La droite, la gauche, le patronat et certains syndicats tous d'accord pour critiquer la banque centrale européenne | Diocèse de Troyes

La droite, la gauche, le patronat et certains syndicats tous d'accord pour critiquer la banque centrale européenne

Que vaut cette surprenante unanimité ? La Banque Centrale Européenne (la BCE) agit-elle en violation des traités européens, contre les intérêts de L'Europe et des Européens ? Quel est son statut ? Quel est son rôle ? Comment apprécier son action ? Tels sont les thèmes que cette chronique se propose d'aborder. 1) Les critiques de l'action de la BCE : Des critiques se sont fortement exprimées ces dernières semaines à l'égard de la BCE, à l'occasion du renforcement de l'euro par rapport au dollar. La BCE se voit accusée par ses contradicteurs, pour une fois unanimes, de se préoccuper de la lutte contre l'inflation et nullement de la croissance et de l'emploi dans «la zone euro», et d'affaiblir les économies des pays concernés. Imperturbable face à ces critiques, la BCE a porté son principal taux directeur de 3,25 à 3,50 % le jeudi 7 décembre. 2) Le statut et le rôle de la BCE : Le Traité de Maastricht adopté en 1992 par les 15 Etats membres, à l'époque, de l'UE, a instauré le Système Européen de Banques Centrales (le SEBC) qui comprend la BCE et les Banques Centrales des Etats signataires du Traité. La BCE, qui constitue le pivot du SEBC, est une structure fédérale, prenant ses décisions de façon collégiale et qui a, selon les termes du Traité, pour objectif principal le maintien de la stabilité des prix. Pour lui permettre d'assumer sa responsabilité de définir et mettre en oeuvre la politique monétaire de «la zone euro» et assurer sa crédibilité vis-à-vis des citoyens européens et des marchés financiers, le Traité a fixé le principe de l'indépendance de la BCE à l'égard des pouvoirs politiques. 3) Les critiques à l'égard de la BCE sont-elles fondées ? Régie par le Traité de Maastricht, la BCE agit manifestement avec succès, puisque l'inflation a été maîtrisée, dans le cadre strict de son mandat dont elle ne peut se départir. Elle n'a en charge aucune des politiques économiques telles que la politique budgétaire, la politique fiscale, la politique sociale, les politiques industrielles et commerciales, qui sont de la responsabilité exclusive des Etats membres. On ne peut donc pas, raisonnablement, reprocher à la BCE de ne pas exercer des responsabilités qui, par la volonté des signataires du Traité de Maastricht, ont été exclues de son champ de compétences. Il est par ailleurs remarquable que ces critiques émanent essentiellement des milieux politiques et patronaux voire syndicaux français qui expliquent la détérioration de notre position à l'exportation par la «politique d'euro fort» qui serait menée par la BCE. Si tel était le cas, comment expliquer que des pays qui, comme la France, appartiennent à la zone euro, que ces pays sollicités par notre ministre des finances d'exprimer leur inquiétude face à «l'euro fort», s'y soient refusés le 27 novembre dernier ? Le ministre néerlandais des finances a déclaré à cette occasion que «l'euro fort est une bonne chose pour les consommateurs», son collègue autrichien ajoutant pour sa part que «le taux de change actuel n'est pas un problème pour nos exportations ». Quant au ministre allemand des finances, la balance commerciale de son pays étant largement excédentaire, contrairement à la nôtre, en dépit de la valeur de l'euro, il s'est refusé à se joindre aux critiques de son collègue français. Il faut ajouter que, dans sa lutte contre l'inflation, la BCE est le défenseur des Européens les moins favorisés. En effet, l'inflation se traduit mécaniquement par la hausse des prix et des taux d'intérêt, ce qui pénalise le pouvoir d'achat de la population en général et en premier lieu celui des personnes dont les revenus sont les plus faibles. Conclusion : Nos dirigeants, notamment les candidats à la magistrature suprême, devraient cesser de prendre la BCE pour un bouc émissaire, et accepter d'identifier et d'analyser les faiblesses économiques franco-françaises : on doit citer le déficit répété de nos finances publiques qui est l'un des principaux facteurs inflationnistes que la BCE est précisément chargée d'endiguer, les insuffisances de notre politique industrielle, de nos investissements, particulièrement dans le domaine de la recherche et du développement, et de l'inadéquation de notre politique de formation de la jeunesse et de notre main d'oeuvre. Bref, qu'ils mènent enfin une politique économique responsable et adaptée aux défis du monde d'aujourd'hui. Cela étant, il serait de l'intérêt des Européens que les Etats membres élargissent le champ des compétences de la BCE afin que, comme la FED américaine, elle puisse mettre la politique monétaire au service de la politique économique globale dont l'UE a besoin face aux enjeux de la compétition internationale. François Bonicel Le 26-01-2007 Sources : Les journaux : Les Echos des 27 et 28 novembre et du 8 décembre, Le Monde du 23 novembre, et des 4-7 et 9 décembre, La Croix du 8 décembre. ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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