C’est le 19 janvier 2005 que s’est déroulée la conférence annuelle de l’amitié judéo-chrétienne qui a toujours lieu symboliquement avant, ou tout au début, de la semaine de l’Unité des chrétiens.
Cette année où Rachi, le grand exégète juif champenois (1140 - 1205) est à l’honneur, c’est à un de ses disciples chrétiens, Nicolas de Lyre (1270 - 1349) que nous nous sommes intéressés, et c’est José Costa, professeur de l’Institut Rachi et chargé du cours sur les relations entre judaïsme et christianisme qui accepta de traiter ce sujet. Sujet peu connu, mais significatif de ce Moyen-Age qui eut ses pages noires, mais également blanches. Epoque où, et nous le redécouvrons aujourd’hui, les exégètes chrétiens n’hésitaient pas à recourir aux commentaires juifs autorisés, et parmi ceux-ci au plus illustre d’entre eux, Rachi de Troyes.
Nicolas de Lyre, franciscain normand, est l’auteur des « Pastilla litteralés super totam bibliam » (annotations sur la lettre de l’ensemble de la Bible) donc, comme Rachi, d’un commentaire littéral de la Bible. Et, en cas de difficulté, il n’hésite pas à faire appel à ce dernier.
Ainsi Isaïe (7,14) annonce un signe au roi Akhaz : « Voici que la jeune fille (la vierge, présise la version grecque de la Septante) est devenue enceinte ; elle enfantera un fils et elle l’appelera du nom d’Emmanuel (Dieu avec nous) », ce qui comble Matthieu (1,23). Alors que l’éxégèse juive ultérieure a contré cette lecture chrétienne en repoussant cette traduction et en proposant de voir dans l’Emmanuel le fils d’Akhaz (le roi Ezechias). Nicolas de Lyre récuse cette lecture en s’appuyant sur Rachi : l’Emmanuel ne peut être Ezéchias déjà né au moment de la prophétie, mais ce ne peut être non plus le fils d’Isaïe, comme Rachi le suggère car l’Emmanuel a un statut royal (chapître 8), ce qui comble Nicolas de Lyre pour qui ce dernier ne peut être que Jésus.
C’est cet esprit d’écoute et de respect réciproque que nous essayons de vivre à l’Amitié judéo-chrétienne de Troyes (Groupe Rachi- Saint-Bernard de Clairvaux).
Vous y êtes les bienvenus, ainsi que les personnes juives de votre connaissance, le mardi 1er mars ( et tous les premiers mardis du mois) à 18h00 au Temple Protestant, 1 quai des Comtes de Champagne.
Gilles de Saint-Sauveur
Dominique Richard