Propos d'un iconoclaste au sujet de la crise de l'euro | Diocèse de Troyes

Propos d'un iconoclaste au sujet de la crise de l'euro

Certains dirigeants européens ont accusé les marchés financiers de se livrer à des spéculations, voire à des attaques, injustifiées contre l’euro. Ce reproche est-il fondé ? Qui sont les marchés ? Quel rôle réel ont-ils joué ? Que devraient faire les Européens ? Que désigne l’expression « les marchés financiers » ? Ces marchés correspondent au point de rencontre de ceux qui ont de l’argent, qu’il leur appartienne ou qu’il leur soit confié, et de ceux qui ont besoin d’argent, en premier lieu les Etats qui recherchent les capitaux nécessaires pour assurer leurs fins de mois. Les dirigeants politiques se plaignent de la puissance des marchés alors que, par leur recours massif à l’emprunt, ils ont construit eux-mêmes cette puissance ! Les Etats peu endettés, au contraire des autres, n’ont rien à craindre des marchés. Qui est responsable de la crise de l’euro ? Cette crise est née de l’inquiétude des marchés qui ont vu les déficits publics de nombreux Etats européens s’accumuler année après année, conduisant à un gigantesque endettement. Doutant de leur capacité à rembourser leurs dettes, les marchés ont exigé de ceux qui continuaient à s’endetter, des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Qui est responsable de ces déficits ? Les Etats qui ont dépensé sans compter ou les marchés qui financent une part croissante des salaires de nos fonctionnaires et de notre système social ? Ajoutons que les Etats qui ont laissé se former les déséquilibres que l’on sait, faute de fixer un cadre juridique contraignant réglementant l’activité des institutions financières, ont laissé le champ libre à la création d’une industrie financière mondialisée hypertrophiée et à la cupidité des hommes. La spéculation est-elle nécessairement illicite ? Celui qui anticipe ou diffère un achat, une vente, un projet, en fonction de ce qu’il pense de l’évolution future des prix, de la conjoncture économique, des taux d’intérêt, des règlementations etc. est un spéculateur. Qui ne spécule pas ? Quel est l’épargnant qui n’exige pas de sa banque un meilleur rendement de ses placements, quitte à accroître la prise de risque et à faire jouer la concurrence ? Comme toujours, s’agissant des activités humaines, tout est dans les intentions et la manière de faire. Une spéculation peut être licite ou pas, selon les acteurs, son objet et les circonstances. Que penser de la spéculation qui s’est portée sur l’euro ? Le laxisme de nombreux Etats de la zone euro, l’absence de solidarité entre les Etats membres, leur incapacité à agir vite pour assurer la liquidité de l’Etat et du système bancaire grecs, ont conduit à une perte de confiance des marchés vis-à-vis de l’euro. Or, les marchés, en investissant ou pas dans les bons du trésor que ces Etats émettent pour financer leurs déficits, les ont contraints à envisager de réduire leurs dépenses et à stabiliser leur économie. Ils ont en outre fait tomber deux tabous européens : Celui de la non solidarité entre les Etats et l’interdiction faite à la BCE d’acheter de la dette publique. Les Etats de la zone euro ont du amender leur politique financière et leur dogmatisme économique et financier. On doit s’en féliciter mais les mesures prises ne sauraient suffire. Le plus dur reste à faire : Les Etats de la zone euro ont assuré la liquidité de la Grèce et, espérons le, celle des autres pays européens en difficulté ou qui pourraient l’être. Ce faisant, ils ont seulement évité le pire en gagnant du temps. La crise est venue de l’excès de la dette et nous prétendons soigner la dette par de nouvelles dettes ! Cela ne saurait durer. Il faut maintenant assurer la solvabilité des Etats les plus exposés. Il est urgent d’instaurer une discipline budgétaire et une politique fiscale communes en Europe. Les Etats n’ont d’autre choix que de réduire leurs dépenses et d’augmenter leurs ressources selon un plan crédible et concerté, prévoyant d’étaler l’application des mesures annoncées bien au-delà des trois années envisagées. A cet égard, le refus de permettre à la Commission d’examiner les budgets des Etats avant qu’ils soient soumis au vote des parlements nationaux est un très mauvais signal adressé aux marchés. Après avoir salué le plan de soutien adopté par les Etats de la zone euro, les marchés n’ont pas tardé à douter de la capacité des Européens à se relever ensemble, tant ils savent que les marges de manoeuvre sont étroites. Le temps est venu de cesser de vivre au-delà de nos moyens tout en réduisant les inégalités les plus criantes de nos sociétés et de poursuivre la construction de la maison européenne qui ne saurait être que du type fédéral. François Bonicel, le 27 mai 2010 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube" n° 6 de juin 2010. Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 -[Écrire-> revuediocese@catholique-troyes.cef.fr] parution mensuelle Abonnement 25 €

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