chapitre I | Diocèse de Troyes

chapitre I

1.1 L’ÉVOLUTION DU CHÔMAGE :


Depuis plus de 15 ans, nous connaissons en France un chômage de masse, comme en témoignent les chiffres suivants :


Chômeurs

Janvier 1990

Moyenne 2005

Var. 2005/1990


En milliers

En %

En milliers

En %

En milliers

En %

Hommes

969

43

1328

48,9

+359

+37,1

Femmes

1285

57

1389

51,1

+104

+8,1

Total

2254

100

2717

100

+463

+20,5

Source : INSEE Tableaux de l’économie française 2006


Les chiffres ci-dessus sont loin de rendre compte de la réalité du chômage comme nous le verrons dans la section 1.8 ci-dessous. Le chômage qui frappait plus durement les femmes que les hommes en 1990 frappe les deux sexes dans des proportions quasi comparables en 2005. Le fort accroissement de la part des hommes résulte de l’évolution de la structure de l’emploi entre ces 2 dates : l’agriculture, l’industrie et le bâtiment qui emploient en majorité des hommes et qui représentaient 32,6 % de l’emploi total en 1990 n’en représentent plus que 24,1 % en 2005. Au contraire, les services marchands et la Fonction publique qui emploient majoritairement des femmes et qui représentaient 67,4 % de l’emploi total en 1990 en représentent 75,9 % en 2005 (source INSEE, Tableaux de l’économie française 2006).


1.2 LE CAS PARTICULIER DES JEUNES DE 15 À 24 ANS AU CHÔMAGE :


Taux de chômage

2001

2002

2003

2004

2005

Var.2005/2001


18,9%

20,2%

21,9%

22,5%

22,1%

+3,2 points

Source : INSEE Tableaux de l’économie française 2006


Les jeunes femmes sont relativement plus frappées que les jeunes hommes, la part de ces derniers ayant cependant augmenté ces dernières années. Selon l’Office Français des Conjonctures Economiques (l’OFCE), le taux de chômage des jeunes passe à 16,6 % après 3 ans de vie active, ce qui reste très au-dessus de la moyenne nationale.


1.3 LE CAS PARTICULIER DES PERSONNES NON QUALIFIÉES :


Les personnes non qualifiées sont particulièrement touchées par le chômage : en 2002, elles représentaient 35 % des chômeurs, leur taux de chômage atteignant 14,7 %, nettement au dessus de celui de l’ensemble de la population.

(Source : OFCE, Economie française 2007).


1.4LE CAS PARTICULIER DES ÉTRANGERS AU CHÔMAGE :

Le taux de chômage des étrangers est très élevé, en particulier pour les Africains (28 % pour l’ensemble, 43,4 % pour les jeunes de 15/24 ans et 36,2 % pour les femmes). Les autres étrangers hors UE sont chômeurs pour 22,6 % d’entre eux. Le taux de chômage des étrangers ressortissant de l’UE s’établit à 7,7 %. Les étrangers qui ne ressortent pas de l’UE souffrent de 3 handicaps qui leur sont spécifiques : la «préférence nationale » qui continue à s’exercer, l’obstacle de la langue et leur sous-qualification.

(Source : INSEE Tableaux de l’économie française 2006)


1.5 L’ANCIENNETÉ, LA DURÉE ET LES CIRCONSTANCES DU CHÔMAGE :


L’ancienneté moyenne du chômage était en 2005 de 14,3 mois (10,9 mois en 1990), 42,5 % des chômeurs relevant du chômage de longue durée (plus d’un an).Les fins de contrats à durée limitée et les licenciements représentent 66 % des circonstances du chômage en 2005. A noter qu’entre 1990 et 2005, les fins de contrats à durée limitée ont augmenté de 8,7 points, les fins d’emploi pour licenciement ayant baissé de 6,4 points. Cette évolution contrastée illustre la montée en puissance des contrats précaires et la diminution des contrats à durée indéterminée, cette évolution frappant particulièrement les jeunes.

(Source : INSEE Tableaux de l’économie française 2006).


1.6 La précarité de l'emploi


Les emplois précaires concernent de très nombreux salariés : 4,3 millions sont dans une telle situation fin 2005 (3 millions en emploi à durée limitée et 1,3 million en emploi à temps partiel). Ils étaient déjà 4,1 millions à connaître des emplois précaires en 2003 mais leur nombre s’est accru de 6 % depuis. 17 % des emplois en 2005 sont donc précaires, ce % étant stable depuis 2003

(Source : INSEE Tableaux de l’économie française 2006).

Cette précarisation de l’emploi correspond à la «flexibilité» recherchée et obtenue par les entreprises, notamment à la suite des lois sur les 35 heures et qui ne se limite pas à l’annualisation du temps de travail. Certains estiment que la précarité est inhérente à l’emploi, salarié ou non, et qu’elle est la conséquence inévitable des aléas de la vie économique, lesquels se sont accrus depuis une quinzaine d’années par le jeu de la concurrence et par l’effet de la mondialisation de l’économie.

