US dollar contre euro, les Européens doivent agir | Diocèse de Troyes

US dollar contre euro, les Européens doivent agir

L’euro a franchi, le 21 octobre dernier, le seuil de 1,50 dollars. Quelles sont les raisons de l’affaiblissement du dollar ? Quels sont les risques de la confrontation euro/dollar ? Que fait l’UE ? Nous ne pouvons pas nous désintéresser de ces questions qui peuvent paraître arides, mais dont les enjeux sont considérables pour les Européens et surtout pour les pays les plus pauvres. Le pape Benoît XVI nous a invités à rechercher « la charité dans la vérité ». Les questions de la parité monétaire entre la monnaie dominante et son challenger européen et du rééquilibrage du commerce mondial ne peuvent pas échapper à cette recherche. Pourquoi le dollar est-il si faible ? Depuis longtemps, les citoyens US, grands consommateurs de biens et de services, préfèrent la dette à l’épargne. En conséquence leur endettement n’a cessé de croître et la balance commerciale du pays de se creuser. Parallèlement, forts du statut de monnaie de réserve du dollar, les gouvernements US ont souvent pratiqué une politique économique agressive, aboutissant à creuser démesurément les déficits publics qui depuis des années sont financés par des achats massifs de bons du Trésor US par les banques centrales, en particulier la Banque centrale chinoise. Ces tendances lourdes se sont aggravées avec la crise actuelle qui a conduit le gouvernement US à lancer un gigantesque plan de relance. Les mesures de relance prises ont de nouveau creusé les déficits publics au point d’inquiéter les investisseurs étrangers. Enfin, la Réserve fédérale a pratiqué une politique de taux d’intérêt très bas. Tous les ingrédients se sont trouvés ainsi réunis pour que les investisseurs étrangers délaissent le dollar pour s’orienter vers des devises, en premier lieu l’euro, présentant à leurs yeux à la fois moins de risques et une meilleure rémunération de leurs placements. L’Europe doit elle craindre une faiblesse persistante du dollar ? Assurément oui, pour au moins deux raisons : d’abord, les positions concurrentielles des exportateurs européens, malgré le contre exemple allemand, sont affaiblies vis-à-vis de leurs compétiteurs US (le consortium Airbus dont le principal concurrent est l’avionneur US Boeing, en sait quelque chose), ce qui aboutit à une réduction de l’activité de nos pays déjà touchés par un chômage en hausse. Ensuite, les pays émergents, notamment la Chine, sont exposés à une remise en cause du modèle de croissance mondiale en place, qui voulait que le déficit américain alimente les exportations de ces pays, en particulier celles de la Chine devenue l’usine du monde avec le concours du grand distributeur US Wall-Mart. Ces pays émergents vont chercher à exporter leurs productions sur d’autres marchés solvables, pour l’essentiel en Europe, y créant de nouvelles et vives concurrences pour les opérateurs européens. Quel sort pour les pays pauvres ? Déjà les plus mal lotis, en particulier les pays africains, ils vont voir leurs positions commerciales déjà trop faibles en Europe, se réduire encore du fait de l’offensive commerciale de leurs concurrents asiatiques. Or une plus forte intégration de ces pays dans le commerce mondial est une condition sine qua non du développement économique dont ils ont impérativement besoin. Que fait l’UE ? Il lui appartenait d’agir vigoureusement dans les instances internationales pour que des ajustements soient mis en œuvre par la Chine et les Etats-Unis. Le yuan chinois est notoirement sous évalué, facilitant les exportations chinoises. Le gouvernement chinois n’est pas prêt à réévaluer sa monnaie, les exportations chinoises ayant, du fait de la crise actuelle, fondu depuis onze mois consécutifs. Les autorités chinoises se sont certes engagées vis-à-vis de l’UE à dynamiser la consommation intérieure du pays mais le feront elles ? Quant au dollar, on sait que le président de la Réserve fédérale a évoqué récemment une éventuelle remontée de ses taux directeurs mais sans convaincre les opérateurs de marchés. En fait l’UE, première puissance économique mondiale, est largement désarmée faute d’unité politique, et aurait mieux fait de mettre en place la « stratégie de Lisbonne » qui visait à faire de l’Europe la zone la plus compétitive au monde d’ici à 2010 plutôt que de se plaindre de la baisse du dollar ! C’eut été un moyen efficace de lutter contre les graves déséquilibres actuels dont souffrent d’abord les pays les plus pauvres. La recherche de « la charité dans la vérité » à laquelle nous a invités le pape, passe par les efforts courageux que nos pays européens doivent réaliser pour être enfin une force crédible et agissante dans le monde. François Bonicel Le 27-10-2009 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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