France Allemagne : un couple bien mal en point | Diocèse de Troyes

France Allemagne : un couple bien mal en point

Depuis le début des années 1950, la France et l’Allemagne ont joué un rôle essentiel dans la conception et la construction de ce qui deviendra l’Union Européenne. Après le général De Gaulle et le chancelier Adenauer qui bâtirent une relation privilégiée entre la France et l’Allemagne, leurs successeurs ont su faire taire leurs divergences et surmonter de vieilles méfiances jusqu’à former ce que l’on a appelé le couple franco-allemand. Celui-ci fut à l’origine de toutes les initiatives allant dans le sens d’une plus grande unité de l’Europe. Or, des évènements récents ont mis en évidence de sérieuses divergences révélatrices d’une incompréhension entre les deux pays. Comment en est-on arrivé là ? L’incompréhension s’est progressivement installée Du point de vue économique, on a gravement sous-estimé du côté français, l’attachement viscéral des allemands à la stabilité monétaire. Ils gardent vivace le souvenir de l’hyperinflation qu’ils ont connue avant la dernière guerre mondiale, sous la république de Weimar. L’Allemagne fut alors victime d’un véritable cataclysme, le Deutsch Mark se dévalorisant chaque jour, entraînant la ruine des épargnants, l’effondrement du pouvoir d’achat des ménages ; toutes catégories confondues, et la ruine du pays. La conséquence fut l’arrivée de Hitler au pouvoir qui conduisit au déclenchement de la guerre 1939/1945 dont l’issue fut désastreuse pour la population allemande. Les français ont également oublié que l’euro a été présenté aux allemands comme une monnaie de substitution aussi forte que leur Deutsch Mark qui était devenu le symbole du redressement économique et financier de leur pays et un objet de fierté nationale. Du côté allemand, on a jugé sévèrement l’incapacité des gouvernements français à maîtriser les dépenses publiques, assimilant la France aux pays « club med » du sud de l’Europe jugés coupables de laxisme budgétaire. Les allemands ont estimé que les déficits creusés en France contrariaient leurs propres efforts pour faire de l’euro une monnaie forte. Pour les allemands, la question de la stabilité monétaire n’est pas négociable. Un euro fort est pour eux un objectif stratégique au contraire des français qui considèrent généralement que la force de l’euro est un obstacle au développement des exportations. Les allemands ont beau jeu de répéter que l’euro, jugé surévalué par les français, n’empêche pas leur pays de dégager un excédent commercial de 155 milliards d’euros quand la France connaît elle un déficit commercial de 54 milliards. La crise grecque et la crise financière venue des USA ont mis en évidence ces divergences économiques. Concernant la Grèce, Paris a plaidé pour la mise en place rapide d’un plan d’aide européen alors que Berlin, outré par les extravagances budgétaires d’Athènes, exigeait au préalable que celle-ci s’engage à réaliser un sévère plan d’assainissement de ses finances et à accepter un strict contrôle de son application par la Banque Centrale Européenne. S’agissant des mesures à prendre pour éviter la déflation mondiale, la chancelière allemande présentait un plan de rigueur ambitieux alors que le plan conçu par la France était jugé insuffisant outre Rhin. Il y eut également des divergences d’ordre politique : Pour adhérer pleinement au projet européen, l’Allemagne a besoin de partenaires fiables dans la durée. Depuis la signature des traités de Rome le 25 mars 1957, la France était le partenaire sur lequel elle comptait. Le rejet français du traité constitutionnel, en 2005, a sapé la confiance des allemands dans la volonté de la France d’avancer vers une plus grande unité européenne. Autre source d’incompréhension : Avec son projet d’Union de la Méditerranée, Paris a envoyé un fort mauvais signal à Berlin. A juste titre, la chancelière, Mme Merkel, a refusé fermement la mouture initiale de ce projet qui en excluait les pays du nord de l’Europe et aurait donc signifié la renaissance de zones d’influence française et allemande séparées. Enfin, le président français a souvent fait savoir qu’il trouvait la chancelière trop lente dans l’action alors que celle-ci, chef du gouvernement d’un Etat fédéral, doit tenir compte de l’opinion des landers qui, contrairement aux régions françaises, relèvent de pouvoirs politiques vraiment autonomes. La France et l’Allemagne sont co-responsables de la dégradation de leurs relations. Dans certains milieux politiques influents allemands, on considère que leur pays est redevenu « normal » et défend ses intérêts nationaux, comme si ça n’avait jamais été le cas dans le passé. La France pour sa part a privilégié, ces dernières années, une démarche diplomatique bilatérale, d’Etat à Etat, considérant « la bureaucratie bruxelloise » comme irresponsable. Il est temps que les dirigeants des deux pays reviennent à une démarche communautaire et retrouvent le sens de l’intérêt commun comme l’ont fait leurs prédécesseurs depuis 1957. Il en va de la position de l’UE et de chacun des deux pays dans le monde. François Bonicel Le 26 septembre 2010 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube" n° 10 d’octobre 2010.
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