Formation 2010 – 2011 : Les vitraux et la lumière. | Diocèse de Troyes

Formation 2010 – 2011 : Les vitraux et la lumière.

Une des grandes richesses de notre cathédrale et de bien des églises de notre département sont les vitraux. Après l’année marquée par l’admirable exposition du « Beau XVIe » et la série de rencontres que nous vous avons proposées sur ce thème, nous avons choisi, cette année, de nous tourner vers les vitraux. Pour partager à nouveau le sens que nous voulons donner à ces « rencontres de formation », nous nous permettons de citer Monsieur Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques, citation empruntée à la revue Arts sacrés No1 : Je n’oublierai jamais cette visite récente de la primatiale Saint-Jean de Lyon avec un groupe de tailleurs de pierre au cours de laquelle je vantais l’apogée du gothique dans la chapelle de Charles de Bourbon. Mais pour l’un deux, c’était la décadence ! Avec ses mots à lui, il explique que dans le reste de la primatiale tout était « taillé » pour la gloire de Dieu, à travers un don total du tailleur de pierre, avec ses repentirs, ses succès, ses faiblesses, tandis que dans la chapelle des Bourbons, tout était « taillé » pour la flatterie d’un prince. Don total et flatterie vous règlent l’expression du tailleur de pierre entre message inspirant et virtuosité stérile. Ce tailleur de pierre avait parfaitement compris le vrai message de notre patrimoine religieux. Ces monuments sont en fait des blessés de l’Histoire et ils ont une vocation à s’occuper des blessés de la vie, sachant par ailleurs que seuls les édifices inspirés savent «transpirer » et démontrer l’harmonie rayonnante du geste et de l’outil au service de l’âme.
et la pierre que la lumière divine a illuminée, illumine à son tour.
Suger, au XIIe siècle.
Ce cycle de formation veut donc nous aider à aller à la découverte du langage des vitraux. ---- Programme : - Lumière et spiritualité Des vitraux pourquoi ? pour qui ? par Gérard Gobry samedi 20 novembre 2010, de 14 heures à 18 heures - Notre Dame en l’Isle (entrée par le boulevard Henri Barbusse) - Incarner la lumière dans la matière Historique de la technique, les matériaux, les méthodes …des vitraux comment ? par Flavie Vincent-Petit-Serrière samedi 5 février 2011, de 14 heures à 18 heures - Notre Dame en l’Isle (entrée par le boulevard Henri Barbusse) - Relecture spirituelle des vitraux d’hier à aujourd’hui par Christine Leduc samedi 2 avril 2011, de 14 heures à 18 heures- Notre Dame en l’Isle (entrée par le boulevard Henri Barbusse) - A la rencontre de quelques verrières troyennes Saint Pantaléon – Sainte Madeleine – Saint Rémi – Cathédrale par Dominique Renaud et Dominique Roy (en partenariat avec la Pastorale du Tourisme) Samedi 14 mai 2011, de 14 heures à 18 heures Rendez-vous devant l’église Saint Pantaléon ---- La transparence du verre donne à sa matière comme une qualité spirituelle, et dirige l'âme par des moyens matériels vers ce qui est immatériel.
Abbé Suger, 1140
Le vitrail est une composition décorative qui tire son effet de la translucidité de son support (...) et dont l’élément essentiel demeure jusqu’à présent le verre.
Jean Lafond 1966
Il est important de ne pas définir plus pour ne pas exclure tant les «vitraux» en albâtre du bas moyen-âge que certains vitraux actuels. Le mot vitrail en français est tardif et longtemps utilisé dans des acceptions assez floues qui recouvre plusieurs signification: vitre colorée, fenêtre d’église, fenêtre peinte. Il apparaît au XVIIe siècle à un moment où l’on commence de remplacer les verrières par des vitres incolores. Avant cette époque on utilise le terme verrière. Il est traduit du latin médiéval verreria et apparaît au XIVe siècle et il semble que jusqu’au XVIIe siècle, il a constamment été « employé dans le sens de fenêtre vitrée et avec la signification que nous donnons aujourd’hui au mot vitrail ». Pendant la même période, les termes de verrie, de verrerie ou encore de verrine peuvent également être employés. La « vitre » est un autre synonyme fréquemment utilisé du XVe au XVIIe siècle. Le vitrail est intimement lié à l’histoire de la fenêtre, et il apparaît dans les premiers temps de l’ère chrétienne quand la fenêtre à pris, dans l’architecture publique et privée, une importance toute nouvelle.
Le vitrail a pour but d'aménager une fenêtre. Le dessin de l’ouverture définit son cadre et les étages de son déploiement
André Chastel
La verrière doit d’abord satisfaire par son agencement, par ses dimensions à un ensemble d’impératifs physiques qui peuvent être formulés en terme de pesée, de poussée, d’élasticité et de luminosité. En un mot, de montage. Montage de la baie en panneau et montage des pièces de verre dans des plomb (le plus souvent). Ce schéma structurel devient création plastique, spirituelle. Le vitrail est le médium du passage de la lumière physique à la lumière divine.
