Nous, Européens, sommes-nous raisonnables ? | Diocèse de Troyes

Nous, Européens, sommes-nous raisonnables ?

Le 19 novembre dernier, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement européens ont désigné à l’unanimité le président du Conseil européen, Monsieur Van Rompuy et le Haut Représentant pour les Affaires étrangères, Madame Ashton. Aussitôt la presse, traduisant l’opinion dominante en Europe, a souligné qu’il s’agissait de deux inconnus, le premier étant présenté comme manquant de charisme sinon de personnalité, la seconde comme une débutante manquant d’expérience en matière diplomatique. Pourquoi cette attitude aussitôt négative de notre part ? Est-elle fondée ? Comment se construit l’UE ? Monsieur Van Rompuy et Madame Ashton sont-ils adaptés à leurs nouvelles fonctions ? l’illusion d’une europe idéale : Les Européens se comportent comme s’ils aspiraient à une Europe idéale qui, bien entendu, ne saurait exister. Nous avons oublié qu’il y a un peu plus de soixante ans, nos pays européens sortaient d’une guerre fratricide marquée par des crimes monstrueux et laissant nos peuples amers et nos pays ruinés. Le mur de Berlin est tombé il y a à peine vingt ans, conduisant pacifiquement à la libération des peuples de l’Est européen du joug soviétique et ceux de l’Ouest de la crainte d’une domination communiste. Avons-nous pleinement conscience de ce que cela signifie ? Nous nous comportons comme si la construction européenne n’avait pas avancé. Nous rêvons d’une Europe sans chômage, sans déficits, prospère, sans administration tatillonne, totalement sécurisée dans un monde accommodant, unifiée, et dont les dirigeants seraient des modèles d’efficacité et de vertu ! Bien entendu, la réalité est toute autre La crise économique et financière nous frappe, 80 millions d’Européens vivent encore sous le seuil de pauvreté, 10 % d’entre nous sont sans travail, notre jeunesse a le plus grand mal à s’intégrer dans la vie active, les nouvelles puissances émergentes remettent en cause et sans ménagements, la domination sans partage que nous avons exercée sur l’ensemble du monde pendant des siècles. Mais il demeure que l’Europe est une zone de liberté incomparable, que l’UE est la première puissance économique du monde, sa population bénéficiant d’un haut pouvoir d’achat. Qu’aurait été le sort de nos pays dans la crise actuelle si l’euro ne nous avait pas protégés d’une guerre des changes et de pratiques protectionnistes comme cela s’est produit dans le passé avant qu’il nous contraigne à une discipline commune ? Il n’existe pas de modèle européen. La comparaison de la situation de l’UE avec une Europe idéale, à laquelle nous nous livrons inconsciemment trop souvent, ne saurait avoir de sens. comment se construit l’UE ? La construction européenne est un chemin que ses pères fondateurs nous ont proposé en 1950. Il s’est agi d’engager un processus permettant aux pays européens qui s’étaient entretués, de former progressivement et pacifiquement un ensemble politique et économique au sein duquel chaque pays, ayant renoncé à toute volonté d’hégémonie, petit ou grand, serait également reconnu. La réunification pacifique du continent intervenue depuis 1989 s’est traduite par l’extension à 27 pays de ce processus qui implique nécessairement d’en passer par des compromis, évidemment imparfaits et successifs, pour parvenir à la définition d’un bien commun. Monsieur van Rompuy et Madame Ashton sont-ils adaptés à leurs nouvelles fonctions ? Disons le tout net, la désignation d’un président du Conseil stable représente un progrès décisif comparé à la calamiteuse présidence tournante tous les six mois que nous avons connue depuis le traité de Nice. Ajoutons que Monsieur Van Rompuy est un conciliateur né, qui s’attachera à dégager des consensus au sein du Conseil européen. Quant à Madame Ashton, son expérience comme Commissaire européen au commerce lui sera utile dans les relations avec les partenaires de l’UE, étant entendu que les Affaires étrangères relèvent encore très largement des gouvernements des Etats membres. Le nouvel attelage n’est peut-être pas parfait, mais cessons d’en appeler, à propos de tout, à un idéal virtuel qui ne saurait exister et souhaitons lui courage et lucidité. Sachons reconnaître le chemin parcouru, sans référence à une Europe idéale mythique, mais au regard d’un lourd passé qu’il ne faut pas oublier et des risques que présente le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est. Alors la construction européenne pourra se poursuivre, à son rythme, qui est aussi le nôtre… François Bonicel Le 28-11-2009

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