L'Afrique et nous | Diocèse de Troyes

L'Afrique et nous

Après sept années sans rendez-vous au sommet, l’Afrique et l’Europe se sont retrouvées les 8 et 9 décembre derniers à Lisbonne où les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays membres de l’UE et de 53 pays africains se sont réunis. L’objectif du sommet : Il s’agissait de réexaminer les relations politiques et économiques entre les deux ensembles qui ont beaucoup évolué depuis le dernier sommet du Caire en 1990, et de dépasser l’approche traditionnelle des relations entre pays donateurs et pays bénéficiaires de l’aide. L’attitude initiale des deux partenaires Dès le début du sommet, les dirigeants africains ont insisté sur la nécessité de parler sur un plan d’égalité avec les pays européens. D’emblée, le président en exercice de l’Union africaine, Monsieur John Kufuor, a déclaré que «Durant 500 ans, les relations entre nos continents n’ont pas été heureuses. Il faut corriger cette injustice de l’histoire faite de traite abominable d’esclaves, de colonisation, puis d’apartheid», le président de la Commission de ladite Union africaine, Monsieur Alpha Oumar Konaré, ajoutant «Il est temps aujourd’hui pour l’Afrique d’enterrer définitivement le pacte colonial et de sortir des logiques de l’économie de traite et de comptoir». Pour leur part, les dirigeants européens s’étaient engagés dans une voie visant, en contrepartie de l’ouverture de leurs frontières vis-à-vis des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), à obtenir de ces derniers la libéralisation de leurs propres marchés et imposant que les négociations correspondantes aboutissent à un accord avant le 31 décembre 2007 faute de quoi les accords antérieurs deviendraient caducs et les tarifs douaniers rétablis à l’encontre des produits africains. Les points de vue exprimés au cours du sommet Désireuse de se faire mieux entendre dans les instances internationales, l’Afrique a voulu montrer sa volonté de parler «d’égal à égal» avec l’Europe. Ses dirigeants n’ont pas manqué de se référer aux nombreux rendez-vous passés et à venir que l’Afrique a avec d’autres partenaires que l’Europe. «L’Afrique ne saurait être ni une chasse gardée, ni un autre territoire à conquérir et n’a besoin ni de charité ni de paternalisme » a répété l’ancien président malien Monsieur Alpha Oumar Konaré. En outre, les dirigeants africains ont protesté contre le forcing des Européens indiquant qu’ils ne se risqueront pas «à ouvrir en fait la voie à un choix de société non annoncé, non discuté, non convenu. Personne ne nous fera croire que nous n’avons pas le droit de protéger notre appareil économique». Les dirigeants européens n’ont pas manqué d’entendre le message qui leur était adressé. Ils n’ignorent pas en effet que l’Afrique regorge de matières premières et qu’elle sera un continent très jeune et la troisième puissance démographique mondiale en 2050. Ils n’ignorent pas non plus que la Chine, soucieuse de sécuriser ses approvisionnements pétroliers et miniers, n’hésite pas à verser des milliards de dollars pour s’assurer un accès privilégié aux matières premières africaines. Les entreprises de construction chinoises ont d’ores et déjà détrôné leurs homologues européennes. Fin 2006, 800 entreprises chinoises employant 78 000 de leurs ressortissants étaient présentes sur le continent africain. Il serait évidemment intenable politiquement que l’UE relève ses droits de douane à l’encontre des produits africains faute d’accord de libre échange avec l’Afrique avant le 31 décembre 2007. La Commission européenne s’efforce d’ailleurs de conclure des accords intérimaires mais admet que, conclus pays par pays, ils n’engagent pas l’avenir. L’UE reprendra toutes les discussions sur une base régionale à partir du mois de février 2008 et semble avoir renoncé, à ce stade, à sa proposition de libreéchange avec l’Afrique. Conclusion : Il serait temps que l’UE se rende compte définitivement que les principes du libéralisme poussés à l’extrême ne sauraient inspirer totalement ses orientations politiques et économiques vis-àvis des pays tiers. Ceci vaut en particulier dans ses rapports avec les pays africains dont la plupart, pour des raisons historiques, ne maîtrisent pas encore les techniques modernes de production et d’échange. De larges aménagements à ces principes ont d’ailleurs été admis, au sein même de l’Union, en faveur des nouveaux entrants, le Royaume-Uni bénéficiant encore d’avantages spécifiques en matière de contribution au budget européen. A fortiori, est-il indispensable que l’UE soit l’artisan d’accords commerciaux équilibrés, c'est-à-dire qui tiennent compte des forces et faiblesses relatives des parties en présence. Ses valeurs devraient l’inciter à promouvoir cette vision au plan mondial si l’on veut éviter que notre monde ne ressemble de plus en plus à un poulailler où se croiseraient un renard et des poules également libres. François Bonicel Le 26-12-2007 ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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