Sortie de crise ? | Diocèse de Troyes

Sortie de crise ?

Où en est l’Union Européenne ? La plupart des dirigeants politiques affirment que l’UE est sortie ou est en train de sortir de la crise économique qui s’est déclenchée aux USA en 2008, pour atteindre rapidement le monde entier. Est-ce vrai ? En quoi la crise a-t-elle marqué l’UE ? Quelles en sont les conséquences économiques et sociales? Nos sociétés en sont-elles marquées ? La crise en Europe est-elle finie ? L’UE a été durement frappée par la crise. Son PIB (Produit Intérieur Brut) a baissé de 2,5 % sur 2008/2009. Au cours de ces deux années, quatre pays ont enregistré une contraction de leur PIB de plus de 10 %, trois pays de plus de 5 % et treize entre 0,3 et 5 %. En 2010, l’UE pourrait enregistrer une croissance limitée à 1,8 % ; alors que sa part dans le PIB mondial est de 20 %, sa contribution à la croissance mondiale ne serait que de 7 % en 2010 et elle serait la seule région du monde qui ne rattraperait pas son niveau de production de 2007. Les principales conséquences économiques et sociales de la crise : a) L’augmentation du chômage : Seule l’Allemagne a vu son taux de chômage baisser entre 2007 et 2010 grâce à sa spécialisation dans la production de matériels élaborés et à une politique d’emplois à temps partiel pratiquée par les entreprises avec l’accord des syndicats. Dans l’UE, le taux de chômage atteint 9,8 % de la population active, (la France 10,2 %). b) L’explosion des dettes publiques : Les Etats membres ont dû suppléer à la faiblesse de la demande intérieure et sauver leur système bancaire menacé d’effondrement. Il s’en est suivi une forte dégradation des comptes publics, les déficits étant couverts par un recours massif à l’endettement auprès des marchés. Entre 2007 et 2010, l’endettement public des 27 est passé de 50 à 80 % du PIB de l’Union, celui de la zone euro passant de 66 à 85 % de son PIB. Cinq Etats, dont la France (84 %), ont un taux d’endettement public supérieur à celui de l’UE, très loin de l’endettement autorisé par les critères de convergence du Traité de Maastricht. c) La mise en place de politiques de rigueur : Les marchés financiers, doutant de la capacité de nombreux Etats de l’UE à rembourser leurs dettes, ont manifesté leur méfiance à l’égard de l’euro et exigé des pays les plus endettés des taux d’intérêt élevés. Craignant de ne plus pouvoir s’endetter à des conditions avantageuses ou refinancer leur dette, les Etats ont engagé des plans d’assainissement qui ont touché en premier lieu les budgets sociaux, réduisant d’autant les chances de retrouver des perspectives de croissance. d) L’aggravation de la pauvreté : En 2008, 16,5 % de la population de l’UE vivaient sous le seuil de pauvreté, les nouveaux Etats membres étant les plus touchés. En 2009, le revenu des ménages européens s’est réduit de plus de 2 %. Le chômage, premier facteur de pauvreté, en augmentation depuis 2008, et la réduction des budgets sociaux, ont nécessairement accru le taux de pauvreté en Europe depuis 2008. Il faut ajouter que l’UE ne constitue pas un ensemble homogène : le revenu médian des Roumains est inférieur de 50 % à celui des Polonais, lui-même égal à la moitié du revenu médian des Portugais, lequel correspond au quart de celui des Anglais, soit un écart de 1 à 12 entre Roumains et Anglais. Où en est l’UE aujourd’hui ? Malgré des institutions et une monnaie communes (pour 12 d’entre eux concernant l’euro), les 27 Etats membres de l’UE forment un ensemble hétéroclite, chacun tenant à conserver la maîtrise de ses politiques. En témoigne l’extrême faiblesse du budget européen qui représente à peine 2,2 % des dépenses totales de la zone contre 60,8 % pour le budget fédéral des USA, et 33.5 % pour celui d’un pays aussi décentralisé que la Suisse. Bien que l’UE constitue un marché unique, la faiblesse de son budget l’empêche d’avoir un rôle de stabilisation macroéconomique. Par ailleurs, alors que la monnaie unique permettait aux Etats membres de la zone euro de s’endetter à des taux assez homogènes, ce n’est plus le cas aujourd’hui, de nouvelles distorsions de taux s’étant créées au détriment des pays les plus exposés. Plus grave, la complexité des problèmes économiques, l’apparente incapacité des politiques à les résoudre, les inégalités qui se sont creusées entre les riches et les pauvres et les difficultés vécues par les populations, ont entraîné la montée des populismes et de la xénophobie qui sont les signes du désarroi des peuples. Les politiques menées par trop d’Etats membres de l’UE à l’égard des émigrés, des Roms, ainsi que les politiques ultra sécuritaires menées ici et là, accentuent les divisions au détriment des solidarités nécessaires. Il est urgent que les dirigeants des Etats membres de l’Union s’en rendent compte et mettent en œuvre des politiques qui soient à la fois justes et bien comprises de tous. François Bonicel, le 24 octobre 2010. ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube" n° 11 de novembre 2010.
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