chapitre III | Diocèse de Troyes

chapitre III

CHAPITRE III TEMOIGNAGES DE CHÔMEURS :


Le témoignage de Pierre


Pierre a 55 ans, est marié, 3 enfants qui ne sont plus à charge ; sa femme est assistante maternelle. Ils habitent dans le département de l’Aube.


Ayant quitté son Jura natal, après un CAP de mécanique, pour trouver du travail dans l’Aube, Pierre a été embauché par un concessionnaire automobile ; il a poursuivi sa formation (Brevet Professionnel) et suivi toutes les formations proposées par le constructeur pour s’adapter aux évolutions technologiques qui n’ont pas manqué dans son secteur professionnel ces 20 dernières années. Ayant évolué comme mécano, puis Chef d’atelier et Responsable du Service Après Vente, il a rejoint il y a 2 ans un garage comme second du patron. Tout allait bien, l’entreprise tournait, et gagnait de l’argent. Pierre était confiant dans l’avenir. Il travaillait dur, sans compter ses heures mais était content de l’ambiance. Fin 2005, son patron pour lui marquer sa satisfaction, lui offrit un magnifique cadeau.


Début 2006, son patron, sous l’influence d’un conseil en gestion, indiqua à Pierre que les marges de son secteur étaient insuffisantes et qu’il lui revenait de les remonter. Pierre dut ensuite affronter des remarques de plus en plus désagréables, jusqu’à ce que son patron en vienne à évoquer son licenciement, qui fut engagé fin juin 2006. Ayant peu d’ancienneté dans l’entreprise, Pierre n’avait droit qu’à une indemnité de 1 000 € mais son patron lui accorda 6000€€


Question : Pierre qu’avez-vous ressenti, comment voyez-vous l’avenir ?

Pierre : Je suis tombé de très haut. J’avais fait tout ce qu’il fallait, et plus encore, et j’ai été jeté dehors comme un malpropre. J’ai tout donné à la Boite, toujours renforcé mes compétences, toujours travaillé sans compter mon temps et j’ai été jeté ! Je suis allé aux ASSEDIC («C’est votre 1er et dernier entretien» m’y a-t-on dit !). Je me suis retrouvé en face d’une administration inhumaine pour laquelle je n’étais qu’un numéro. Les ASSEDIC, c’est horrible, ils n’ont qu’une préoccupation en tête : me faire sortir de leurs statistiques ! Quant à l’ANPE, ils sont moins comptables, mais ne m’ont rien proposé.


Question : Comment vivez-vous la situation ?

Pierre : Je vais mal, ma santé s’est dégradée avec divers troubles, je suis nerveux, irritable. Ma femme est angoissée, ce qui n’arrange rien. Notre couple vit mal cette situation. Je comprends que des couples puissent se séparer dans de telles circonstances.

Tenant compte de l’indemnité de licenciement qui m’a été versée et des congés que je n’avais pas pris et pour lesquels j’ai été indemnisé, les ASSEDIC me verseront ma 1ère allocation chômage fin février 2007. Mon indemnité de licenciement s’est donc révélée non comme une indemnité mais comme un revenu d’attente ! 6 000 pour 8 mois, ça me fait 750 ! par mois soit 42 % de mon ancien salaire ! A partir de fin février 2007, les ASSEDIC me verseront 1250 ! par mois, soit une baisse de revenu de 30 %. Mais ça n’est pas le plus pénible. Le pire, c’est que l’on a fait de moi un rebut de la société. Je vivrai de subsides accordés avec suspicion par une administration inhumaine et tant qu’elle considérera que ma recherche d’emploi reste active. Mon métier : chercheur d’emploi mais sans succès jusqu’à présent. Pourtant j’accepte tout, un CDD, l’intérim, un temps partiel, tout plutôt que d’être chômeur !


Question : De quelle aide avez-vous le plus besoin ?

Pierre : d’être écouté, d’être reconnu pour ce que j’ai fait, pour ce que je suis. Pas comme un déclassé, un chômeur professionnel ! C’est ce que je trouve dans l’équipe ACO à laquelle j’appartiens ; là on m’écoute, on me comprend, je suis quelqu’un et pas un numéro !


Le témoignage de Karim :


J’habite La Chapelle-Saint-Luc. J’ai 18 ans, suis allé à l’école jusqu’en 3ème puis fais un début d’apprentissage en mécanique auto puis en charcuterie. Tout allait bien, jusqu’au jour où mon patron a vu ma mère qui est voilée ; à partir de ce jour-là, il a changé, j’avais tous les défauts et il m’a renvoyé. J’ai voulu devenir apprenti couvreur, la Chambre des métiers m’a donné des adresses mais personne n’avait besoin de moi. Depuis je suis chômeur, suis inscrit à l’ANPE, en intérim, à la Mission Locale. Chaque fois que je vois la personne qui me suit, il n’y a rien pour moi, elle n’a rien à me proposer.

Je vais être papa en décembre, je cherche partout un travail, je me démène parce que je ne veux pas que ma copine et mon enfant manquent de quelque chose. Toujours rien ! Je suis un peu aidé par ma mère, par ma belle-mère. Je suis allé faire les vendanges, j’ai touché 1 200 .€. Je ne sors pas avec mes copains. Je sais que je n’aurai jamais le courage de demander une aide comme les restos du coeur ou

autre. J’ai une dignité. En ce moment j’héberge un copain qui s’est brouillé avec ses parents qui ont divorcé depuis. Lui aussi a 18 ans. Si je ne l’avais pas hébergé il serait SDF, dans la rue sans manger. Je veux m’en sortir. Même si j’ai été en garde à vue parce que j’avais du schitt sur moi, même si j’ai fait des bêtises, j’aimerais rentrer dans la police comme «cadet» ; mon frère y est, et c’est une opportunité de m’en sortir. Je pense à ma copine et à mon enfant qui va naître. On a l’avenir devant nous.


