Noës près Troyes | Diocèse de Troyes

Assomption 2017 - Eglise des Noës près Troyes

 

Introduction

Beaucoup vont vers Marie à l’occasion du 15 août. Si les pèlerinages de confiance se multiplient ainsi, c’est parce que nous comprenons que Marie, qui a marché avec la vie du Seigneur en soi pour aller à la rencontre de sa cousine Elisabeth, vient à la rencontre de tous ceux qui le cherchent et l’attendent. Soyons donc dans la joie et accueillons ce Seigneur qui vient nous sauver, porté par Marie.

 

Homélie                       Ap Jn11, 19a ; 12, 1-6ab ; 10ab

 

La fête de l’Assomption est certainement celle des fêtes de la Vierge Marie à qui le peuple chrétien donne le plus d’importance. C’est le moment des vacances et beaucoup d’Européens se rassemblent dans les sanctuaires qui sont dédiés à Marie. Traditionnellement cette fête rappelle aussi combien nos ancêtres ont confié, voire consacré le destin de notre pays à Marie, invoquant sa protection dans les heures difficiles des guerres et des épidémies, la priant de conjurer leurs incertitudes face à l’avenir. Le plus important – rappelle le pape Pie XII en définissant le dogme de l’Assomption – n’est pas de savoir comment Marie a pu être élevée au ciel avec son corps, autrement dit comment son corps a pu ne pas connaître la corruption, le plus important est de se dire que Marie a triomphé de la mort et qu’elle a été glorifiée dans le ciel, à l’exemple de son Fils unique Jésus-Christ.

Voilà pourquoi Marie mérite toute notre dévotion, tout notre hommage. Il ne faut pas voir en elle d’abord la protectrice de nos intérêts ou de nos âmes, mais la femme qui a été totalement fidèle en sa foi, et qui a été, à cause de cela, totalement proche de Dieu et totalement associée au salut de tous, par l’Esprit Saint, dans la mise au monde de Jésus. Le pape Pie XII disait : « Elle a triomphé de la mort ». Or tout à l’heure dans la lecture de l’Apocalypse comme dans celle de St Paul aux Corinthiens, nous avons entendu que l’enjeu de l’histoire des hommes, c’est bien le combat entre les puissances de ce monde, les forces du mal, et l’enfant menacé de mort dès sa naissance. Nous pouvons donc comprendre que Marie, si elle est maintenant dans la paix et la lumière resplendissante de Dieu, n’en a pas moins été la première croyante engagée dans les conflits entre le péché et la grâce, entre la violence des hommes et l’amour indépassable de Dieu, comme nous le sommes nous-mêmes. Si elle est sainte, c’est parce qu’elle a été comblée de la grâce de Dieu, si elle est notre mère à tous, c’est à cause de la bienveillance que le Père lui a manifestée, en vue du salut du monde. Nous ne devons donc pas la considérer comme une divinité hors du temps. Elle est une femme parmi les autres, mais elle est distinguée parce qu’en elle s’est réalisée totalement la promesse faite par Dieu à Abraham pour les siens à jamais.

Il est important de rappeler cela, parce qu’il y a des manières de regarder Marie, de célébrer Marie, comme si elle n’avait pas connu elle aussi un chemin de croix avant de participer à la victoire sur la mort dans le Christ ressuscité.

Ce que la tradition dit de Marie peut aussi s’appliquer à l’Eglise : elle aussi, dans la fidélité à sa foi, est associée par l’Esprit Saint à la mise au monde de Jésus. Mais parce qu’elle est dans l’histoire, elle est prise elle aussi dans un conflit continu entre la fidélité à l’amour et les passions violentes de l’histoire. A cause de cela l’enfant qu’elle présente au monde est un enfant fragile issu du souffle de l’Esprit Saint. De même que Marie, l’Eglise pourrait être regardée comme hors du temps. Certains attendent d’elles des talents miraculeux et la critiquent quand elle n’exauce pas les attentes humaines. C’est une mauvaise compréhension de ce que veut dire « être croyant ». C’est tout le contraire qui se passe : l’obéissance de la foi est toujours une épreuve, un désert où les bons fruits de l’Esprit sont menacés de mort. Marie n’a pas vécu autre chose. Mais c’est avec le Christ qu’elle a trouvé sa gloire, une gloire qui est faite d’ouverture, d’humilité et de faiblesse rachetée par l’amour. C’est à cause de cela qu’elle est devenue Reine, qu’elle a été reconnue la plus grande de toutes. Cette gloire de Marie, à laquelle nous sommes tous conviés, est à l’opposé des glorioles humaines. Celles-ci sont des faux-semblants. La gloire de Marie c’est le triomphe de la vie qui l’emporte sur tous les faux-semblants.

C’est pour cela que nous aimons prier Marie, elle est proche de nos joies et de nos douleurs et avec ces joies et ces douleurs, elle nous emmène vers le Christ qui pardonne et qui fait grâce. C’est ainsi que le Magnificat prend tout son sens : il n’est pas l’exaltation de la richesse, de l’orgueil et de la puissance, il est l’émerveillement devant celui qui relève le pauvre, qui regarde les humbles, qui nourrit les affamés et qui maintient envers et contre tout sa promesse d’alliance avec nous. Voilà pourquoi Marie nous fait tant de bien. Elle recueille nos misères et nos pauvretés et nous met face à ce Dieu d’amour qui défait les forces de mort, de violence et de domination. Il y a tant de proclamations qui exaltent la force et la vengeance. Marie nous met en présence d’un Dieu qui aime et qui veut sauver, et que c’est cela qui restera en définitive et donne sens à toute notre vie.

Marie a été fidèle, comme croyante, à ce Dieu et au service de sa volonté de sauver l’homme. C’est pourquoi elle est couronnée. Mais sa gloire n’est pas celle d’une souveraine qui domine. Elle est celle d’une femme qui a porté à sa plénitude l’espérance qu’elle avait en son Dieu et qui aujourd’hui partage avec nous cette espérance, nous appelant à espérer à notre tour au-delà de toutes les circonstances contraires de notre vie.

+ Marc Stenger
Evêque de Troyes

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