Partager (Revue Eglise dans l'Aube de mars 2017) | Diocèse de Troyes

Partager (Revue Eglise dans l'Aube de mars 2017)

Pendant le Carême, nous sommes invités au partage, en donnant au denier de l’Eglise, en soutenant la campagne du CCFD et de bien d’autres manières. Certains se plaignent, en disant : « Nous sommes trop sollicités ». C’est vrai que la générosité des chrétiens est souvent mise à contribution, et certains finissent par se lasser d’être trop souvent appelés à ouvrir leur porte-monnaie.

Le partage

Le partage est une attitude spirituelle fondamentale à laquelle le Christ nous convie et qui est tout autre chose que faire l’aumône. Nous connaissons tous le passage de l’Evangile où il est question de l’obole de la pauvre veuve que Jésus met en comparaison avec la fastueuse aumône du riche donateur. Partager, c’est toujours engager son « nécessaire », c’est avoir conscience que les biens à ma disposition ne sont pas à moi seul, que si j’en bénéficie c’est pour que d’autres en bénéficient avec moi. J’ai entendu ces derniers temps des témoignages, qui m’ont profondément touché, de familles qui ont accueilli dans leur maison des réfugiés. Ils leur ont ouvert leur porte, mais en les accueillant là où se passent des moments importants de leur vie, ils leur ont ouvert aussi leur cœur. Ce n’est pas évident de faire entrer dans sa maison et dans sa vie un étranger, de lui montrer qu’il est un des nôtres, qu’il est comme les autres membres de la famille. C’est plus facile de donner de l’argent à une association et même de donner de son temps. Chacun agit selon ses possibilités et il ne s’agit pas de distribuer des bons points de solidarité. Mais partager va jusqu’à associer l’autre à ce que je vis, que ce soit matériellement ou spirituellement.

Un bouleversement

Le Carême est une bonne occasion de prendre conscience de la hauteur et de la profondeur de cet engagement. Le partage implique que ma vie est bouleversée. On entre dans une autre qualité de relation. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faille mettre ses biens en commun, comme cela se passait au commencement de l’Eglise, mais cela signifie qu’on en arrive à ce qu’il soit dit de nous : « Voyez comme ils s’aiment », car le partage est le fruit de l’amour.

Partager comporte donc deux exigences :

La première c’est de ne pas vouloir tout garder pour soi de ce que nous avons et de ce que nous sommes. Mais on ne se contente pas de céder une part de notre bien ; il s’agit, bien au-delà, de rejoindre l’autre, ce qu’il est lui-même et l’enrichir de ce que nous avons à donner, tout comme il nous accroit par son propre don. Il y a toujours de la réciprocité dans le partage, même si l’échange est inégal. Le Christ nous a montré jusqu’où pouvait aller ce partage. Il n’a pas retenu le « rang qui l’égalait à Dieu ». Il s’est fait l’un de nous, s’identifiant à nos faiblesses et nous donnant sa force. Il y a nécessairement aussi une part d’abandon, de mise à nu dans le partage. Il va de soi que chacun le vit à la hauteur qu’il peut ; Mais sans cette radicalité du don et de l’accueil, on n’a pas encore atteint le vrai partage.

La deuxième, c’est de faire la clarté de tout ce que nous avons à donner dans ce partage. La veuve de l’Evangile savait qu’elle devait engager de son nécessaire par amour pour Dieu. Chacun de nous devrait profiter de ce temps de Carême pour regarder comment il peut, il veut et il doit engager sa vie pour répondre au commandement de l’amour. Et c’est ce cadre-là que nous pouvons aussi répondre aux sollicitations  matérielles qui nous sont adressées pendant le Carême ou à d’autres moments.

+ Marc Stenger
Evèque de Troyes


Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube" n° 3 de mars 2017
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