Après la crise financière mondiale, la crise de la zone euro ? | Diocèse de Troyes

Après la crise financière mondiale, la crise de la zone euro ?

Fin 2009, l’euro culminait à 1,50 $. Nos dirigeants s’en félicitaient, assurant que la zone euro avait mieux résisté à la crise que la plupart des autres économies. Aujourd’hui l’euro s’est affaibli sous les coups de boutoir des spéculateurs. Comment en est-on arrivé là ? Quels sont les risques ? Quelles conclusions faut-il tirer de l’affaiblissement de la monnaie européenne ? Pourquoi les spéculateurs s’attaquent-ils à l’euro ? Le gouvernement grec, aidé par la banque américaine Goldman Sachs, a menti sur l’état réel de ses finances, et notamment le montant de la dette du pays. Ceci était connu depuis 2004 sans que personne, en particulier l’UE et la BCE ne s’en émeuvent. Pourquoi ? Inutile de dramatiser, la Grèce ne représente que 3 % du PIB de la zone euro, s’est-on sans doute dit. Et la Grèce n’est pas le seul pays de L’UE à avoir maquillé ses comptes. Inutile de faire des vagues ! Mais les marchés financiers apprécient avant tout que l’on fasse ce que l’on dit et que l’on dise ce que l’on va faire. Or la crise économique mondiale a mis en évidence que les pays européens, malgré leur solidarité affichée, ont eu tendance à faire, chacun en ce qui le concernait, cavalier seul pour lutter contre les effets de la crise. Les marchés se sont aussi souvenus de ce que le traité de Maastricht (1991) interdisait aux Etats membres de porter secours à l’un d’entre eux qui serait en difficulté et à la BCE de consentir des prêts aux pays de la zone euro. Pourquoi, dans ces conditions, ne pas tester la solidité de la zone euro ? La méthode est connue : Il suffit de bien choisir sa cible. Le pays visé a besoin d’emprunter sur les marchés pour couvrir ses besoins de trésorerie. Les investisseurs ne se pressent pas pour répondre aux appels de fonds. Ils font monter ainsi les taux d’intérêt jusqu’au niveau qui leur permet de couvrir tout risque d’insolvabilité du pays concerné. Tels les grands prédateurs existant dans la nature, les hedge funds que financent les banques et les institutions de prévoyance auxquelles nous confions notre épargne, ont attaqué les pays les plus faibles de l’UE, en premier lieu la Grèce. La zone euro paie le prix de l’union monétaire sans gouvernement économique Maastricht a certes permis la création de l’euro, mais sans Etat fédéral et avec très peu de transferts financiers entre les Etats membres à l’exception des aides régionales. On a pensé que chaque pays gèrerait son budget « en bon père de famille », que la BCE lutterait contre l’inflation et qu’ainsi l’euro serait bien gardé. Naïvement, on a voulu croire que la monnaie unique conduirait inévitablement à un gouvernement économique européen. Il n’en fut rien et près de vingt ans de « chacun pour soi » nous ont menés à la situation actuelle. Comment pourrait évoluer la situation ? Dans l’immédiat, la situation est vraiment incertaine de sorte que les spéculateurs sont enclins à continuer leurs manœuvres contre l’euro. Face aux risques systémiques, leurs institutions financières détenant d’importantes créances sur la Grèce qui pourraient devenir irrécouvrables, les deux pays leaders de la zone euro se concertent : l’Allemagne dont la volonté de rigueur s’était imposée à Maastricht semble nuancer sa position initiale et adopter une position plus pragmatique, cette évolution étant encouragée par le gouvernement français. Encore faudrait-il que ces deux pays décident de s’engager nettement en faveur le la mise en place d’un véritable gouvernement économique de la zone euro et qu’ils obtiennent l’adhésion des autres Etats membres dans ce sens. Il s’agirait d’un vrai tournant car le domaine financier est celui où l’intégration européenne est la moins avancée. Face à leurs opinions publiques hostiles à toute politique tendant à soutenir les pays tricheurs n’ayant pas respecté les règles communes de bonne gestion, les gouvernements européens se sont contentés pour l’instant d’exiger du gouvernement grec la mise en place de mesures d’assainissement budgétaire et de laisser entendre qu’ils aideront la Grèce en cas de besoin. Il n’est pas certain que ces messages suffiront à décourager les spéculateurs d’autant que le plan de rigueur imposé à la Grèce se heurte à l’hostilité de la population déjà fortement éprouvée par les effets de la crise mondiale, comme en témoignent les manifestations déjà intervenues. François Bonicel Le 2 mars 2010.

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