Rencontre avec le Père Marco Abascal | Diocèse de Troyes

Rencontre avec le Père Marco Abascal

Notre diocèse a accueilli, fin 2008, le Père Marco Abascal , vicaire pastoral de Potosi. Le Père Abascal a participé au pèlerinage en Terre Sainte effectué par des prêtres et des diacres des diocèses de Troyes et de Langres. Peu de temps avant son retour en Bolivie, nous l’avons rencontré Église dans l’Aube : Père Marco Abascal, c’est votre premier voyage en France. Par quoi avez-vous été frappé, qu’avez-vous découvert au cours de vos échanges avec les français ? Père Marco Abascal : Je découvre une Église très intéressante, qui veut répondre aux défis qui se posent au monde d’aujourd’hui, qui veut passer de la quantité à la qualité, qui veut aller à la rencontre des personnes. Et cela me paraît important. EDA : Vous êtes vicaire pastoral à Potosi : en quoi consiste votre mission ? Père Marco : Ce qui me préoccupe, comme vicaire pastoral, c’est que se mettent davantage en route des processus de conversion de toute l’Eglise locale au service du Christ : que l’Eglise soit plus centrée sur le Christ, qu’elle soit plus engagée sur le plan social, que les projets et les personnes vivent une vraie rencontre avec le Christ. EDA : Comment définissez-vous l’Eglise de Bolivie ? Père Marco : Nous avons une Eglise jeune, vivante, dynamique, 85% des Boliviens sont baptisés. La difficulté est d’aider les gens à passer de la quantité à la qualité. L’Eglise de Potosi cherche à engager une «mission permanente», pour de nombreux baptisés s’engagent au nom de leur foi et non plus au nom des coutumes de leurs ancêtres.   EDA : C’est une église de tradition catholique ? Père Marco : La tradition catholique est très forte. Beaucoup sont catholiques convaincus par tradition : ils font baptiser leurs enfants sans qu’on aille les chercher. Mais il faut passer de la tradition, de ces coutumes, à une rencontre personnelle avec le Christ, à une véritable et profonde adhésion à ce qu’ils veulent célébrer. EDA : Qu’en est-il des vocations, de cette adhésion au Christ? Père Marco : Nous travaillons sur la dimension de la vocation au service de l’Eglise. La vie consacrée a formé des jeunes à devenir prêtres. Notre effort se porte sur la vocation à la vie chrétienne, ce qui concerne tout le monde et pas seulement les vocations sacerdotales. Notre pays ayant une forte population jeune, un gros travail est fait avec eux et notamment auprès des étudiants, sur la vocation au service de l’Eglise en tant que chrétien et non pas seulement comme ministre ordonné. Faire grandir le sens d’une vocation au service de l’Eglise : c’est souvent une découverte pour eux de voir comment le Christ peut prendre sa place dans leur existence, comment, à leur niveau, ils peuvent s’engager au nom de leur foi dans la société. EDA : Quelle est l’histoire de votre vocation personnelle ? Père Marco : Petit, j’ai pris part à la vie de ma paroisse : catéchisme, activités organisées pour les enfants et les jeunes… Etudiant, j’ai participé à un groupe de jeunes où nous réfléchissions comment, nous chrétiens, nous pouvions jouer un rôle dans la transformation de la société. Ce groupe avait différentes actions à la campagne auprès des paysans. Je me souviens de l’expérience d’un voyage, dans une communauté rurale très éloignée (7h à pied), que j’ai fait avec plusieurs jeunes et un prêtre très âgé. Là-bas, beaucoup de gens nous attendaient, il y avait une véritable faim et soif de la Parole de Dieu : cela m’a fortement marqué, la foi de ces gens-là a beaucoup questionné ma propre foi. EDA : On parle du prosélytisme des Eglises évangéliques en Amérique latine ; la Bolivie connaît-elle ce phénomène ? Père Marco : Oui, en Bolivie ce prosélytisme existe . Mais les évangélistes sont eux-aussi en crise : ces groupes fondamentalistes agissaient beaucoup pour diviser l’Église catholique, et cela ne marche plus aujourd’hui. Ce qu’ils ont transmis est assez pauvre. Quant à nous, nous avons appris de la part des évangélistes à être une Église plus joyeuse, plus engagée, qui cherche à transmettre ses fondements, le Christ lui-même. Toute la communauté ecclesiale s’est mise en route face à cette présence fondamentaliste. EDA : Comment l’Eglise s’engage-t-elle sur le plan social ? Père Marco : La Bolivie est un pays pauvre car beaucoup de gens vivent avec très peu de ressources. La Bolivie est aussi un pays riche avec beaucoup de richesses naturelles mais celles-ci ne profitent qu’à une petite minorité. L’Eglise a un rôle social très important. Par l’éducation : 30% des établissements scolaires sont tenus par l’Eglise. Elle agit dans le domaine de la santé. L’Eglise développe des programmes de formation intégrale qui aident les personnes à se développer humainement, spirituellement et psychologiquement. EDA : Qu’en est-il de la séparation entre la société laïque et l’Eglise catholique ? Père Marco : La volonté pour beaucoup au gouvernement est de réduire au maximum la place de l’Eglise dans la société pour que l’exercice de la foi devienne une réalité privée. Cependant, l’Église reste présente dans l’univers public du fait de son histoire en Bolivie, et aussi parce que beaucoup de chrétiens agissent dans la société : à cause de la Parole de l’Evangile, ils sont comme un levain dans la société. L’Eglise rend un service immense par la formation intégrale des personnes. Elle permet aux gens qui le cherchent de faire le lien avec la transcendance, avec ce qui est plus grand qu’eux : l’Eglise permet cette rencontre, alors que la société ne le permet pas. EDA : Avec quelle idée rentrez-vous dans votre pays après ce court séjour en France? Père Marco : Le plus grand souvenir de ce passage en France sera d’avoir été en Terre Sainte avec un presbytérium français : c’est le lieu où la Parole de Dieu s’est incarnée. Toute terre est bénie, celle de la Bolivie et celle de la France : je découvre que dans toute terre le Christ a à naître et à venir ; toute terre est bénie comme celle de Jésus. Propos recueillis par Claire Astier le 9.12.08

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