La force intérieure qui mise sur l’"humanité" | Diocèse de Troyes

La force intérieure qui mise sur l’"humanité"

Les évènements de Nice et de St Etienne du Rouvray ne sont pas simplement des évènements d’actualité qui nous accablent et sont vite remplacés par d’autres dans la chaîne de l’histoire. Il s’agit de marqueurs essentiels par rapport à tout ce qui arrive. Ils sont le signe de la présence de la violence aveugle dans notre « faire société », une violence incompréhensible pour les gens raisonnables civilisés que nous sommes, une violence qui nous oblige de ce fait à revisiter notre manière de nous situer par rapport à elle et à ceux qui en sont les auteurs. Au sortir de célébrations qui parlent d’amour des ennemis et de pardon, il a fallu pour beaucoup de chrétiens reconnaître douloureusement que notre ressenti, nos émotions étaient en contradiction avec cet impératif évangélique.

Il n’y a pas de manière spécifiquement chrétienne de gérer la violence. On ne trouve pas dans l’Evangile de recettes pour la surmonter. Mais on peut y repérer quelques dispositions fondamentales qui peuvent nous aider à ne pas nous laisser broyer par le choc de cette violence aveugle, quand elle nous agresse aussi directement.

Il faut sans doute commencer par reconnaître sa propre violence. Nous sommes tous des êtres ambivalents parcourus de forces constructives et destructrices. Au lieu de nier notre propre violence, nos répulsions et nos peurs, au lieu de les oublier derrière l’horreur de la violence d’autrui, il est essentiel de les identifier et de les accueillir, afin de les canaliser. Alors les crimes qui nous laissent abattus, nous les mettons moins à distance de nous-même.

Il ne faut pas oublier non plus que la haine de soi conduit à toutes sortes de projections de jalousies et finalement d’agressions sur l’autre. L’antidote des conflits, c’est « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39). Il faut s’aimer soi-même, avec sa propre violence, pour arriver à assumer la violence de l’autre. Les injustices et les violences sont l’ennemi parce qu’elles anéantissent la qualité d’être humain de celui qui les commet. Les chrétiens doivent être en première ligne pour provoquer les violents et les injustes à un changement qui leur permette de retrouver en eux-mêmes l’image de Dieu qu’ils ont défigurée en faisant souffrir tant d’innocents. Quand la violence nous éclate à la figure, comme c’est le cas en ce moment, sans doute ne devons-nous pas en rester au rejet et à la haine de l’autre, mais nous demander aussi si nous avons su voir l’injustice dont sont victimes tant d’hommes et de femmes parmi les plus vulnérables.

Le durcissement bien compréhensible du regard porté sur l’autre renforce l’inimitié. Changer l’ennemi en adversaire, puis en prochain, c’est d’abord une question de conversion du regard. Il s’agit de restaurer une image juste de l’autre, et ne pas le laisser dans les ténèbres extérieures où nous aurions tendance à le précipiter. C’est dans ce travail de reconstruction que s’inscrit le pardon. Le pardon n’est pas l’oubli, mais l’instauration de relations nouvelles malgré la gravité de l’offense commise (Mt 6, 12). Chacun doit sortir d’un conflit en ayant gagné au moins un accroissement de son humanité.

Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus invite à ne pas répliquer à la violence par la violence, mais à montrer à l’autre qu’on croit en sa possibilité de changer. Il s’agit d’opposer à la violence la force intérieure qui mise sur l’« humanité » à restaurer de l’autre. Jésus veille à ne jamais détruire ce qui existe chez son interlocuteur, même celui qui cherchait à le faire mourir. La violence au contraire détruit. Elle ne respecte pas le sacré et la dignité de chaque créature. L’Evangile nous invite à redécouvrir la force intérieure qui est en nous. Elle peut permettre de provoquer les acteurs de violence ou d’injustice à retrouver en eux-mêmes le précieux de leur propre humanité qu’ils ont oublié ou méprisé.

Que tout cela est difficile quand l’émotion nous submerge ! Certains, même des chrétiens, ne peuvent pas entendre un tel discours. L’enjeu c’est pourtant bien de se préoccuper, par-delà la tristesse, l’angoisse, et même la haine, de retrouver la dignité d’enfant de Dieu chez l’autre. Quel qu’il soit, cette trace de Dieu en lui nous est confiée pour que nous la maintenions en vie dans nos actes, quand nous sommes protagonistes d’un conflit, dans notre cœur, quand nous en sommes les témoins accablés et profondément blessés.

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