Solidarité, un gros mot en Europe ? | Diocèse de Troyes

Solidarité, un gros mot en Europe ?

Nous avons souvent évoqué dans cette chronique le manque de générosité de l’Union Européenne à l’égard des pays tiers, notamment en ce qui concerne son aide aux pays pauvres dont le budget baisse depuis plusieurs années malgré les engagements pris. Il en est malheureusement de même à l’égard des émigrés à l’entrée desquels, sur son territoire, l’UE pratique une politique particulièrement restrictive. Aujourd’hui, l’UE montre des signes qui laissent à craindre qu’elle pourrait nier l’un de ses principes fondateurs majeurs : la solidarité entre ses membres. Tel est l’objet de la présente chronique. La Lettonie est un petit pays (65 000 km2, 2,3 millions d’habitants) situé sur la côte balte. Ayant pu quitter le giron soviétique, le pays a retrouvé son indépendance en 1991. Après une période difficile marquée par une baisse de la production et une forte montée du chômage, le pays adhérait à l’OTAN le 29 mars 2004 et à l’UE le 1er mai suivant, et l’économie redémarrait. La monnaie du pays, le lat letton, est liée à l’euro depuis 2005 selon une parité lui autorisant une marge de fluctuation de 15 % au dessus et en dessous de la valeur pivot de l’euro. En fait, la Lettonie s’est imposée une marge de fluctuation de sa monnaie de seulement 1 % par rapport à l’euro. Cet accrochage du lat à l’euro explique largement le boom économique que la Lettonie a connu depuis 2005, notamment dans le secteur des nouvelles technologies dont le pays est devenu un spécialiste reconnu au plan mondial. Mais ce boom économique s’est accompagné d’une vive expansion du crédit et donc de la dette, tant de l’Etat que des entreprises et des particuliers. La crise économique et financière mondiale survenue au second semestre 2008 a gravement et immédiatement fragilisé l’économie lettone, comme celle de la plupart des pays de la partie Est de l’Europe. Le dégonflement rapide de la « bulle » financière s’est traduit par un affaiblissement du lat sur le marché des changes. La Banque centrale lettone a dû consacrer près d’un tiers de ses réserves, depuis un an, pour soutenir la devise nationale. Bien que le FMI, avec le concours de l’UE, ait déjà, dans le cadre d’un plan de sauvetage, consenti, fin 2008, un crédit de 7,5 milliards d’euros à la Lettonie en vue d’éviter une dévaluation du lat, l’économie lettone a subi une diminution de 18 % de la richesse produite au premier trimestre 2009 et l’on craint une contraction de l’activité de 20 % sur l’ensemble de l’année. Face à cette situation, le gouvernement letton a pris des décisions visant à réduire un déficit budgétaire devenu très préoccupant. Les salaires du secteur public ont été réduits de 20 % et les retraites de 10 %. La question lettone est une épine dans le pied de l’Europe que l’on évite d’évoquer dans les sommets européens tant la situation est embarrassante. Les cyniques ne manquent pas de dire que le gouvernement letton n’avait qu’à écouter l’UE quand elle conseillait, il y a trois ans, d’éviter de creuser dangereusement les déficits publics. « Faites ce que je vous dis et pas ce que je fais » doivent penser les dirigeants européens qui, tels les gouvernements français, britannique, espagnol etc., n’ont pas hésité à creuser démesurément leurs propres déficits publics pour faire face à la crise ! Et maintenant que vont faire nos dirigeants ? Malgré le principe de solidarité au sein de l’Union qui est l’un des principes fondateurs de l’Europe unie, ils sont manifestement peu disposés à participer, aux côtés du FMI, au nouveau crédit de 1,2 milliard d’euros sollicité par la Lettonie, d’autant que des demandes semblables vont probablement être présentées par les autres pays baltes et sans doute par la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, etc qui ne sont guère en meilleur état que la Lettonie. A l’époque de la négociation du Traité constitutionnel européen, certains pays ont souhaité que « les racines chrétiennes de l’Europe » soient rappelées dans le texte du Traité. Michel Camdessus, alors président des Semaines sociales de France, avait indiqué que cela lui semblait relativement peu important, l’essentiel étant à ses yeux, que l’Europe illustre par ses actes ses racines chrétiennes. Un tel principe est toujours d’actualité… François Bonicel Le 28 juin 2009

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