Un prêtre à la retraite | Diocèse de Troyes

Un prêtre à la retraite

André-Pierre Vandewalle : A quel moment as-tu commencé à penser à la retraite ? Michel Gatouillat : Vers l’âge de 60 ans, quand ma charge pastorale commençait à dépasser mes compétences, quand j’ai quitté les 3000 habitants que je connaissais, pour passer à 5000 ou 6000. A-P : C’est à 70 ans que ça a pris forme cet aspect de la retraite ? M.G : Oui parce que j’avais de nouveaux confrères et le secteur était difficile. Par manque de collaborateurs laïcs, la mission qui m’avait été confiée ne pouvait pas se réaliser comme j’aurais aimé le faire et la « techno pastorale » qui était proposée me dépassait. Chaque année je demandais à l’évêque de changer mon rythme de vie. A 73, 74 ans j’ai mis le forcing auprès de lui A-P : Comment t’y es-tu pris pour passer à un stade différent ? M.G : Un jour on m’a dit que j’aurais un remplaçant. Ce jour a été pour moi une libération A-P : Très bien mais dans ce passage, il y a peut-être eu des difficultés ? M.G. D’abord, la chance que j’ai eue c’est de trouver un lieu d’accueil, dans une grande maison où logeaient plusieurs personnes. J’ai donc été accueilli dans ce village de Voué, où je suis chez moi sans être chez moi et c’est parfois exigeant quand on a vécu 50 ans à sa guise. A-P : Un vieux célibataire ? M.G : Oui, j’ai dû apprendre à vivre avec d’autres et écouter les autres. Enfin, j’ai un grand jardin où je peux travailler. J’ai une table mise le soir. C’est un grand bonheur quand, avec l’âge, on a un certain nombre de malaises et que la solitude donne un peu d’angoisse. La deuxième chance c’est que je ne suis pas tombé dans l’inaction. On m’a proposé des services pastoraux, accompagner le mouvement chrétien des retraités, donner des cours de Bible et chaque semaine un service paroissial. Dès la première année, j’ai découvert de nombreuses communautés, dans 31 villes différentes. C’est bien, parce qu’on vient avec son petit sermon, son petit baluchon, les gens sont contents, ils vous invitent à table, mais quand on a été Curé, et qu’on a eu le souci des hommes, on se trouve parachuté. J’ai demandé une autre fonction et je suis devenu auxiliaire au secteur paroissial de Saint-Parres-aux-Tertres, secteur ultra sympathique et là, je suis très heureux. A-P : Cela fait plaisir à entendre. M.G : Et puis, j’ai découvert la pastorale sacramentelle du pardon. Souvent en campagne je disais la messe seul. Une année, je n’ai pas eu d’enfant au catéchisme, j’ai été aux confessions pour les grandes fêtes et n’ai eu aucun pêcheur. Je me suis dit qu’être prêtre pour ne plus donner le pardon du bon Dieu, pour ne pas célébrer en communauté, pour ne pas donner la parole de Dieu aux enfants, ce n’était plus possible. Et quand j’ai demandé un changement de rythme, on m’a nommé aussi à Saint-Nicolas pour la pastorale du pardon Mais, ce n’est pas seulement le pardon, c’est aussi l’accompagnement. Cela fait 5 ans que j’y vais et je vois régulièrement une trentaine de personnes.Quand je rentre chez moi, je vais faire un tour, j’écoute les oiseaux, je sens les fleurs, je fais du vélo, je vais dans mon atelier, je bricole un peu de mosaïques et je souhaite que beaucoup de prêtres puissent ainsi trouver un équilibre de vie autant physique et relationnel que pastoral comme moi en ce moment.

Newsletter

Restez informés, inscrivez-vous à notre lettre mensuelle!

Partenaires