Chrétiens d’Irak, nos frères | Diocèse de Troyes

Chrétiens d’Irak, nos frères

Il faut reconnaître que depuis la chute de Saddam Hussein on ne parlait guère de l’Irak autrement qu’en termes d’apocalypse, bombes, vols, enlèvements, assassinats. Ce qu’a permis la mission de Pax Christi dans ce pays, c’est de se rapprocher des hommes, des femmes, des enfants qui en sont les victimes, de recevoir en direct le témoignage des épreuves qu’ils vivent et les appels qu’ils nous adressent. Les médias, parce que le spectacle de l’horreur y est régulièrement au rendez-vous, ont pour effet de rendre les apocalypses un peu abstraites. Mais lorsqu’on partage la tristesse, les angoisses et la désespérance de ceux qui sont éprouvés, alors on ne peut qu’avoir le coeur touché et on mesure concrètement de combien de solidarité ils ont besoin. C’était le sens de la visite de Pax Christi en Irak : aller visiter chez eux les chrétiens irakiens, ne pas nous contenter d’une déclaration de principe sur la solidarité qu’il faut donner à ces frères souffrants, mais poser le geste d’accepter l’incommodité et l’insécurité d’un tel voyage, nous faire les témoins de ce qu’ils vivent et de ce qu’ils espèrent et être ensuite leurs porte-parole auprès de tous ceux qui peuvent faire quelque chose pour leur montrer qu’ils ne sont pas seuls ni abandonnés. Un peuple rejeté Notre délégation n’a pas pu se rendre dans tout le pays. L’insécurité est telle qu’il est hors de question de se rendre à Bagdad et à Mossoul. Nous avons du reste eu la preuve des risques qu’il y a à se rendre à Mossoul, puisque peu de jours après notre retour, l’archevêque chaldéen de cette ville a été enlevé par un groupe de terroristes dans des conditions dramatiques. En raison de ce contexte difficile nous n’avons pu nous rendre qu’au nord de l’Irak, dans la province du Kurdistan, ainsi que dans la plaine de Ninive. Nous y avons rencontré vingt six communautés de chrétiens réfugiés dans cette région, ayant fui surtout Bagdad et Mossoul, où leurs vies étaient en péril et l’existence quotidienne impossible. Ce que nous avons pu constater c’est que les chrétiens d’Irak n’ont pas le moral. Ils ne sont pas les seuls irakiens à être victimes de l’insécurité, mais ils sont particulièrement en situation de faiblesse, parce qu’ils sont minoritaires, parce qu’ils n’ont pas les réflexes tribaux des autres catégories de la population, parce qu’à la différence des grandes confessions islamiques soutenues par des états étrangers, eux n’ont personnes pour les protéger. Le soupçon qui pèse sur eux c’est qu’ils sont liés à l’Occident, qui est l’ennemi. De ce point de vue leur situation est dramatique. Ils se considèrent d’abord comme des irakiens, du reste les plus anciens des irakiens. Ils sont les premiers occupants de cette terre. Ils y ont déposé leurs traditions spirituelles et aujourd’hui ils sont considérés comme des étrangers à qui l’on refuse le droit de prier leur Dieu. Quand on prend la mesure de tous ce qu’ils ont subi et subissent quotidiennement – dans un village nous avons rendu visite à un paysan chrétien qui avait été enlevé quelques jours auparavant et venait d’être libéré le matin même contre rançon -, quand on considère le peu de perspectives qui leur sont offertes : là où ils sont réfugiés, il n’y a pas de travail, des problèmes de communication, de langue etc., on peut comprendre qu’ils soient habités par le désir de partir. Mais ils ne savent pas où aller. Ils ne sont attendus nulle part sauf là où ils sont réfugiés, au Kurdistan. Parmi eux certains ont quitté le pays. Ils sont aujourd’hui réfugiés dans les pays limitrophes : Syrie, Jordanie, Turquie. Ils sont un peu comme des errants, car personne ne veut les accueillir. Et malgré tout on perçoit chez eux une sorte de tranquillité intérieure dont nous avons vite compris qu’elle ne pouvait venir que d’une foi très profonde, tout à fait étonnante. Ce qui nous donne la force de résister, disent nos frères, dans la barbarie des kamikazes et des bombes, c’est de savoir que le Christ avec son amour sans limites défie le mal, nous garde unis et nous donne, à travers l’Eucharistie la vie que les terroristes essaient de nous ôter. Cette Eglise est une Eglise de martyrs et de confesseurs de la foi. C’est cet enracinement que leur permet de continuer à espérer envers et contre tout, même si le sentiment les habitait de n’avoir pas de soutien, que personne ne se bat pour leur cause. Notre visite de ce point de vue était pour eux un grand signe. Pour la première fois on venait leur dire qu’ils avaient des frères qui pensaient à eux, qui priaient pour eux, qui voulaient se battre pour eux. Qu’allons-nous faire pour eux ? C’est la raison pour laquelle il est important que les chrétiens de France prennent le relais de notre délégation. Nos frères irakiens nous demandent d’abord notre solidarité spirituelle. Nous allons la vivre intensément pendant la Semaine Sainte. Pourquoi ne pas la prolonger dans l’envoi de messages, de jumelage de paroisses et de communautés. Pax Christi s’en fera volontiers le relais. Il y a d’autres interventions nécessaires et qu’ils attendent, celle en particulier en direction des responsables politiques pour qu’ils travaillent à la paix sur la terre irakienne afin de donner à ce peuple un avenir, sans oublier qu’il y a besoin aussi d’une intervention humanitaire pour permettre à ces réfugiés de faire face là où ils sont aux nécessités d’une vie à reconstruire. Vaste programme ! Père Marc Stenger ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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