Un automne calamiteux pour l'Union Européenne | Diocèse de Troyes

Un automne calamiteux pour l'Union Européenne

Cet automne 2006 aura été porteur de mauvaises nouvelles pour l'UE. Il se confirme, malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, que le projet européen, après le rejet du traité constitutionnel, est en panne. Pour notre part, nous avons noté cinq mauvaises nouvelles. Mais nous terminerons cette chronique sur un ton se voulant optimiste. ---- 1) L'Europe coupée en deux par la durée hebdomadaire du travail Le 7 novembre, les ministres européens des affaires sociales ont constaté leur désaccord : certains pays (la France, l'Italie et l'Espagne) souhaitant fixer la durée hebdomadaire maximale du travail à 48 heures, d'autres, notamment le Royaume Uni, l'Allemagne et la Pologne, souhaitant qu'il soit possible de déroger à la limite des 48 heures jusqu'à 78 heures. On en reste donc à la directive de 1993, modifiée en 2003, qui édicte que, les temps de repos obligatoires compris, la durée hebdomadaire de travail peut, avec l'accord des syndicats, aller jusqu'à 78 heures, ce qui est évidemment tout à fait excessif. 2) 10 millions d'Européens privés d'électricité le samedi 4 novembre Le mécanisme de délestage automatique des réseaux électriques et de solidarité entre les pays européens a bien fonctionné et a permis d'éviter le black-out total, ce qui est rassurant, mais la recherche des responsabilités dans l'incident a révélé l'absence de consensus entre les opérateurs, ce qui l'est moins. Les capacités de production ne semblant pas en cause, il apparaît que l'UE doit davantage réguler et coordonner les producteurs d'électricité avant que soit réalisée l'ouverture totale du marché européen de l'électricité le 1er juillet 2007. Nous, Français, aurions tort de mettre en cause l'interconnexion des réseaux comme l'ont fait certains syndicats, car ce serait oublier la grande panne franco-française du 19 décembre 1978, qui s'est répétée en décembre 1999. 3) L'Europe toujours trop timide en dépenses de Recherche et Développement (R & D) Les dépenses de R & D des entreprises européennes ont augmenté de 5,8 % sur un an. Mauvaise nouvelle puisque cette croissance est inférieure à celle des entreprises américaines (+ 8,2 % sur la période), et surtout à celle des entreprises asiatiques dont les dépenses ont augmenté, en moyenne, de 30,5 %. Les Européens s'étaient pourtant dotés d'un objectif ambitieux, celui de «la stratégie de Lisbonne» adoptée en 2000, pour parvenir à faire de l'UE l'économie la plus performante du monde. Les dirigeants et les peuples européens feraient mieux d'agir plutôt que d'incriminer la mondialisation et de se contenter de pétitions de principe qui n'ont aucune efficacité face à l'émergence de nouveaux acteurs au plan mondial dont, d'un point de vue éthique, on ne peut que se féliciter. 4) Les droits de succession considérablement allégés en Allemagne Le gouvernement fédéral vient d'annoncer la suppression des droits de succession et l'allègement des droits sur les donations portant sur les entreprises familiales. En France, des projets politiques prévoient une réduction significative des droits de succession qui sont présentés comme confiscatoires. Au moment où les déficits publics accumulés ces dernières années ont conduit à des dettes insupportables, la suppression des droits de succession rendra encore plus difficile l'assainissement indispensable des finances publiques. Il est vrai que l'Allemagne a su prendre des mesures pour procéder à cet assainissement alors que nous, Français, continuons de vivre à crédit, oubliant que le paiement de la dette publique est déjà le 2ième budget de l'Etat après celui de l'Education nationale, absorbant plus que le total de l'impôt sur le revenu. 5) La Commission européenne veut privilégier à tout prix le principe de libre concurrence Oubliant les dégâts causés par la directive Bolkestein lors du referendum portant sur le Traité Constitutionnel Européen, la Commission persiste à privilégier, dans tous les domaines, le principe de libre concurrence et à l'étendre au transport du courrier postal. Elle oublie que, dans certains secteurs, la concurrence non encadrée conduit à la ruine d'activités indispensables. C'est évidemment le cas du service universel de la distribution du courrier postal dont ont impérativement besoin les zones rurales qui réunissent en France 25 % de la population, et que seul un service public peut assurer. La Commission souhaite aussi libéraliser l'industrie des jeux de hasard qui, dans la majorité des cas, est aujourd'hui tenue par des monopoles publics. Cette activité déjà si peu légitime au plan moral, croit-on qu'elle le serait davantage lorsqu'elle sera entre les mains d'entreprises privées qui attireront les capitaux des mafias en tout genre qui agissent puissamment en Europe comme dans le reste du monde ? Il serait temps que la Commission se rende compte que trop d'Europe pourrait tuer l'Europe et qu'il faut réaffirmer la primauté du principe de subsidiarité. L'horizon pourrait-il se dégager dans les prochains mois ? La prochaine présidence, allemande, pourrait constituer l'occasion d'une nouvelle initiative que devrait relayer la présidence française qui lui succédera et qui sera forte de la nouvelle légitimité que lui conférera son élection récente. Encore faut-il que les chrétiens qui sont porteurs des valeurs de solidarité et de paix sachent réintroduire l'ambition européenne dans la campagne électorale qui s'engage. Ils le peuvent puisqu'ils constituent la majorité de la population et donc des électeurs. François Bonicel Le 28-11 2006 Sources : Les journaux : Les Echos des 27-28-et 30 octobre et des 6-9 10 et 11 novembre. Le Monde des 19 et 20 octobre et des 7 et 9 novembre. La Croix du 18 octobre. ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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