Le témoignage de Christian :


J’habite La Chapelle-Saint-Luc. J’ai 22 ans, j’ai un BEP-CAP comme maçon. Avant mes examens, j’ai perdu mon père, il est décédé brutalement devant moi. Puis j’ai perdu ma grand-mère que je voyais tous les jours. J’ai eu une longue période d’insomnie, j’ai perdu 15 kgs. Et là j’ai pété un plomb, je suis très nerveux.

Je n’ai aucune rentrée d’argent. Je suis inscrit à l’ANPE, à la Mission Locale. Je dépends en tout de ma mère qui travaille comme assistante scolaire en maternelle. La tension est souvent vive entre nous car elle ne supporte pas de me voir inactif toute la journée. Je ne sors pas, j’ai perdu le contact avec mes copains, il me reste ma copine qui ne m’a pas laissé tomber. J’aime la musique que j’enregistre sur un ordinateur. Je suis du matin au soir devant l’ordinateur. Mais je veux m’en sortir. Je cherche et je crois que j’aurai un avenir avec ma copine.


Le témoignage de Paul :


Paul a 30 ans, est marié, a 3 jeunes enfants. Originaire de l’Aube, après un CAP d’électricien, et quelques années d’expérience en entreprise, il décida de créer en 2 000 une petite entreprise d’électricité. En juillet 2006, il dut procéder à une cessation d’activité de l’entreprise.


Question : Que s’est-il passé ?


Paul : Quand j’ai commencé, les choses ne furent pas faciles ; j’avais sous-estimé les besoins de financement de l’affaire, notamment le fait que j’allais devoir attendre un certain temps pour établir ma première facture, et l’encaisser. Mais c’est passé et j’ai pu commencer à constituer ma clientèle, à réaliser mes premiers chantiers et à me verser un petit salaire. Puis l’affaire s’est développée et j’ai embauché un apprenti. En 2004-2005, l’activité baissa au moment même où les aides à la création d’entreprise que j’avais pu obtenir s’interrompirent. Je dus affronter en même temps une baisse de mon chiffre d’affaires et une augmentation des dépenses, ce qui aboutit à un déficit d’exploitation. Commencèrent alors les difficultés avec les fournisseurs, la sécu et avec la banque qui commença à majorer les conditions des crédits et finit par refuser toute facilité de caisse. Finalement, étranglé par les dettes, j’ai du arrêter l’exploitation.


Question : Maintenant que vivez-vous ?


Paul : C’est la galère ! Ayant été chef d’entreprise, je n’ai pas droit au chômage. Je ne touche rien. et les créanciers me courent après ! Ils exigent que je leur paie immédiatement tout ce que je leur dois.


Question : Mais pourquoi seriez-vous responsable des dettes de l’entreprise ?


Paul : Au départ, je n’ai pas été conseillé, ni par la Chambre des métiers, ni par le comptable. J’ai eu le tort de créer une entreprise en nom, c'est-à-dire individuelle et non comme une SARL. Alors je suis personnellement responsable avec ma femme de toutes les dettes de l’entreprise. Nous vivons sans ressources et avec l’angoisse que les créanciers fassent saisir et vendre la maison, son contenu, notre voiture, qui sont nos seuls biens. Nous risquons de nous retrouver à la rue avec nos 3 enfants et sans aucun droit !


Question : Comment vivez-vous la situation avec votre femme ?

Paul : C’est vraiment dur ! Vous savez quand vous ne touchez rien. Sur le coup elle n’a pas compris ce qui nous arrivait mais elle ne m’a fait aucun reproche.. J’ai de la chance parce que, souvent, les couples dans cette situation se séparent. Nos parents nous aident financièrement comme ils peuvent mais ce n’est pas une solution, et c’est difficile de demander l’aide de ses parents ! Et en plus la peur de perdre la maison et le peu que nous avons. Oui, c’est l’angoisse.


Question : Comment se comportent votre famille, vos amis, vos voisins ?

Paul : Nos familles sont formidables. Les amis, il y a les vrais avec lesquels rien n’est changé et puis les autres avec lesquels les liens se sont distendus…Les voisins ont été étonnés de ce qui nous arrivait, mais il n’y a pas eu de problème.


Question : Comment voyez-vous l’avenir ? Cherchez-vous du travail ?

Paul : Au début nous nous sommes débattus avec les papiers, avec les créanciers. Comment voulez- vous chercher du travail dans ces conditions ? Tous vos instants sont pris, même vos nuits. Vous n’imaginez pas, quelle galère ! Je n’étais qu’un petit artisan, mais pour les gens d’ici, un artisan c’est riche. Ils oublient l’énormité des charges et les soucis du lendemain !


Heureusement, un copain qui a une petite entreprise m’a proposé de me prendre comme salarié. Un revenu qui va tomber tous les mois, ça va nous changer. Mais je dois rembourser les dettes.

[ RETOUR->http://catholique-troyes.cef.fr/spip/spip.php?article688]

Newsletter

Restez informés, inscrivez-vous à notre lettre mensuelle!

Partenaires