Selon cette thèse, un contrat à durée indéterminée (CDI), ne donnerait pas plus de sécurité qu’un contrat à durée limitée (CDD), ou à temps partiel. La théorie plaiderait en faveur de cette thèse, mais l’observation du fonctionnement du marché du travail oblige à tenir compte des faits suivants

:

En premier lieu, depuis une dizaine, voire une quinzaine d’années, on assiste à la multiplication de contrats de travail à temps partiel et à durée limitée. Si de tels contrats ne présentaient pas d’avantages en termes de liberté d’embauche et de licenciement aux yeux des employeurs, cette explosion ne serait pas intervenue. Il s’agit tout de même de 17 % des emplois !


En second lieu, et quoi qu’on en dise, le régime du CDI est entouré de conditions qui, pour l’employeur, rendent le licenciement plus coûteux et aléatoire du fait des rigidités imposées par la loi et de l’intervention du juge dans les procédures collectives.


En troisième lieu, au plan psychologique qui n’est pas le moins important, un salarié ayant un contrat à durée limitée ressent dès son embauche la crainte d’être licencié à l’échéance de son contrat, ce qui est peu favorable à son investissement dans le travail.


En quatrième lieu, le salarié à temps partiel se sent marginalisé et subit l’effet d’une rémunération réduite qui précarise ses conditions de vie. Le dernier rapport du CERC (Conseil de l’Emploi, des Revenus et de la Cohésion sociale) remis par son président Jacques Delors au 1er ministre le 17-11-2006 précise que les salariés aux revenus les plus bas, en l’occurrence les salariés à temps partiel et à durée limitée, travaillent 3,3 fois moins sur l’année que les salariés les mieux payés. Le CERC voit dans ce phénomène le principal facteur d’inégalité et d’insécurité.

Au total, si les contrats à durée indéterminée n’offrent pas une garantie totale d’emploi, ils sont néanmoins plus sécurisants que les contrats à temps partiel ou à durée limitée, sans parler de l’intérim qui a pris une grande ampleur dans notre pays.


1.7 LE SOUS-EMPLOI :

Sont considérées en sous-emploi les personnes travaillant à temps partiel, mais disponibles immédiatement et désirant travailler à temps plein. 1,3 million de salariés sont dans ce cas fin 2005 (en augmentation de 7,9 % par rapport à 2003) dont 0,98 million de femmes. Bien qu’inférieure, la part des hommes est croissante (+ 13,2 % depuis 2003)

(Source : INSEE Tableaux de l’économie française 2006).

On estime généralement que les salariés à temps partiel travaillent au mieux à 50 % d’un équivalent temps plein. Ceci signifie qu’à 1,3 million d’emplois à temps partiel correspond au moins 0,65 million de chômeurs.


  1. QUELLE EST L’AMPLEUR RÉELLE DU CHÔMAGE EN FRANCE ?


L’ANPE ne retient comme chômeurs que les personnes relevant de la 1ère des 8 catégories de la population qu’elle recense. Sont exclues toutes les personnes en recherche d’un travail à temps partiel, ou saisonnier, ou temporaire, en stage de formation, ou bénéficiant de l’une des mesures relevant du «traitement social du chômage», ou ayant travaillé plus de 78 heures par mois et les personnes malades. Sur les mois de juillet à septembre 2005 1,67 million de personnes en moyenne étaient ainsi exclues des statistiques du chômage. Il faudrait aussi tenir compte de tous ceux qui, découragés après de nombreuses demandes d’emploi restées infructueuses et tous les rendez-vous restés sans effet à l’agence de l’ANPE, renoncent à maintenir leur inscription au titre du chômage ; leur nombre ne peut pas être chiffré.

Madame Margaret Maruani, Directrice de recherches au CNRS, après une étude approfondie de la réalité du chômage, affirme dans son livre «Les mécomptes du chômage» paru chez Bayard en 2006, que «la moitié des sans-emploi recensés ne sont pas définis comme chômeurs».Personne n’a démenti le propos de Mme Maruani.

Par ailleurs, selon «Premières synthèses», publication du ministère de l’emploi, (N° de septembre 2004), «prés de la moitié des bénéficiaires du RMI de décembre 2001, et qui le sont toujours un an plus tard, ne sont pas inscrits à l’ANPE».


Une approche fondée sur les chiffres officiels et les éléments ci-dessus aboutit au chiffrage suivant des chômeurs au 31 décembre 2005 :

en milliers

a) Chômeurs recensés (catégorie 1 de l’ANPE)

2 622

b) La moitié des personnes relevant des catégories 2 à 8 de l’ANPE.

834

c) La moitié des personnes percevant le RMI

633

Total a+b+c

4 089


Le chiffrage ci-dessus signifie que près de 4,1 millions de personnes sont sans-emploi en France et que les chômeurs officiellement recensés ne représentent qu’un peu plus de 60 % de l’ensemble des chômeurs.


