La gouvernance économique en question en Europe | Diocèse de Troyes

La gouvernance économique en question en Europe

La crise économique et financière a mis en évidence trois phénomènes : – la création de l’euro n’a pas conduit, contrairement à l’espoir de ses initiateurs, à la naissance d’une véritable zone monétaire unifiée. – le laxisme budgétaire de beaucoup d’Etats européens les a rendus dépendants des marchés financiers, – le manque d’unité en matière de politique économique au sein de l’UE qui nous a affaiblis face aux principales économies mondiales. Où en sommes-nous aujourd’hui en matière de gouvernance économique en Europe ? De quelle gouvernance l’UE a-t-elle besoin ? Plusieurs conceptions en présence : – L’Allemagne prône une politique commune fondée sur la rigueur budgétaire, l’investissement dans les nouvelles technologies, enfin sur l’impérieuse obligation des vingt sept Etats membres de l’UE de respecter les règles communes. A l’évidence, les Allemands qui ont fait de gros efforts pour financer la réunification de leur pays et préserver sa capacité exportatrice ne sont pas disposés à soutenir sans contreparties les pays qu’ils jugent laxistes. Mme Merkel ne manque pas une occasion de rappeler que pour son pays, ruiné par deux guerres mondiales, et l’hyperinflation des années 20, le credo de la stabilité n’est pas négociable. Les autres pays du nord de l’Europe ne sont pas éloignés de la conception allemande. – La France qui n’a pas présenté de budget en équilibre depuis plus de trente ans sait être l’objet de critiques de la part de son partenaire allemand et de la méfiance des marchés financiers ; elle demande l’instauration d’un « gouvernement économique » relevant des chefs d’Etat et de gouvernement des seize pays de la zone euro qui disposeraient d’un secrétariat chargé de préparer leurs travaux. Elle plaide en outre pour une plus grande solidarité entre les pays membres de l’UE. – Les pays du sud de l’Europe qui sont particulièrement exposés à la pression des marchés financiers du fait de la grave dégradation de leurs comptes publics s’efforcent de regagner la confiance de leurs partenaires en mettant en œuvre de sévères plans de rigueur et se rallieront à une position commune franco-allemande. – La Banque Centrale Européenne (BCE) plaide par la voix de son président Jean-Claude Trichet pour l’instauration d’une sorte de fédéralisme budgétaire alliant rigueur et solidarité de la part des Etats membres de l’UE et le renforcement du pacte de stabilité. – Le Royaume Uni fait encore confiance, contre toute logique, à son modèle économique qui repose essentiellement sur le rôle de la City dans le monde, et se montre toujours très réticente à l’idée d’une plus grande intégration économique de l’Europe, suivie sur ce dernier point par certains pays de l’Est européens. Cela étant, le Royaume Uni n’a pas les moyens de rester isolé dans le monde tel qu’il est. Dans l’attente d’un accord franco-allemand. Le 14 juin, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont décidé de taire leurs divergences. La chancelière a accepté de reprendre à son compte l’expression « gouvernement économique » chère au président français, celui-ci acceptant de son côté l’exigence allemande que le pilotage économique soit effectué au niveau des Vingt-Sept et non du seul « Euroland ». Le 17 juin, les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles ont décidé de soumettre leurs banques aux tests de résistance déjà mis en oeuvre aux USA, et de proposer au G20 la création d’un prélèvement sur les banques et d’une taxe sur les transactions financières. Par ailleurs, l’idée de soumettre les budgets nationaux à la Commission avant qu’ils soient remis aux parlements nationaux a progressé. Ce n’est pas négligeable mais encore très insuffisant. La gouvernance économique dont l’UE a besoin : Il faudrait d’abord qu’elle soit exercée par le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt Sept de façon à éviter l’ajout d’une nouvelle instance à celles qui existent déjà au sein de l’Union. Il faudrait ensuite établir chaque année un diagnostic consensuel de la situation économique mondiale, se fixer une politique budgétaire commune, ce qui suppose de fixer des règles homogènes en matière de fiscalité et d’investissements et d’organiser des transferts financiers entre les Etats membres de façon que les plus faibles aient les moyens d’atteindre les objectifs communs. Il faudrait aussi que la BCE reste indépendante mais ait pour mission non seulement d’assurer la stabilité des prix et de fixer la politique monétaire, mais également celle de soutenir la croissance économique et de réguler les activités financières au sein de l’Union. Il faudrait enfin instaurer un code disciplinaire rigoureux sanctionnant les Etats ne respectant pas les règles communes. Jean Monnet disait que les hommes ne prenaient les mesures nécessaires que sous la contrainte des faits. Nous en sommes là et il est temps que nos peuples s’en rendent compte. François Bonicel Le 27 juin 2010 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube" n° 7/8 de juillet 2010. Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 - [Écrire-> revuediocese@catholique-troyes.cef.fr] parution mensuelle Abonnement 25 €

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