Prisons - Paroles de personnes concernées - Interview d'un juge | Diocèse de Troyes

Prisons - Paroles de personnes concernées - Interview d'un juge

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Un juge a accepté de répondre à quelques questions que je souhaitais poser,
mais il a demandé de garder l’anonymat.

 

Q. : Que pensez-vous des conditions dans lesquelles la justice est rendue aujourd’hui ?

R. : Aujourd’hui, en France, il y a une justice à deux niveaux. On pourrait faire un parallèle entre la justice et la médecine. Pour une médecine de pointe, quand les moyens sont là, le personnel assez nombreux, les résultats sont excellents. Quand la justice a les moyens et le personnel qu’il faut, la justice est bonne. Quand il y a une médecine de guerre, il faut parer au plus pressé, faire le mieux possible avec le peu de moyens dont on dispose. Pour la justice, c’est pareil. Quand il y a manque de personnel et de moyens, la justice fait ce qu’elle peut et le moins mal possible.
J’ai siégé en correctionnelle, de 15h à 23h30, avant- hier. Cela devient une justice d’abattage. Nous avons quelques minutes par personne, et pas suffisament de temps pour l’écouter fisament vraiment. On juge un fait et non une personne. Pour une justice de qualité, il faut savoir prendre le temps d’écouter.

Q. : Comment avez-vous vécu le drame d’Outreau ? Qu’est-ce que cela va ou peut changer ?

R. : Outreau a été un révélateur. Les juges d’instruction sont des juges compétents. Peut-être les plus jeunes d’entre eux manquent-ils du recul nécessaire que donne la vie. Mais aujourd’hui, dans certaines affaires, il est parfois, difficile de juger de manière dépassionnée. Il y a une telle pression des médias et parfois du parquet que l’on tombe dans une justice d’émotion. Tout le monde veut un coupable. Il faut savoir résister à une telle pression. Il faut un bouc émissaire, et comment résister à la pression de l’opinion publique dont parlent les médias. La justice doit être sereine. Les politiques ont compris que la justice peut être un vecteur électoral. Vous qui habitez l’Aube, vous devez vous rappeler qu’un ministre de la justice avait publiquement, à la télévision, demandé la tête d’une personne qui devait être jugée. Il a fallu une grande indépendance des juges et du jury pour ne pas entrer dans cette pression. Si la justice est représentée les yeux bandés, c’est parce qu’elle doit rester neutre. Quand une affaire n’intéresse pas les médias, les juges travaillent en paix.

Q . : On a parlé d’une grande réforme de la justice ? Qu’en est-il à votre avis ?

R. : On peut et on pourra faire toutes les ré- réformes qu’on voudra, si les moyens ne suivent pas, s’il n’y a pas le personnel qu’il faut, cela ne servira à rien. C’est toujours la question des moyens. Le danger est que, aujourd’hui, la justice est traitée comme toutes les autres réalités : elle doit être ou devenir une justice rentable.
Afin de vous donner une idée : pour soigner une personne atteinte de troubles mentaux dans un hôpital, cela revient de 30 000 à 50 000 euros par an. La même personne en prison coûtera 15 000 euros. Cela paraît cynique, mais c’est malheureusement la réalité.
Le journal l’Est Éclair a publié une interview du chef des greffes au tribunal de Grande Instance de Troyes, le 2 février 2007. Il parlait du cri d’alarme qu’il avait lancé sur la dégradation des conditions de travail et la dérive du service public. Il parlait des greffiers non remplacés, des postes vacants et non pourvus, du justiciable qui en fait les frais, des nombreux jugements en retard, des 2% du budget national consacrés aux prisons et à la justice.

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Père Bernard Basselin Février 2007

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Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04
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