L’Union européenne face à la crise | Diocèse de Troyes

L’Union européenne face à la crise

Ceux qui ont cru, hors de toute raison, que la crise financière ne se propagerait pas du système financier à l’économie réelle, se sont évidemment trompés. La crise économique, exceptionnellement grave, est bien là, affectant l’ensemble des pays européens avec son lot habituel de conséquences : l’activité des entreprises se contractant sévèrement, le chômage augmente, les ressources fiscales se réduisent, fragilisant des finances publiques qui doivent en outre porter le poids des plans de relance lancés par les gouvernements. L’UE est confrontée à la crise. Comment y répond-elle ? ---- On a d’abord vu nos pays agir en ordre dispersé, sans que les gouvernements se soucient de coordonner leurs plans de relance, certains, comme la France, à propos de son plan de soutien à l’industrie automobile, étant accusés de prendre des mesures protectionnistes. Par ailleurs, certains pays de l’Est européen (les PECO), plus durement touchés par la crise comme la Hongrie et les pays baltes, aux économies encore fragiles, ont appelé à l’aide, sollicitant la solidarité de leurs partenaires de l’Ouest. A l’initiative du premier ministre tchèque qui assure la présidence de l’Union depuis le 1er janvier, les dirigeants des Vingt-Sept se sont retrouvés le 1er mars à Bruxelles pour tenter de trouver une réponse commune face à la crise ; soucieux de masquer leurs divergences pour ne pas aggraver les difficultés, les dirigeants européens sont parvenus à un accord qui comporte des éléments positifs mais également des éléments franchement négatifs. Parmi les éléments positifs, citons le fait que nos dirigeants sont parvenus à un accord-cadre sur le traitement des actifs toxiques des banques et qu’en outre ils ont arrêté le principe de mesures destinées à renforcer la supervision financière en Europe, qui seront fixées, sur proposition de la Commission, par le prochain Conseil européen. Celui-ci s’efforcera de les faire partager par les membres du G20 qui se réunissent, à Londres, au mois d’avril. Enfin le sommet de Bruxelles a été l’occasion de réaffirmer unanimement que les Européens veilleront à lutter contre les tendances protectionnistes qui se sont manifestées ici ou là. On peut cependant regretter que les Vingt-Sept n’aient pas souligné que si la crise s’était cristallisée sur la question des crédits subprime, elle était d’abord la conséquence de l’endettement gigantesque des USA, qu’il s’agisse de l’endettement privé ou public. Or on doit noter que beaucoup de pays européens atteignent des taux d’endettement d’ores et déjà tout à fait excessifs. Mais le sommet des Vingt-Sept a surtout mis en évidence l’absence de solidarité au sein de l’UE. Si aucun pays n’échappe à la crise, certains en souffrent plus que d’autres. Il s’agit en particulier des 12 PECO où la crise bancaire s’est récemment aggravée au point que l’on peut craindre qu’une crise majeure se produise dans ces pays qui sont sortis du bloc communiste, il y a tout juste 20 ans, et qui ont rejoint l’UE en 2004 et 2007. La Hongrie, pays le plus touché, avait demandé aux pays de l’Ouest européen la mise en place d’un plan d’aide au bénéfice des nouveaux membres de l’Union. Considérant que chaque pays était un cas particulier, et oubliant combien leurs industries et leurs banques avaient profité de l’ouverture à l’Est, les « ex Quinze » ont rejeté la mise en place d’un plan global, et se sont contentés de demander à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (la BERD) et à la Banque mondiale d’accroître leur soutien aux pays les plus vulnérables. Ce faisant, ils ont pris le risque d’aggraver la crise, ce dont souffriraient en premier lieu l’Autriche et l’Allemagne, pays européens les plus engagés à l’Est. Décidemment les Quinze ne sont pas partageux ! C’est là un très mauvais message et une prise de risque considérable. Comme l’a dit le président de la Banque mondiale, « ce serait une immense tragédie si l’Europe était à nouveau divisée en deux ». François Bonicel Le 6 mars 2009 ---- PS : un lecteur, que je remercie, me dit avoir sursauté en voyant dans ma chronique du mois de janvier que j’avais « mis dans le positif de la présidence française de l’UE (avec un léger regret) l’approbation du Pacte européen sur l’immigration et l’asile ». Il est vrai que les accords entre les Vingt-Sept sont trop rares et, même imparfaits, ils constituent à mes yeux, le plus souvent, un progrès. J’avais néanmoins écrit à propos du pacte : « il faut cependant regretter la confirmation de la tendance de l’Union à se protéger contre l’étranger », ce qui me semblait clair quant à mon appréciation du pacte. Il semble que ça ne l’ait pas été assez, ce que je regrette évidemment. Peutêtre le comité de rédaction de la revue souhaiterat- il un jour consacrer un dossier à la grave question de l’immigration qui est d’une grande complexité en particulier si on l’examine au niveau européen.

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