Flavie Vincent-Petit-Serrière
L’incarnation mystique de la lumière.
La symbolique de la lumière, principe de beauté et expression divine, demeure indissociable de l’art du vitrail et de son histoire. Elle apparaît intensément colorée dans les vitraux du Moyen Âge, qui nous donnent l’impression, aujourd’hui encore, d’incarner la couleur elle-même. Le vitrail se transforme ensuite au point de devenir non plus la couleur, mais la lumière pure, jusqu’aux vitraux du XVIIIe siècle où seule la bordure est colorée pour laisser place à une lumière blanche et éclatante. La lumière est utilisée pour éclairer les édifices et également, dans tous les sens du terme, ceux qui s’y trouvent. Le décor vient souvent souligner ce rôle primordial ainsi que son aspect symbolique. ||||| |
Vitrail à St Pantaléon (Troyes)
|Dans la Bible, de nombreux versets font de la lumière l’expression la plus sacrée qui soit, la manifestation la plus évidente de Dieu. Dans l’Ancien Testament, dès le début du livre de la Genèse, elle est la première manifestation de Dieu : « Que la lumière soit Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres » (Genèse 1,3). Plusieurs psaumes font de cette lumière divine le guide infaillible des hommes : « Le Seigneur est ma lumière » (Ps 27, 1) ; dans l’Ecclésiaste, la lumière est la vie (Siracide 22, 11). Dans le Nouveau Testament, la perception de l’aspect divin de la lumière est encore plus clairement établie, comme on peut le lire dans l’évangile de Jean : « Dieu est la lumière. » (Jean 1,5). Dans l’épître de Jacques, les lumières sont issues de Dieu : « Dieu est le Père des lumières » (Jacques 1,17). À partir de ces textes sacrés, les Pères de l’Église ont développé plusieurs théories sur la lumière. Au IVe siècle, saint Augustin expose l’idée, qui sera souvent reprise, que la lumière est l’élément essentiel et indispensable du beau. Le beau absolu est dans la lumière et l’ordre : Lux et ordo. Symboliquement, la lumière EST Dieu. Elle en est la manifestation la plus évidente dans le monde matériel. Saint Ambroise, dans De Spirito Sancto, écrit «Le Père est lumière, le Fils est lumière et le Saint-Esprit est lumière. » Cette pensée assure un retour aux sources évangéliques, notamment à saint Jean, qui qualifie Dieu de « lumière des lumières » L’esthétique du XIIIe siècle est issue de ces problèmes théologiques et elle présente un caractère profondément religieux. Elle se développe dans le climat particulier d’une mystique de la lumière. Si le XIIe siècle insiste sur la « composition » musicale, littéraire, architecturale ou plastique, le XIIIe siècle s’attache à la clarté, la lumière, la splendeur. Parmi les auteurs médiévaux, certains expriment une adhésion à tout ce qui est splendide et coloré. Le mot « clair »apparaît comme le vocable préféré des poètes de cette époque. D’autres, tout en se rattachant à l’adhésion à la clarté, refusent la couleur. Ce dernier groupe reste cependant moins important que le précédent.| Dans « De consecratione » (1144), l’abbé Suger, de Saint-Denis, insiste sur la lumière qui baigne le déambulatoire de son abbatiale. Aujourd’hui, le regard porté sur ces vitraux est différent. Ils sont très colorés et tellement chargés de peinture que la lumière qu’ils diffusent nous paraît faible par rapport à celle des vitraux blancs de la même époque qui ornent les abbayes cisterciennes. À l’époque de Suger, la notion de transparence est différente de la nôtre la luminosité n’est alors pas nécessairement recherchée dans la création d’un vitrail Ceci peut s’expliquer par la place particulière qu’occupe la lumière dans la pensée du XIIe siècle aux yeux de beaucoup, toute source de lumière rayonne et se multiplie instantanément. Or, se multiplier soi-même constitue une activité créatrice; Dieu seul étant assez puissant pour multiplier, il est la lumière à l’état pur. La lumière se dit lux quand on la considère en elle-même et lumen lorsqu’elle illumine les milieux transparents. Elle se nomme « splendeur » ou « couleur » quand elle se heurte à un corps opaque qui la détermine ou la réfléchit. La lumière visible, lumen, apparaît donc comme une manifestation de la lumière divine, lux. Pour Saint Bernard de Clairvaux, l’une des figures les plus marquantes des origines de l’ordre des Cisterciens, la lumière est principe de toute beauté. Elle est la chose la plus belle à la condition d’être pure et dissociée de toute couleur, car cette dernière l’entache : le théologien lie la première à l’esprit et la seconde à la matière. Diverses dispositions ont donc été prises par les Cisterciens pour interdire la couleur dans les vitraux des églises de l’ordre. Ainsi, les rares verrières cisterciennes parvenues jusqu’à nous sont faites de verre blanc, où seul le plomb permet un discret jeu des formes.

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