Certains s’en alarment, d’autres s’en scandalisent. Les pays européens ont voulu freiner l’immigration,
voire l’interrompre, mais ils devront changer de politique en matière d’immigration.
La situation :
Les principaux pays d’immigration en Europe, en millions d’étrangers en situation régulière, sont
les suivants :
Allemagne 7,3 France 3,3 Royaume-Uni 2,8
Espagne 2,8 Italie 1,5 Belgique 0,9
Pays-Bas 0,7 Pologne 0,7 Autriche 0,7
Soit 85,5% des 24,2 millions d’étrangers qui vivent dans l’Union.
En 2004, la population de l’UE (à 25) a augmenté de 2,3 millions d’habitants ; l’accroissement
naturel a fortement progressé, mais 80 % de l’augmentation totale est imputable à un solde migratoire
de 1,9 million de personnes ; celui-ci intégrant aussi les sorties, c’est en fait 2,3 à 2,4 millions
d’immigrés qui sont entrés dans l’UE en 2004 malgré la difficulté grandissante d’en franchir
les frontières pour y pénétrer.
Les immigrés prennent-ils le travail des nationaux ?
Un raisonnement consiste à rapprocher le nombre des immigrés de celui des chômeurs en Europe
(24,2 millions d’immigrés contre 20 millions de chômeurs) et d’en déduire que les immigrés prennent
le travail des nationaux. Ce « raisonnement » est simpliste et infondé pour au moins 3 raisons :
• il y a, rien qu’en France, des centaines de milliers d’emplois inoccupés, en particulier dans les
secteurs du bâtiment, des travaux publics, de la distribution et de la restauration.
• la concurrence entre les immigrés et les nationaux est en réalité très faible car les emplois
postulés ne sont, le plus souvent, pas les mêmes ; les immigrés sont souvent réduits à occuper
les emplois dont les Européens ne veulent pas, notamment dans les secteurs du bâtiment,
des travaux publics, du nettoyage, de la distribution, du montage automobile, de la
sidérurgie, etc.
• Les immigrés participent souvent au renforcement de l’emploi dans les pays d’accueil. Ainsi,
en 2005, et dans la seule Italie, ils auront créé 213 000 entreprises employant 186 000 personnes,
dont 19,9 % d’Italiens de souche.
L’UE doit mettre en oeuvre une politique dynamique et volontariste de l’immigration :
En matière d’emploi, la démographie commande. Si les Vingt-Cinq n’ouvrent pas leurs portes à
l’immigration, la population âgée de 20 à 40 ans déclinera de 17 % d’ici à 2025, celle âgée de plus
de 65 ans augmentant de 34 %. Les projections démographiques indiquent que plus de 21 millions
d’actifs supplémentaires seront nécessaires pour conserver la population active actuelle,
sauf à augmenter de manière importante la durée hebdomadaire du travail, et le nombre d’années
de travail.
L’UE dispose dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient du réservoir d’une population jeune
et de mieux en mieux formée, confrontée à un risque de chômage important.
Nos gouvernants se doivent de mener en collaboration avec les pays concernés, une triple réflexion
en matière d’immigration :
• comment mettre en oeuvre une politique européenne de maîtrise des flux migratoires visant
tout à la fois à favoriser une immigration économique utile tout en luttant efficacement contre
l’immigration clandestine ?
• comment, à court terme, cibler les pénuries ponctuelles de main d’oeuvre et engager une politique
européenne adaptée permettant de les couvrir ?
• comment, et à un horizon plus éloigné, mais qui se rapproche très vite, assurer un flux d’immigration
régulier permettant de pallier le vieillissement des populations européennes ?
Cette triple réflexion devra s’accompagner d’un gros effort de pédagogie à l’égard des populations
de l’UE qui doivent comprendre que la migration c’est le développement, et que la contenir
comme l’UE l’a fait jusqu’à présent, c’est freiner le développement économique de l’Europe.
François Bonicel
Le 30-11-2005
Sources : Journal Le Monde du 1-11-05, Note de novembre 2004 de la Fondation Robert Schuman, les revues
Projet de janvier 2005, Europe Info de novembre 2005 et l’Office des statistiques européennes Eurostat.
Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration :
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