Selon l’INSEE (Tableaux de l’économie française 2006), la population active s’élevait en France en

fin d’année à :


En milliers

2003

2004

2005

Variation 2005/2003





En milliers

En %

Ayant un emploi

24691

24784

24921

+230

+0,9%

Chômeurs

2762

2746

2622

140

-5,1%

Total population active

27453

27530

27543

+90

+0,3%


Comme nous l’avons expliqué plus haut, toute personne non recensée par l’ANPE comme chômeur (selon sa catégorie 1) est considérée comme ayant un emploi au mépris de la réalité. En conséquence, la composition de la population active doit être modifiée : le nombre des personnes ayant un emploi devant être révisé en baisse, celui des chômeurs devant être révisé en hausse, comme l’indiquent les chiffres suivants :



En milliers

31-12-2005

Ayant un emploi

23454

85,15%

Chômeurs

4089

14,85%

Total population active

27453

100,00%


Au total, le taux de chômage ressort à 14,85 % et non à 9,5 % comme l’affirment les chiffres officiels.


    1.9QU’EN EST-IL DES 300,000 OU 600,000 OFFRES D’EMPLOI RESTÉES VACANTES ?


L’existence, réelle et confirmée par de nombreux professionnels, de ces offres d’emploi non satisfaites est souvent utilisée pour stigmatiser la prétendue «paresse des chômeurs ». En fait, 4 raisons, pour l’essentiel, expliquent cette anomalie :

a) Selon le CERC, 190 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire (100 000 du secondaire et 90 000 du 1er cycle de l’Université) sans aucune formation et ne peuvent donc répondre à des offres d’emploi qui exigent un certain niveau de formation. Chacun imagine les effets de cumul de cette situation sur plusieurs années.

b) D’anciens salariés au chômage depuis longtemps et de ce fait manquant de repères, ont beaucoup de mal à se replacer activement sur le marché du travail.

c) Certaines branches professionnelles ont trop longtemps fait largement appel à des travailleurs immigrés aux conditions de travail et de rémunération souvent très médiocres. Ce comportement a donné une image très négative aux postes que ces branches proposent, même si la réalité s’est améliorée depuis un certain temps.


d) Les offres et demandes d’emploi ne peuvent coïncider et s’équilibrer exactement et simultanément. C’est l’effet de frottement que prennent en compte les économistes pour considérer qu’avec un volant de 300.000 chômeurs l’économie française est en situation de plein emploi. Personne ne niera qu’il puisse y avoir des personnes déstructurées se refusant à travailler, mais les éléments exposés ci-dessus sont révélateurs de la complexité des structures sociales et économiques et devraient interdire les propos péremptoires trop souvent entendus au sujet des centaines de milliers d’offres d’emploi restées vacantes.



Compte tenu d’une population active de 27,5 millions de personnes fin 2005, et la nature humaine étant ce qu’elle est, bien entendu il y a des fraudeurs à l’assurance chômage. La presse a annoncé, il y a quelques semaines, qu’il y avait 10 000 personnes qui vivaient frauduleusement des indemnités de chômage dans la région parisienne, ce qui fut d’ailleurs démenti par les ASSEDIC. Les chômeurs de la région parisienne représentent environ 20 % du total des chômeurs en France, soit de l’ordre de 524 400 personnes fin 2005. Les 10 000 supposés fraudeurs représenteraient donc 1,9 % des chômeurs de la région parisienne. Les fraudeurs franciliens n’étant vraisemblablement et proportionnellement ni plus ni moins nombreux que les fraudeurs de la France entière, l’application du taux de 1,9 % au nombre total des chômeurs du pays ferait apparaître un nombre de faux chômeurs supposés pour toute la France de 49 818 personnes. Qui, de bonne foi, pourrait considérer qu’un tel effectif puisse mettre en péril le financement de notre système d’assurance chômage ou améliorer de façon significative les statistiques officielles du chômage ? Ajoutons que selon le président de la mission parlementaire chargée d’évaluer les moyens de contrôle de l’Unédic «les escroqueries à l’assurance chômage ne sont pas le fait de chômeurs mais celui de réseaux organisés et industriels» (Les Echos du 20-12-2006). Au total, la référence aux «chômeurs-fraudeurs» n’est pas plus recevable que celle portant sur les offres d’emploi restées vacantes.


Conclusion :

A s’en tenir aux chiffres officiels, notre pays, dans l’Europe à 25, se trouve, en % de la population active, au 22ème rang avec l’Allemagne, pour le nombre des chômeurs. Seules la Grèce et la Pologne font plus mal que nous (Source INSEE Tableaux de l’économie française 2006). Malheureusement, nous savons que la réalité du chômage est bien pire que ce qu’en disent les chiffres officiels.


La réalité : Pour 100 personnes ayant un emploi, plus de 17 sont au chômage. Le phénomène est trop massif pour qu’il soit possible de s’en désintéresser.


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