Interrogations à propos de l'Euro | Diocèse de Troyes

Interrogations à propos de l'Euro

Le mois dernier, nous nous interrogions sur les risques qui pesaient sur l’euro. A l’unanimité, les seize chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro viennent de prendre des décisions discutables. Contrairement à ce que l’on pouvait espérer, la chancelière allemande s’est montrée inflexible. Pourquoi n’a-t-elle pas voulu se montrer moins exigeante ? En quoi les décisions prises sont elles néfastes pour l’euro ? La monnaie unique pourrait-elle renaître ? Telles sont les interrogations dont traite cette chronique. Ce que l’on sait des décisions prises le 25 mars 2010 : Les détails de l’accord intervenu, d’abord entre Mme Merkel et le président français, puis entériné par les autres chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, n’ont pas été publiés. L’accord intervenu prévoirait un mécanisme selon lequel les pays de la zone euro pourraient accorder des crédits à ceux d’entre eux qui connaîtraient des difficultés sur le plan financier, mais à deux conditions : – que le FMI intervienne également de façon significative en faveur des pays défaillants – que la discipline budgétaire soit renforcée au sein de la zone euro, ces deux conditions ayant été exigées par la chancelière allemande. Les deux raisons essentielles pour lesquelles l’Allemagne s’est montrée inflexible : La première est que le peuple allemand n’a pas oublié les effets dévastateurs de la terrible crise financière qu’il a subie avant la seconde guerre mondiale. Une image est restée de cette époque où l’inflation atteignait des taux exprimés avec des chiffres à trois zéros, celle des épargnants ruinés et des salariés dont le pouvoir d’achat diminuait chaque jour. En conséquence, les Allemands tiennent avant tout à la stabilité des prix et sont donc partisans d’une ferme politique d’équilibre tant des finances publiques que des finances privées. La seconde est que les salariés allemands subissent depuis plus de dix ans une politique de rigueur salariale visant à réduire les coûts de production afin de préserver la compétitivité de leur industrie face à la montée en puissance des pays émergents. La discipline des salaires a été acceptée par les syndicats en échange du maintien des emplois. Les Allemands ne veulent pas, dans ces conditions, payer pour les pays qui n’ont pas consenti les mêmes efforts, qu’ils qualifient volontiers de « pays club med », aujourd’hui la Grèce, le Portugal, l’Espagne. Demain l’Italie, le Royaume Uni, la France dont les déficits budgétaires se sont creusés ? Les décisions prises par les pays de la zone euro sont elles néfastes à sa monnaie ? Pour la première fois depuis la création de l’euro, le 1er janvier 1999, les seize pays ayant adopté la monnaie commune demandent l’aide du FMI pour résoudre les difficultés de l’un d’entre eux, la Grèce ! La zone euro nécessiterait donc les médications habituelles du FMI s’appliquant aux pays pauvres du Sud ? Quelle humiliation, comme l’a estimé le gouverneur de la BCE ! Au-delà de cet aspect, la crise a mis en évidence cette dure réalité : comment une monnaie commune peut-elle vivre sans politique économique commune entre les pays membres de la même zone monétaire? On peut ajouter que le « chacun pour soi » dont font preuve trop souvent « les seize » montre qu’ils ne s’accordent pas sur la conception même de cette zone. Les Européens vont-ils tirer des enseignements de la crise ? L’Allemagne a joué un rôle majeur dans le compromis peu glorieux conclu à Bruxelles. Comme la ministre française de l’économie, certains ont critiqué le modèle économique allemand. Les cancres critiquent le bon élève ! Mme Merkel a exigé que les pays de « l’euroland » fassent preuve de rigueur budgétaire. Le président français en a appelé à la création d’un « gouvernement économique » commun. Espérons que ces deux principes ne resteront pas des voeux pieux. Ils sont en effet les conditions d’un retour de la confiance dans l’euro. Mais il est une autre condition indispensable pour rétablir l’équilibre au sein de la zone euro dont ne parle pas le compromis laborieux du 25 mars : la rigueur ne peut être acceptée par les peuples qu’à la condition qu’ils aient l’impression que les efforts qui leur sont demandés sont répartis suivant le principe de justice, c’est-à-dire selon la capacité contributive réelle de chacun. Tel n’est pas le sentiment dominant aujourd’hui dans l’UE où plus de 80 millions de personnes, soit 17 % de la population*, vivent sous le seuil de pauvreté alors que les catégories aisées de nos sociétés sont de plus en plus privilégiées. Dans nos pays de liberté, la prospérité économique ne saurait aller sans la justice sociale. Il en va de l’efficacité de notre modèle économique qui ne saurait être ni ultra libéral ni dirigiste. *Chiffre eurostat 2008. François Bonicel Le 28 mars 2010 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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