Au sujet de l'immigration, l'Europe se trompe ! | Diocèse de Troyes

Au sujet de l'immigration, l'Europe se trompe !

L’UE se ferme de plus en plus aux immigrants qu’elle perçoit comme une menace pour l’identité et la sécurité de ses peuples. Ce sentiment est répandu par des propagandes surestimant largement le poids des immigrants dans l’UE : – combien et quels immigrés en Europe ? – représentent-ils une charge pour nos pays ? – les politiques restrictives menées en Europe sont-elles efficaces ? Telles sont les questions abordées ici, sur un plan strictement technique, au détriment, faute de place, des aspects moraux et spirituels qui devraient profondément préoccuper les chrétiens d’Europe, souvent alertés par leurs évêques. Ceux-ci, à propos du sort réservé aux immigrés (la destruction brutale du site dit « la jungle » à Calais en est un exemple), ont rappelé cette question de l’évangile : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ». Combien et quels immigrés en Europe et en France? Leur nombre est estimé à 41 millions d’individus soit 8,2 % de la population européenne. L’Allemagne est le 1er pays d’accueil (10 millions), puis la France (5,5), le Royaume-Uni (5,4)… Selon les enquêtes annuelles de recensement de l’INSEE, sur les 5,5 millions d’immigrés installés en France, 2 millions sont originaires d’un pays européen, 2 millions sont de nationalité française, 1,2 million sont diplômés de l’enseignement supérieur. Il y a tout lieu de penser que ces caractères observés en France se retrouvent à l’échelle européenne. Qu’en est-il des immigrés clandestins, les « sans papiers » ? Le nombre de 8 millions pour l’ensemble de l’UE, parfois avancé, semble très surestimé si l’on se réfère aux estimations faites en France : en 2004, le ministre de l’intérieur les évaluait entre 200 000 et 400 000. Se référant aux régularisations menées par les gouvernements socialistes entre 1981 et 1998 qui ont concerné au total 225 000 personnes, on peut raisonnablement chiffrer les « sans papiers » à 250 000 personnes en France, soit 4,5 % du total des immigrés. Appliquant ce pourcentage au total des immigrés installés dans l’UE, le nombre des sans papiers pourrait atteindre 1,84 million de personnes, soit 0,37 % de la population européenne. Nous sommes donc très loin de l’image nauséabonde des « hordes de sauvages envahissant nos pays » colportée par certains milieux et qui, malheureusement, s’est répandue dans une partie de la population française, polluant les consciences. Les immigrés représentent-ils une charge pour nos pays? Cette idée, largement répandue, se révèle totalement fausse. Les enquêtes menées par des gouvernements européens démontrent que les immigrés contribuent à la richesse de tous les pays concernés ; au Royaume-Uni, depuis 1945, les immigrés ont contribué à hauteur de 20 % à la croissance économique, produisant deux fois plus de richesse que les Anglais de souche par rapport à ce qu’ils reçoivent de l’Etat. Le fameux « miracle économique allemand » est strictement corrélé avec l’arrivée des nombreux immigrés qui ont renforcé le rapport entre actifs et inactifs… En Espagne, 50 % des nouveaux emplois créés depuis 2001 ont concerné des travailleurs migrants qui ont apporté 23 milliards d’euros à l’Etat. De son côté, la Banque mondiale a calculé que pour les pays industrialisés, l’immigration a représenté une augmentation de 3 % de la population active permettant un gain net de 160 milliards de dollars. Ajoutons que l’apport démographique de l’immigration s’avère indispensable pour tous les pays de l’UE pour compenser en partie le déséquilibre croissant entre le nombre des actifs et des inactifs. En France, malgré une fécondité proche du seuil de remplacement des générations, faute d’une immigration suffisante, nous approcherions, en 2050, du seuil insupportable d’un actif pour un inactif. Les politiques restrictives en matière d’immigration sont-elles efficaces? Non seulement ces politiques sont inefficaces mais elles sont en outre contre productives et dangereuses : - inefficaces car les populations pauvres parviennent toujours, quels que soient les risques pris et les obstacles à surmonter, à rejoindre les territoires où elles espèrent trouver de meilleures conditions de vie. - contre productives car elles privent nos pays, nous l’avons dit, d’une importante source de richesse, qui aurait contribué au financement de nos régimes de protection sociale. - dangereuses car, exclusivement sécuritaires, elles ignorent une réalité fondamentale : De trop grandes inégalités, on le voit dans nos pays, créent des frustrations générant des tensions qui fragilisent la cohésion sociale de nos sociétés. L’immigration est le produit des inégalités profondes qui caractérisent notre monde. Ces inégalités et les frustrations qui en découlent sont à la source de la plupart des conflits qui opposent les peuples, fragilisant ainsi la paix mondiale. Celle-ci ne peut pas être sauvegardée si la justice n’est pas assurée au plan international. François Bonicel, le 1-10-2009

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