Les Européens deviennent-ils xénophobes ? | Diocèse de Troyes

Les Européens deviennent-ils xénophobes ?

Depuis toujours, les minorités sont victimes de discriminations et d’actes hostiles. C’est notamment le cas pour les Gens du voyage et les Roms en Europe. En 2008, des incidents graves se sont produits en Italie à leur encontre. Depuis quelques mois, de nouvelles mesures de stigmatisations se renforcent. Que savons-nous des populations concernées ? S’agit-il d’un groupe humain homogène ? Comment les pays membres de l’UE les traitent-ils ? Que nous en dit l’Eglise à la suite d’évènements récents ? Que devrait faire l’UE ? Qui sont-ils ? Il existe une confusion générale des termes : Tsiganes, Gitans, Manouches, Roms, Gens du voyage etc. et une grande diversité de situations (sédentaires, semi sédentaires, nomades). 10 à 12 millions vivent en Europe (dont 400 000 environ en France) répartis dans la quasi-totalité des pays membres du Conseil de l’Europe. Contrairement à une opinion largement répandue, il faut distinguer les Gens du voyage qui ont généralement (c’est le cas en France) la nationalité du pays dans lequel ils sont implantés, et les Roms originaires principalement de Roumanie, de Bulgarie et de Hongrie, qui sont étrangers. Des populations discriminées : Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme française publié le 7 février 2008, les Gens du voyage, pourtant français, souffrent de graves discriminations dans les domaines des droits civils et politiques (atteintes au droit d’aller et venir, à la liberté d’installation) et des droits économiques, sociaux et culturels (libre accès au marché du travail, à l’éducation...). Quant aux Roms,victimes des mêmes discriminations, ils souffrent en outre d’atteintes aux droits des étrangers et de conditions de vie indignes (bidonvilles et camps insalubres). De nouvelles menaces : Le 28 juillet dernier, pas moins de sept ministres français étaient réunis autour du président de la république pour traiter « les problèmes que posent les comportements de certains parmi les Gens du voyage et les Roms ». Le 30 juillet, le président tenait des propos assimilant nettement délinquance et immigration. Depuis, se multiplient démantèlements de camps et expulsions collectives de Roms. L’Italie, l’Allemagne et le Danemark semblent vouloir adopter des mesures similaires, le gouvernement italien voulant même les amplifier. Les réactions de l’Eglise : Elles n’ont pas tardé. Dès le 28 juillet, les évêques de Vannes et de Belfort, responsables de la pastorale des Gens du voyage et des migrants, s’inquiétaient de la « recrudescence de la stigmatisation » contre « des boucs émissaires désignés ». L’évêque d’Ajaccio pour sa part, déplora « l’amalgame entre insécurité et immigration ». Le 15 août, au Puy-en-Velay, Mgr André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, évoquant « ceux qui se tournent vers notre pays et qui en attendent la reconnaissance de leur dignité », demandait : « Saurons-nous leur faire une place à notre table ? ». Le 22 août, le pape Benoît XVI s’exprimant en français, (ce n’était sûrement pas un hasard), nous invitait à « savoir accueillir les légitimes diversités humaines à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toute nation et de toute langue ». Le message est clair ! Que doit faire l’Europe ? Les textes en vigueur laissent une large place aux initiatives nationales. Il faut d’abord appliquer les lois existantes, par exemple celle qui oblige en France les communes de plus de 5 000 habitants à organiser des haltes adaptées aux Gens du voyage, qui reste peu appliquée. Nos pays doivent lever tous les obstacles à l’exercice de leurs droits civils, économiques et sociaux. Exemple : Lever l’obligation qui pèse sur les employeurs de payer une taxe pouvant atteindre 60 % du salaire brut pour l’embauche d’un Rom. Cette disposition très dissuasive explique combien il est difficile pour un Rom de trouver un emploi. De ce fait, nombreux sont ceux qui se trouvent en situation irrégulière et sont l’objet d’expulsions. L’UE consacre des fonds structurels au développement de la Roumanie qui devraient permettre aux Roms de vivre normalement dans leur pays, mais ne se préoccupe guère d’en contrôler l’emploi alors que ce pays connaît une large corruption. Il est également urgent de développer des actions de communication pour lutter contre les vieux clichés et les caricatures qui entachent la réputation des Gens du voyage et des Roms. Enfin, nos pays devraient s’interdire de pratiquer des expulsions collectives qui sont indignes et parfaitement contraires aux principes fondateurs de l’Europe Unie. François Bonicel, le 27 août 2010. ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube" n° 9 de septembre 2010.
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