Haïti et l’Europe | Diocèse de Troyes

Haïti et l’Europe

Le bilan du séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier ne cesse de s’alourdir : 150 000 morts, 200 000 blessés, combien de disparus ? Des centaines de milliers de familles sinistrées. Encore ne s’agit-il que d’estimations provisoires. C’est une catastrophe majeure qui a frappé ce petit pays. L’opinion en prend conscience et les gestes de solidarité se multiplient. Mais comment ne pas être frappé par la faiblesse de l’Europe face au drame haïtien ? N’a-t-on pas oublié la responsabilité de certains pays européens dans la situation dramatique dans laquelle se trouvait le pays avant le séisme ? Que fait l’UE face à la catastrophe ? Pourquoi est-elle si peu présente ? Haïti était sinistrée avant même le séisme : La catastrophe touche l’un des pays les plus pauvres du monde : 80 % de ses habitants vivent avec à peine 1,50 $ par jour, beaucoup d’habitants vivaient dans des abris de fortune. Le passé colonial de l’île, marqué par l’exploitation outrancière des ressources du pays par les conquérants espagnols puis français, n’est pas étranger à cette situation. Ajoutons qu’après des années de dictature sanglante, notamment celle des Duvalier et de leurs tontons macoutes qui ont plongé le pays dans l’indigence avec le plus souvent la complicité de l’Occident et de la France en particulier, Haïti manque des infrastructures de base et se trouve frappée par les effets destructeurs d’une déforestation massive. Le séisme comme amplificateur de misère : Les destructions massives qui sont intervenues peuvent sans doute se comparer au sommet d’un iceberg. La fragilisation des immeubles qui sont restés debout est la source des plus grands dangers pour l’avenir, notamment à l’occasion des cyclones qui touchent régulièrement le pays. Ajoutons que la désorganisation de l’Etat, déjà très faible, est totale. L’économie est dévastée, le chômage endémique va encore s’accroître ce qui poussera encore davantage les jeunes à quitter le pays pour chercher un avenir ailleurs. Dans le chaos actuel, les grandes manoeuvres commencent : Les catastrophes naturelles offrent toujours des terrains sur lesquels se jouent les stratégies et les rivalités des puissances. Qui va diriger la reconstruction du pays ? Telle est déjà la préoccupation des diplomates des grands pays. Des sommes énormes vont devoir être engagées et le pays manquant cruellement de ressources, il va falloir importer massivement les matériaux et matériels nécessaires pour la reconstruction et des denrées de toute sorte pour que la population puisse survivre. Que de bonnes affaires en perspective dont chacun voudra sa part ! La prochaine conférence pour la reconstruction d’Haïti va sans doute être l’occasion de grands marchandages… Comment se comporte l’UE face au drame ? Chacun a pu observer combien l’UE était peu présente dans ce contexte dramatique. L’UE a bien annoncé une aide financière d’urgence de 430 millions d’euros, mais la somme est évidemment dérisoire face aux enjeux, et envisagé d’envoyer un contingent de gendarmerie pour contribuer à la sécurisation du pays. Contrairement à la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, notre nouvelle Haute représentante pour les Affaires étrangères n’a pas cru devoir se rendre à Port-au-Prince. L’UE est apparue bien absente. N’aurait-elle pas pu, au moins, annoncer immédiatement l’abandon de la dette de Haïti à son égard ? Deux raisons principales expliquent cette absence : Nous n’avons pas entendu le nouveau président stable de l’UE ni la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. On a plaidé le manque d’organisation au sein des nouvelles institutions européennes nées de l’application du Traité de Lisbonne mais est-ce bien convainquant ? Une autre explication s’impose : on s’est ému en Europe de la forte présence américaine sur le terrain. Elle n’est pas seulement due à la proximité des USA. Seule au monde, l’armée américaine est capable de déplacer en 48 heures 10 000 hommes et leur matériel, prendre le contrôle d’un aéroport et d’un port, de les faire fonctionner en quelques jours et d’envoyer sur place un porte avions et un navire hôpital de 1 000 lits. Ce déploiement illustre la faiblesse militaire de l’UE qui ne consacre que 347 € par habitant et par an à ses moyens militaires contre 1 500 pour les USA. En cas d’urgence, l’humanitaire est aussi une affaire de puissance. A quand une force de réaction rapide européenne ? François Bonicel Le 26 janvier 2010

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