Les Balkans, | Diocèse de Troyes

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Si la Roumanie, la Bulgarie et la Slovénie ont rejoint l’Union européenne, les autres pays de la péninsule balkanique qui appartiennent incontestablement à l’ensemble européen forment aujourd’hui une zone à hauts risques. Un peu d’histoire Après la seconde guerre mondiale, la poigne de fer du maréchal Tito avait maintenu l’unité politique de la Fédération yougoslave formée des 6 républiques fédérées (Slovénie, Croatie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Serbie, et Monténégro) et des 2 provinces autonomes (Voïvodine et Kosovo). La mort de Tito, en 1980, fut l’occasion du réveil des nationalités. S’en suivirent des troubles inter-ethniques qui aboutirent à la proclamation de l’indépendance de la Slovénie, et de la Croatie en juin 1991, puis de la Bosnie-Herzégovine en avril 1992. Les Serbes, avec 8,5 millions de personnes, dominaient démographiquement la Fédération yougoslave (36 % du total). 5 millions d’entre eux vivaient en Serbie, les autres étant répartis dans les autres entités, principalement en Bosnie et en Voïvodine. Forts de ce poids démographique et de leur implantation diversifiée, les Serbes choisirent d’attaquer les républiques ayant proclamé leur indépendance. Ce sera la première «guerre de Yougoslavie» d’abord menée par la Serbie de Milosevic contre la Slovénie, puis contre la Croatie en 1991, enfin contre la Bosnie-Herzégovine en 1992. La guerre fut particulièrement atroce, marquée par des massacres de populations, des destructions massives et par des actions d’«épuration ethnique ». Après intervention des forces de l’OTAN qui procédèrent à des bombardements aériens sur les positions serbes, et cessez-le-feu en Bosnie-Herzégovine, des négociations de paix s’engagèrent à Dayton (USA) qui aboutirent aux «accords de Dayton» qui furent signés, à Paris, le 14 décembre 1995 et consacrèrent l’éclatement de la Fédération yougoslave. Après la paix, les périls demeurent Les accords de Dayton aboutirent à la naissance d’Etats certes souverains, mais au sein desquels vivent des populations relevant de plusieurs nationalités, pratiquant des religions et des langues différentes. Citons par exemple le cas du Monténégro : Les Monténégrins « de souche » ne représentent que 42 % de la population, et sont confrontés à la volonté des minorités les plus importantes, les Serbes (31 % de la population), les Musulmans-Bosniaques (13,7 %), et les Albanais (5 %), de jouer un rôle politique en tant que tels. Des situations comparables se retrouvent notamment en Bosnie Herzégovine. Ajoutons que si le découpage intervenu ne satisfait pas entièrement les nationalités de tout bord, les Albanais du Kosovo (80 % de la population) appartiennent toujours à la Serbie et sont les seuls à ne pas disposer d’un territoire en propre. Leur désaccord ne tardera pas à se manifester. L’armée de libération du Kosovo (UCK) se manifeste, dès février 1996, en revendiquant une série d’attentats. L’UCK ne cessera ensuite de mener des actions de guerre contre les forces serbes à partir de 1998, la partie serbe se livrant à de nombreuses exactions contre les populations. Après l’intervention des forces de l’OTAN, la situation s’apaise, le Kosovo est placé sous administration internationale à partir de 1999. L’apparition de nouveaux risques Le 17 février dernier, le Kosovo a proclamé son indépendance, se séparant de la Serbie qui, soutenue par la Russie, refusa immédiatement cette proclamation unilatérale, considérant la «province du Kosovo» comme le «berceau du peuple serbe ». On doit s’interroger sur la pérennité du nouvel Etat : le pays est très pauvre du fait d’une quasi absence d’industrie, d’un chômage massif (45 % de la population), et dépend essentiellement de la Serbie pour son approvisionnement énergétique et de nombreux autres produits. En outre, les Albanais qui peuplent le pays se contenteront-ils longtemps du protectorat européen en place ? Ne seront-ils pas tentés de rejoindre l’Albanie voisine ? Et que dire des risques d’éclatement, du fait de la population serbe qui vit au nord du pays, et qui, subissant de nombreuses agressions visant notamment les lieux de culte orthodoxes commises par les Kosovars, aspire à rejoindre la Serbie ? En outre, on peut craindre que l’exemple du Kosovo n’inspire des revendications d’autodétermination aux Serbes de Bosnie-Herzégovine, voire aux Albanais du Monténégro et de Macédoine. Sur la question de la reconnaissance du Kosovo, l’UE s’est divisée : suivant les USA, la France et le Royaume-Uni ont reconnu le nouvel Etat tandis que l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Roumanie et la Slovaquie refuseront probablement de le faire, l’Allemagne attendant pour sa part une position commune bien problématique pour s’y rallier. Cette division témoigne de la diversité des intérêts en jeu auxquels s’ajoutent ceux de la Russie. Personne n’a oublié que les aspirations des nationalités et la confrontation des intérêts des puissances ont été à l’origine de la première guerre mondiale. Le sort de l’Europe est lié à celui de cet endroit stratégique qu’a toujours été la péninsule balkanique. FrançoisBonicel 27-03-2008 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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