Etre, sans enfant | Diocèse de Troyes

Etre, sans enfant

« Prendre un enfant par la main, prendre un enfant pour le sien…». C’était le titre d’un grand prix de l’Eurovision, au siècle dernier. La plupart des parents qui ont donné leur confiance à l’Arche de Zoé connaissent cette chanson. Certaines familles, dans la grande épreuve d’un couple qu’est le manque d’enfant, souhaitent adopter. Leur désir est le début d’une nouvelle épreuve. L’adoption est difficile, parfois très difficile… même impossible. Alors le manque initial devient obsession. Ce qui était manque devient échec et le désir d’adopter devient droit revendiqué, voire payé. C’est à ce moment que le pire devient possible. Y sommes-nous arrivés avec l’Arche de Zoé ? Il est trop tôt pour avoir une réponse. Tout ceci fait écho avec quelque chose qui est en moi depuis longtemps et que je n’ai jamais exprimé comme ici : l’adoption n’est pas le comblement d’un manque. Pour adopter, il faudrait d’abord se reconnaître capable, en couple, de vivre la vie d’une famille sans enfant. On peut dire cela aussi d’une vie de célibataire. Cette capacité reconnue n’est pas un emplâtre sur une humanité amoindrie, une façon de se consoler à bon compte. Ce n’est ni un héroïsme ni un égoïsme. C’est accueillir ma vie telle qu’elle est. Pour un couple, c’est choisir à nouveau d’être couple, famille, sans enfant. Pour un homme ou une femme qui porte la blessure d’une stérilité ou de tout autre empêchement, c’est se construire avec ce corps qui est sien, tel qu’il est. Ne pas faire ce travail cela peut comporter le grand risque de faire porter à un enfant adopté la charge d’un sens «par défaut», faute de s’en être chargé soi-même. Oh, loin de moi l’idée de jeter un discrédit sur les couples qui ont adopté. J’ai sept cousins et un neveu qui ont été des enfants adoptés ! Combien de couples amis ont adopté des enfants que j’ai baptisés et qui «font famille», là où j’aime être accueilli, moi le vieux célibataire ! Prêtre, qu’ai-je donc à me mêler de cela ? C’est que, devenant prêtre, il m’a fallu accepter de demeurer sans enfant. Voici 30 ans que cette «blessure» me travaille. Ecrivant ces lignes, j’ouvre aujourd’hui cette porte du coeur en pensant à tous les jeunes couples qui ne procréeront pas, ainsi qu’aux hommes et femmes qui demeurent célibataires. Il y a du sens, du bonheur, de la vérité à n’être que ce que l’on est, jusque dans la part la plus fragile, inachevée et inachevable de soi-même. Père Jacques Leclerc du Sablon ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l’Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l’Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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