Fidei Donum (Don de la foi) : Témoignage du Père Didier NOBLOT | Diocèse de Troyes

Fidei Donum (Don de la foi) : Témoignage du Père Didier NOBLOT



L’Eglise dans l’Aube : Père Didier Noblot, trois années de suite, en 2003, 2004, 2005, vous avez rejoint la République Centrafricaine, chaque début de janvier, pour une durée de 4 semaines. Vous alliez vous mettre à la disposition de l’équipe des formateurs permanents du Grand Séminaire de Bangui. Vous participiez, dans le cadre d’un Fidei Donum, à la formation des futurs prêtres, enseignant la théologie pratique, participant à l’animation spirituelle et proposant des soirées d’échanges et de débats. Pouvez-vous nous dire comment est née cette coopération missionnaire ?

Père Didier Noblot : L’idée m’est venue à la suite d’un article émanant de la coopération missionnaire en France, qui exprimait les demandes des Eglises d’Afrique et laissait envisager la possibilité de séjours courts. Je ne pouvais pas partir au beau milieu d’une nomination en paroisse mais en revanche l’idée d’un départ pour un mois semblait possible. Un Fidei Donum, court séjour, donc, qui me permettait de vivre mon ministère diocésain en y incluant une dimension d’échanges et de partage entre Eglises.

L’Eglise dans l’Aube : le choix de l’Afrique s’est-il tout de suite imposé ?

Père Noblot : Deux ans de Service National et de nombreux autres séjours en Afrique Centrale me permettaient d’accepter immédiatement la mission que me proposait le Père Supérieur du séminaire de Bangui, sans temps d’acclimatation. Je parle le sango : le dialogue, les débats pouvaient être immédiats, donnant tout son sens à un séjour court.

L’Eglise dans l’Aube : Avez-vous demandé avis autour de vous ?

Père Noblot : Dès l’évocation du projet notre Evêque m’a tout de suite encouragé à poursuivre plus loin la réflexion et j’ai bien entendu sollicité l’avis des responsables des paroisses où j’exerçais mon ministère, mon départ impliquant une surcharge de travail pour les équipes pastorales et mes collègues prêtres.

Bien sûr certains ont exprimé leur étonnement : «Tu veux partir alors qu’il y a déjà si peu de prêtres !..», leur inquiétude : «est-ce vraiment gérable ?». Je fus mis en garde sur le surcroît de travail qu’allait représenter pour moi chaque départ, qu’il fallait minutieusement préparer. Mais ce fut l’occasion d’enrichissantes réflexions sur le rôle et l’investissement des équipes pastorales. Il ne s’agissait pas de surcharger les prêtres qui restaient mais de mettre en place de nouvelles organisations, de faire confiance à l’ensemble des chrétiens. La plus belle remarque que je retiens est celle d’une catéchiste : «ce projet me fait penser à l’obole de la pauvre veuve dans l’Evangile : si on attend d’avoir assez de prêtres on ne partagera jamais ! Pars bien sûr !» Avant le départ dans chaque paroisse il y a eu la présentation du projet avec diaporama et débats au cours desquels je m’engageais auprès de tous à rendre compte à mon retour de mon expérience, renforçant le souci missionnaire des communautés paroissiales. Le projet allait alors pouvoir être porté par tous : celui qui partait, ceux qui restaient.

L’Eglise dans l’Aube : Que pensez-vous avoir apporté lors de vos séjours en République Centrafricaine ?

Père Noblot : Je n’ai pas la prétention de dire que ces courts séjours sont une chance pour l’Eglise qui accueille. Il est juste possible de dire que l’évaluation conduite avec les formateurs et les séminaristes de Bangui, fin janvier 2003, fut positive au point d’envisager un nouveau séjour en janvier 2004 puis encore un autre en janvier 2005. De nouveaux cours m’ont été demandés afin de mieux soutenir encore les enseignants permanents. Ce que je retiens, c’est le vaste champ de questionnements des séminaristes lors des soirées d’échanges et des vidéos-débats. Pouvoir démystifier, renseigner, expliquer fut une tâche passionnante et, me semble-t-il, utile. Le fait que je sois prêtre diocésain, en service paroissial, donnait en plus une certaine proximité avec les séminaristes dans les questions communes autour du ministère et de la vie des prêtres.

L’Eglise dans l’Aube : Et vous, Père Noblot, qu’en attendiez-vous ?

Père Noblot : Je partais pour donner. J’ai surtout reçu ! Prêtre diocésain en permanence face aux responsabilités et aux charges que représente une journée en paroisse, j’entrais dans un projet qui ne m’appartenait pas, tout simplement à disposition… Et quel bonheur de vivre la prière au rythme d’une maison de formation de futurs prêtres. Sans être formellement une retraite spirituelle, ces séjours ont représenté pour moi des temps forts de ma contemplation du Christ et du monde dans une prière renouvelée.

L’Eglise dans l’Aube : Fidei Donum, un projet accessible à d’autres alors ?

Père Noblot : On ne compte plus le nombre de prêtres d’Afrique, d’Amérique Latine, d’Asie, qui viennent vivre le ministère et leur vie de prêtre en France. Au moment où ces échanges ne sont plus à sens unique, il ne faudrait pas qu’ils le redeviennent par l’absence de prêtres français candidats au départ. Et selon le vieil adage «le mieux est l’ennemi du bien» , même si, comme à Bangui, par exemple, on préférerait une présence plus longue ou permanente, des séjours courts peuvent déjà manifester une Eglise ouverte et fraternelle.

Propos recueillis par Danièle Durantel

---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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