La Russie et nous | Diocèse de Troyes

La Russie et nous

La Russie n’a pas bonne presse en Europe. Politique de force à l’égard de la Géorgie, de l’Ukraine et de nombreux pays ayant fait jadis partie de son pré carré, utilisation de sa richesse gazière en politique extérieure, notamment vis-à-vis de l’UE, absence de démocratie à l’intérieur de ses frontières etc., les raisons ne manquent pas pour nourrir la méfiance des Européens à l’égard de la Russie. Pourquoi la Russie montre-t-elle sa force ? Pourquoi l’UE a-t-elle intérêt à se garder de montrer trop d’hostilité vis-à-vis de la Russie ? Pourquoi la Russie a-t-elle besoin de montrer ses muscles ? La Russie est à la croisée des chemins. Cela fait dix ans que Poutine est au pouvoir. L’heure d’un premier bilan est venue, le dirigeant russe le sait, et son bilan n’est pas à la hauteur des espérances qu’il avait fait naître à son arrivée à la tête du pays. Certes, Poutine peut s’enorgueillir de quelques succès : en dix ans le PIB a été multiplié par cinq, une classe moyenne s’est formée, l’Etat s’est renforcé et les Russes ont retrouvé une certaine fierté après les frasques du pouvoir précédent qui leur valaient d’être la risée du monde. Mais, en même temps, les principales faiblesses que connaissait le pays à la fin des années 1980 perdurent : 40 % de la population vivent dans la pauvreté, le pays perd 700 000 habitants par an, l’espérance de vie est en recul, la criminalité s’est considérablement développée pour des raisons économiques mais aussi politiques, pendant que les libertés ne cessaient de se restreindre. Enfin la crise mondiale a gravement atteint l’économie du pays, le PIB marquant un recul au 2ème trimestre 2009 de 11 % sur un an alors qu’en Occident les premiers signes de reprise se manifestent. Pour tenter de remobiliser un peuple qui doute de plus en plus de ses dirigeants, le tandem au pouvoir à Moscou a besoin de le rassembler en lui désignant un ennemi commun, l’OTAN, accusé de vouloir « encercler la Russie », et de l’affaiblir en se servant des ex pays socialistes. Les coups de menton n’ont pas d’autre raison que de tenter de détourner l’attention du peuple sur les échecs du pouvoir et de passer une période politiquement délicate. Pourquoi l’UE a-t-elle intérêt à soutenir le peuple russe ? La réponse à cette question est évidente. Barack Obama vient de renouer avec une attitude traditionnelle de la diplomatie américaine avant que la « guerre froide » ne lui ouvre les yeux sur les principes de la politique soviétique qui, comme de Gaulle l’avait bien compris, s’inscrivait dans les traces de la politique constante de l’empire des tzars. Comme son lointain prédécesseur, le président Wilson, qui déclarait au lendemain de la révolution d’Octobre que « la Russie avait toujours été profondément démocratique dans toute sa manière de penser »*. Barack Obama a témoigné d’une dangereuse naïveté en déclarant, lors de son récent voyage à Moscou, que « les jours où les empires pouvaient traiter les Etats souverains comme les pièces d’un jeu d’échecs sont finis »*. C’était oublier que la Russie a perdu les conquêtes de Staline qui avait permis à l’URSS de retrouver les frontières de l’empire russe d’avant 1914. Aujourd’hui, la Russie est sans accès aux mers chaudes et ceinturée d’Etats souvent hostiles. Force est de constater aussi que la Russie fait face au déclin dans de nombreux domaines dont le plus grave est sans doute la chute de sa natalité. L’UE doit se souvenir du diagnostic établi par le marquis de Custine en 1839, à son retour de Russie, qui décrivait ce pays comme « une nation essentiellement conquérante, avide à force de privations, expiant d’avance chez elle, par une soumission avilissante, l’espoir d’exercer la tyrannie chez les autres »*. Karl Marx ne disait-il pas que « la politique russe, ses méthodes, sa tactique, ses manoeuvres peuvent varier, mais l’étoile polaire de sa politique, la domination du monde, est une étoile fixe »*. Les Etats-Unis et l’UE ont intérêt à ne pas laisser le peuple russe sombrer dans le désespoir du déclin déjà engagé. Il s’agit certes de se montrer fermes en face des tentatives d’hégémonie de la Russie de Poutine mais en même temps de promouvoir une politique de collaboration économique et culturelle de façon que la Russie et son peuple ne se sentent pas isolés face à un monde hostile. Les Eglises chrétiennes occidentales peuvent aider un tel processus en apportant leur soutien au nouveau patriarche Kirill de Moscou qui s’efforce de maintenir l’autonomie de l’Eglise orthodoxe russe face au pouvoir et de promouvoir la Doctrine sociale de l’Eglise russe orthodoxe dont la mise en oeuvre améliorerait le sort du peuple russe. * Citations extraites d’un article d’André Fontaine paru en août dans le journal Le Monde. François Bonicel ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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