Chapitre V | Diocèse de Troyes

Chapitre V

CHAPITRE V : QUELLE ATTITUDE ADOPTER FACE AU CHÔMAGE ?


Avant de nous interroger, sans doute convient-il de nous rappeler quelques principes de l’enseignement de l’Église à propos du travail et du chômage :


QUE NOUS DIT L’EGLISE ?


Elle nous a toujours parlé de notre prochain, et a souvent évoqué le sens du travail : limitons- nous à quelques citations : «Gaudium et spes» a affirmé le droit au travail comme l’un des droits de l’Homme. Plus près de nous, Jean-Paul II dans son encyclique «Laborem exercens» nous a rappelé que le travail était «essentiel dans la mesure où il représente la condition qui rend possible la formation d’une famille dont les moyens d’existence s’acquièrent par le travail».


Le travail est aussi un devoir de l’Homme. A cet égard, il nous faut considérer que «l’Homme doit travailler pour répondre aux exigences d’entretien et de développement de son humanité même»…. «Le travail est aussi une obligation morale par rapport au prochain qui est en premier lieu sa famille mais aussi la société à laquelle on appartient, la nation dont on est fils ou fille, la famille humaine toute entière dont on est membre. Nous sommes les héritiers des générations passées et en même temps artisans de l’avenir de tous les hommes qui vivront après nous» ; Jean-Paul II in «Laborem exercens».


C’est dire combien le chômage signifie rupture, et l’exclusion de la personne sans-emploi non seulement de sa propre histoire, de sa propre famille et de la société, mais, plus encore, de l’humanité toute entière, de l’histoire humaine, celle des générations passées et des générations futures.


ET NOUS, FACE AU CHÔMAGE,

QUE POUVONS NOUS FAIRE ?


Le très mauvais classement de la France en Europe (22ème avec l’Allemagne pour le chômage parmi les 25 Etats de l’UE alors que 5 Etats sont en situation de plein emploi) prouve 2 choses :

Le chômage que nous connaissons n’est pas une fatalité contre laquelle on ne pourrait rien. Comment font les 21 autres pays européens qui sont en plein emploi ou qui ont un chômage inférieur au nôtre ?

Notre pays ne s’est pas mobilisé pour réduire sérieusement le chômage qui frappe sa population. En quelque sorte nous avons accepté ce chômage de masse en privilégiant ceux qui ont un emploi au détriment de ceux qui n’en ont pas et en reportant sur les générations futures (nos enfants et nos petits enfants !) la charge du remboursement de la dette qu’il a fallu contracter pour financer les énormes déficits de nos régimes de protection sociale, notamment l’assurance chômage.

Il est grand temps que nous changions d’attitude et que nous admettions enfin que le chômage de masse que connaît la France est un immense gâchis, un mal qui ronge notre société et met en péril notre cohésion nationale.


QU’EST-IL POSSIBLE DE FAIRE ?


Au plan collectif, il nous appartient d’interpeller les responsables politiques, les chefs d’entreprise et les responsables des confédérations syndicales sur la question de savoir si leur action est en adéquation avec l’objectif prioritaire que devrait être la réduction du chômage.


Il nous appartient de rappeler avec force aux politiques qu’il est nécessaire et urgent de gérer avec rigueur l’argent public, en limitant au strict nécessaire les dépenses de fonctionnement de l’Etat et des collectivités publiques afin d’allouer un maximum de ressources à l’investissement dans les activités d’avenir et dans la formation des jeunes générations et de l’ensemble des salariés. Sans doute faudrait-il aussi qu’ils veillent à prendre des mesures pour que le retour au travail ne se traduise pas par une baisse du revenu des personnes concernées.

Aux chefs d’entreprise nous devons rappeler qu’il leur appartient, conformément à leur statut d’entrepreneur, d’être innovants, d’investir en conséquence, de conquérir de nouvelles parts de marché et, en conformité avec leur statut de chef d’entreprise, d’associer les salariés à ces efforts, notamment par la formation et par l’intéressement à leurs retombées économiques.

Aux confédérations syndicales, nous devons rappeler qu’elles ont à privilégier les visions d’avenir, aider leurs mandants (notamment ceux qui ont perdu leur emploi dont il n’est pas certain qu’elles se préoccupent suffisamment) à réussir les adaptations nécessaires et auxquelles nul ne saurait échapper dans un monde globalisé d’où émergent des peuples immenses qui aspirent à vivre mieux. Elles doivent savoir aussi que la volonté de s’en tenir à tout prix à la défense de certains avantages acquis peut être mortel pour leurs bénéficiaires et pour l’ensemble de la collectivité.

Au plan individuel, il nous appartient de nous interroger à propos de notre vie et, le cas échéant, de modifier notre comportement. Quelques pistes de réflexion :

Le chômeur est une personne souffrante qui a besoin d’être écoutée.

Comment lui témoigner notre solidarité ?


Des rumeurs circulent sur la prétendue «multiplication des faux chômeurs», sur la prétendue «paresse des chômeurs», et affirment que les chômeurs sont totalement «responsables de leur sort» ?

Comment contrer vigoureusement ces points de vue qui, comme nous l’avons vu, sont trés contestables.

L’assurance chômage présente des failles, notamment celle qui permet à un salarié d’organiser en toute légalité sa sortie du marché du travail tout en percevant une indemnisation chômage pour une période de temps, sans risquer, du fait de délais administratifs, un contrôle approfondi de sa situation réelle pendant ladite période. Sous prétexte d’avoir «acquis des droits à indemnisation», aller jusqu’au bout de ses «droits» et percevoir une indemnisation indue ne correspond-il pas à un comportement abusif et à une grave injustice à l’égard des personnes qui sont bien malgré elles au chômage et qui ont tant besoin de leurs indemnités ?

Comment persuader nos concitoyens de renoncer à de telles pratiques?


Nous dépensons trop. Chacun sait que trop nombreux sont ceux qui abusent des arrêts-maladie et se livrent à une surconsommation médicale et médicamenteuse. Nous sommes conscients que les dépenses injustifiées à la charge de la collectivité aggravent le déséquilibre des budgets sociaux au détriment de ceux qui ont le plus besoin de prestations, notamment au titre de l’assurance chômage.

Comment le faire comprendre à nos concitoyens qui pourraient avoir à souffrir eux-mêmes de ces dysfonctionnements ?

L’épargne solidaire. De plus en plus de chômeurs tentent de créer leur propre entreprise. Les capitaux nécessaires, le plus souvent très faibles, leur font défaut. Pourquoi ne pas placer une partie de notre épargne, pour ceux qui en ont la capacité, dans des fonds (telle l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique, l’ADIE) qui réalisent les microcrédits dont ils ont besoin ?

L’aide à la réinsertion. Des associations travaillent à la réinsertion des personnes qui sont marginalisées.

Comment les aider et participer à leur action ?


Ce ne sont que quelques pistes de réflexion….

François Bonicel

Le 21-12-2006


En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

Matthieu 25,40



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