L’Allemagne, un pays en mutation | Diocèse de Troyes

L’Allemagne, un pays en mutation

Nous connaissions l’Allemagne comme un pays de consensus reposant sur trois traditions : un modèle familial ancestral, une pratique de compromis social, et une vie politique apaisée. Depuis la réunification intervenue en 1990, la société allemande a connu de nombreux bouleversements qui ont transformé profondément le pays. Depuis le début des années 1950, l’Allemagne est le principal partenaire de la France et nous ne saurions nous désintéresser de son évolution. Nous examinerons les bouleversements en cours. La fin du modèle familial traditionnel ? Dans l’imaginaire allemand, la femme se réalisait seulement en tant que mère gardienne du foyer. Très difficile pour les femmes de concilier carrière et maternité. Or, depuis de nombreuses années, les sondages indiquaient qu’en majorité les Allemandes voulaient à la fois avoir des enfants et travailler en dehors de chez elles. En outre, la réunification avait révélé à l’opinion ce qui apparaissait comme les retards du système éducatif et familial ouest-allemand. Malgré les réticences de l’épiscopat allemand, notamment Mgr Mixa, l’évêque d’Augsbourg, qui dénonçait « une politique idéologique qui sent sa RDA », le gouvernement de Gerhard Schröder, formé par le SPD et le parti des Verts, avait initié une modification du système d’aide aux familles en vue de favoriser le travail des femmes. Cette politique est amplifiée par le gouvernement d’Angela Merkel : la ministre CDU de la famille, Madame von der Leyen, issue d’une famille de sept enfants et elle-même mère de sept enfants, conduit une politique reposant sur trois piliers : un salaire parental pendant un an représentant 65 % du salaire perdu et s’ajoutant aux allocations familiales, le lancement d’un programme de construction de 500 000 places de crèche et l’ouverture des écoles toute la journée. Ces mesures, auxquelles s’ajoutent des services d’aide familiale, ont été très bien accueillies par l’opinion ; elles devraient contribuer à relancer un taux de natalité particulièrement bas n’assurant plus le renouvellement des générations et accentuant le vieillissement de la population et offrir à l’économie allemande un supplément de main d’oeuvre qualifiée dont elle a un urgent besoin. Est-ce l’annonce de la fin de la vieille formule des trois « K » Kinder, Küche, Kirche (enfants, cuisine, église) qui était à la base du modèle familial allemand ? La fin du compromis social ? Depuis la dernière guerre, on considérait généralement en Allemagne de l’Ouest qu’il n’y avait pas, face à face, les patrons et les travailleurs, mais des fournisseurs et preneurs de travail, qui agissaient au travers d’un rapport équilibré entre les associations d’employeurs et les syndicats de salariés. Par ailleurs le « miracle économique allemand » de l’après-guerre avait transformé la population en une vaste classe moyenne. Les écarts de revenus étaient les plus faibles d’Europe et la majorité des Allemands avaient un mode de vie homogène. Bien sûr il y avait des riches et des pauvres, mais pas de très pauvres ni de très riches. La montée du chômage dans les années 1990, le recours au travail à temps partiel, les délocalisations, les réformes initiées par le gouvernement Schröder et poursuivies par le gouvernement Merkel repoussant l’âge de la retraite et durcissant les conditions d’accès aux indemnités de chômage ont rompu ce bel équilibre. La classe moyenne, celle des salariés, partie centrale de la population, s’est sentie menacée par l’appauvrissement, d’autant que les salaires ont faiblement progressé ces dernières années pendant que la rémunération des patrons augmentait fortement. Les grèves, rares et toujours policées, (Lénine disait que les cheminots allemands, avant d’occuper les voies, achetaient un ticket de quai !) font place désormais à des conflits très durs, tel celui qui a touché pendant plusieurs mois, en 2007, les chemins de fer et qui s’est conclu par une augmentation des salaires de 11 %. Du jamais vu en Allemagne ! La fin d’une vie politique apaisée ? Depuis sa création en 1949, la République allemande a pratiquement toujours connu, grâce à la loi électorale, l’alternance au pouvoir des deux grands partis de masse, la démocrate chrétienne CDU-CSU et le social démocrate SPD, parfois alliés au petit parti libéral FDP. Dans les années 198O, les Verts avaient parfois réussi à troubler cet équilibre. En 2005, les anciens communistes de l’Est ont accédé au Bundestag et des déçus du SPD et des Verts, menés par Oskar Lafontaine (ancien ministre des finances SPD), après avoir créé leur propre mouvement , Die Linke, la gauche radicale, les y ont rejoints au sein du parti Linkspartei. Avec cinq formations au Parlement, les coalitions entre un grand parti et un petit faisant l’appoint, seront plus difficiles. Pour qu’un gouvernement ait une majorité, il devra le plus souvent réunir trois composantes, ce qui ne sera pas aisé. Les deux dernières élections régionales qui ont eu lieu fin janvier ont confirmé le paysage politique sorti des urnes en 2005 et qui est radicalement différent de celui qui a prévalu pendant prés d’un demi-siècle. Une nouvelle période s’ouvre… François Bonicel ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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