Le poids des prêtres du Sud dans les Eglises du Nord | Diocèse de Troyes

Le poids des prêtres du Sud dans les Eglises du Nord

Prêtre diocésain du Burkina Faso (précisément du Diocèse de Diébougou), je suis venu en France pour «achever mes études», selon les mots de mon évêque dans ma lettre de nomination. La soutenance d’une thèse de doctorat en théologie sera donc le signe que j’ai achevé mes études. Il y a deux catégories de prêtres africains qui viennent en France pour un séjour assez long : les religieux qui font partie d’une congrégation ayant une mission en France et les prêtres diocésains qui viennent pour d’autres raisons. Dans l’ensemble, les prêtres diocésains sont des prêtres dans le besoin : besoins matériel et financier pour poursuivre des études, besoin intellectuel donc et aussi spirituel, besoin de sécurité physique (prêtres réfugiés) et besoin de santé. Comme je n’avais pas suffisamment de moyens pour me donner totalement aux études, je me suis adressé au Père Marc Stenger pour solliciter son aide. Grâce à son accueil bienveillant et à celui de son presbyterium, j’ai obtenu hébergement, prise en charge financière comme tout prêtre du diocèse et j’ai bénéficié ainsi de moyens pour poursuivre les études et en assurer les frais. Une dame de Romilly- sur-Seine m’a offert la voiture de sa mère pour mes déplacements. Ce sont donc des sentiments de gratitude qui m’habitent au moment où je m’apprête à repartir. Gratitude envers le diocèse et envers l’Ensemble paroissial Monts- Seine et Melda. Compte tenu de ce que j’ai vu, entendu, vécu, au-delà de l’Aube, je me suis permis la réflexion suivante. La générosité traditionnelle des Eglises du nord avait soutenu les intrépides missionnaires qui étaient allés au sud à la faveur des empires occidentaux où le soleil ne se couchait jamais. Cette même générosité accueille aujourd’hui des prêtres suscités par l’évangélisation de ces missionnaires. Ceux-ci emportaient là-bas la foi, les médicaments, les vêtements, les livres, le savoir des écoles de chez eux. Ceux-là viennent au nord, démunis de tout, surpris de constater que la lumière qu’on leur avait apportée semble s’éteindre ici et ils voudraient de- (qué)mander de l’aide, du soutien à des personnes qui seraient motivées par une foi comme par le passé, pour acquérir savoir et autres. Mais chez beaucoup aujourd’hui, la foi n’est plus comme autrefois. Quand l’Evangile était annoncé là-bas, il montrait toute sa puissance et toute sa force à la faveur de la puissance coloniale. Le message évangélique des prêtres du sud dans les Eglises du nord, dans un contexte de migrations sauvages et de séjours clandestins est parfois teinté de soupçons parce que ces missionnaires venus de la misère ressembleraient à ceux dont parle la Didachè, un écrit des premiers siècles de l’Eglise : « Que tout apôtre qui vient chez vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu’un seul jour et, si besoin est, le jour suivant ; s’il reste trois jours, c’est un faux prophète. A son départ, que l’apôtre ne reçoive rien en dehors du pain pour l’étape ; s’il demande de l’argent, c’est un faux prophète… S’il vous sollicite pour d’autres qui sont dans le besoin, que personne ne le juge (11,4-6…12) » ; la durée du séjour, le besoin d’argent, de biens matériels, bloquent beaucoup de personnes dans l’accueil des prêtres étrangers. Pour beaucoup, prêtres comme laïcs, les prêtres africains en Europe ne sont que des de(qué)mandeurs, poids à la charge des Eglises du nord. Peut-être sont-ils ainsi d’authentiques messagers de l’Evangile, dans la mesure où ils rappellent dans l’humiliation d’eux-mêmes que le partage ou l’aumône ne consiste pas à donner de son superflu lorsque l’on est dans l’abondance, mais accepter de partager la condition des autres quand bien même on serait dans la précarité ! Comme la plupart du temps la demande pour un séjour en France vient surtout du sud et non le contraire, tout se passe comme si c’était seulement les Eglises du sud qui avaient besoin de celles du nord. Pour ma part, l’accueil fraternel dont j’ai bénéficié auprès de l’Evêque et des prêtres m’a encouragé à entrer le plus que je pouvais dans la dynamique pastorale de ce diocèse. La responsabilité d’un ensemble paroissial dès mon arrivée a été un signe de confiance mais aussi un défi à relever : connaître le territoire, les personnes, les habitudes, les inquiétudes face à un prêtre étranger, noir, et en même temps pouvoir mener de front des recherches pour un travail universitaire. Le tiraillement fut grand à tel point que les résultats d’un côté comme de l’autre s’en ressentent. Mais ce furent trois années enrichissantes pastoralement : travail avec une équipe pastorale dont les membres étaient inconnus au départ et les méthodes de travail différentes. L’axe principal a été de former une communauté en communion qui dépasserait les clivages d’anciens secteurs, de communes. Ma démarche constante a été de faire vraiment confiance aux différents responsables (catéchèse, liturgie, relais-village, conseil économique, équipe pastorale) qui n’ont qu’un souci, celui de donner le meilleur d’eux-mêmes. Je n’ai pas eu peur de prendre le risque de faire croire que je laisse chacun faire ce qu’il veut. J’ai vécu des choses merveilleuses qui me confirment que je dois continuer à faire confiance aux laïcs. Mais j’aurais tant aimé avoir vécu des moments de formation avec eux ! Avant mon départ, des amis, chrétiens pratiquants et baptisés non pratiquants, se sont donné la main pour créer une association, «Les Amis de l’Ouen» (3 rue Naudet, Payns) afin de soutenir mes initiatives et venir en aide à des familles défavorisées. Des personnes ayant été dans mon pays, dans mon village, sont prêtes à participer aux efforts que font les populations là-bas, souvent appuyées par les prêtres. Ils ne mettent pas en avant la méfiance (« on ne sait pas où va notre argent », entend-on dire), mais la confiance en notre action pastorale qui est d’annoncer la Parole de Dieu qui libère en rendant les personnes responsables de leur développement. « Nous savons que vous faites du travail de promotion humaine, par les secours d’urgence tout en sachant que la pauvreté et la faim ne sont pas une fatalité, par la formation pour une «auto-prise» en charge des populations par elles-mêmes. Merci à tous ! Il est merveilleux, le Seigneur qui nous fait nous rencontrer et marcher ensemble pour que tout exulte et chante. » Père Mathias Sié Kam [RETOUR DOSSIER->http://catholique-troyes.cef.fr/spip/spip.php?article1148] ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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