L'UE face aux grands problèmes mondiaux | Diocèse de Troyes

L'UE face aux grands problèmes mondiaux

Le 19 décembre dernier, s’est achevée la conférence mondiale de Copenhague sur le climat. Pour les uns, les plus nombreux, l’échec est total et la déception amère, pour les autres, c’est un demi échec. Les négociateurs sont seulement parvenus à acter, et non à adopter, un accord a minima, sans engagements précis des Etats. Pourquoi un si maigre résultat ? L’ONU est-elle encore un cadre adapté pour les grandes négociations internationales ? Le sentiment d’échec est-il totalement justifié ? Quels enseignements devraient en retirer les pays européens ? Voilà quelques questions qui méritent que l’on s’y arrête. La conclusion de la conférence : La conférence a abouti à un texte au statut juridique flou qui se contente d’affirmer la nécessité de limiter le réchauffement planétaire à 2°C sans comporter aucun engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Seuls points positifs : La mise en œuvre « à brève échéance » d’un financement de 30 milliards de dollars pour aider les pays pauvres, (mais la somme est bien modeste et sera-t-elle réunie ?), la validation du mécanisme de lutte contre la déforestation « Redd-Plus » et surtout que les pays sont tenus désormais de communiquer tous les 2 ans les actions de réduction des émissions qu’ils entreprennent, mais sur une base uniquement volontaire et sans vérification internationale. Pourquoi un si maigre résultat ? Qui sont les responsables ? La plupart des 192 Etats présents à Copenhague étaient manifestement venus avec la ferme intention de défendre leurs intérêts nationaux. On a assisté à Copenhague à une belle foire d’empoigne entre des intérêts contradictoires ! A qui revient l’échec ? Aux USA dont on attendait tant après 15 ans d’absence du protocole de Kyoto ? A la Chine qui prétend appartenir au groupe des pays en développement alors qu’elle est devenue la 2ème puissance économique mondiale ? A l’UE qui ne parvient pas à se faire entendre ? Aux pays en développement divisés et représentés par le très démocratique Soudan ? En vérité tous sont responsables de l’échec et c’est bien là le principal problème : l’absence criante d’une gouvernance mondiale. L’ONU est-elle encore un cadre adapté pour les grandes négociations internationales ? Le monde a changé depuis la création de l’ONU, mais l’institution n’a pas évolué. Le principe onusien selon lequel « un pays égale une voix » conduit à donner un droit de veto à une minorité de pays contre tous ceux qui sont d’accord pour avancer ensemble. Il s’oppose donc à l’instauration d’une gouvernance mondiale. Il serait sans doute plus efficace que les pays appartenant à une même zone géographique, par hypothèse plus soucieux des conséquences des actes des pays voisins ou de ceux appartenant à d’autres zones géographiques du monde sur eux-mêmes, s’efforcent au nom du principe de subsidiarité, de dégager des solutions communes avant que les problèmes posés ne soient évoqués au plan mondial. Le sentiment d’échec est-il totalement justifié ? Le sentiment d’échec est partagé. Pourtant ce sentiment ne parait pas totalement justifié car nous sommes engagés sur un long chemin. Tout n’a vraiment commencé qu’en 1988 lorsqu’a été créé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC) chargé de mesurer et de faire connaître l’accroissement de l’effet de serre et ses conséquences. En 1990, le GIEC publie un premier rapport qui affirme la forte probabilité d’un réchauffement planétaire à venir et la responsabilité de l’activité humaine. Le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 conduira au protocole de Kyoto signé en 1997 qui, pour la première fois, affirmera la nécessité d’engager des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le GIEC produira d’autres rapports confirmant et amplifiant les conclusions de son rapport de 1990. Les négociations se poursuivront malgré l’opposition des USA et des grands pays émergents. Par ailleurs, à Copenhague, la présidence danoise s’est montrée très maladroite à l’égard notamment des pays pauvres. Une meilleure conduite de la conférence aurait peut-être permis à ces derniers de partager certaines orientations exprimées par l’UE, ce qui aurait donné un tout autre résultat à la conférence. Des enseignements à tirer de l’échec de la conférence par les Européens ? Malgré la forte implication de ses dirigeants, notamment le premier ministre britannique Gordon Brown et le président français, qui ont tenté d’établir des points d’accord entre les pays du Commonwealth, les pays africains, le Brésil et l’UE, celle-ci n’a pas réussi à faire entendre sa voix. Les critiques acerbes de l’action de l’UE dans la négociation par certains ténors de l’écologie politique, notamment français, sont dénuées de sens. L’expression facile de bons sentiments, comme on en a beaucoup entendus, ne suffit pas à faire une bonne politique ! La vérité est que l’UE, faute d’avoir fait son unité politique, ne parvient pas à s’imposer comme puissance face aux poids lourds, les USA, la Chine et l’Inde, qui sont seulement soucieux de leurs propres intérêts. L’Europe fédérale est une nécessité absolue pour assurer un meilleur équilibre du monde. Ce sont les pays pauvres qui en ont le plus besoin. L’échec de Copenhague saura-t-il en convaincre les Européens ? Ce serait sa vertu. François Bonicel Le 25 décembre 2009

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