L'Union européenne et le commerce mondial | Diocèse de Troyes

L'Union européenne et le commerce mondial

Du 13 au 18 décembre 2005, s'est tenue à Hong Kong la réunion ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (l'O.M.C.). Nous évoquerons dans cette chronique la position de l'Union Européenne (l'U.E.) dans le cadre de cette réunion et les quelques leçons pouvant être tirées de la conférence de Hong Kong. Les 149 pays membres de l'Organisation sont parvenus, in extremis, à un accord a minima : l'Union européenne a accepté, en contrepartie des engagements des USA, de réduire leurs subventions à leurs producteurs de coton, de timides avancées, obtenues sur la diminution des droits de douane, sur les produits industriels et sur la libération des services ; elle a accepté aussi d'éliminer ses subventions agricoles à l'exportation d'ici à 2013. En outre, a été reconnu le droit des pays en développement d'adopter leur propre rythme de libération des échanges de produits agricoles, industriels et de services, et a été bouclé, non sans mal du fait de l'attitude restrictive des USA et du Japon, un « paquet développement » destiné à aider les pays les moins avancés (les P.M.A.) à mieux s'insérer dans le commerce mondial. L'U.E. n'apparaissait pas en position favorable à la veille de la conférence de Hong Kong, accusée qu'elle était de protéger abusivement son agriculture au détriment des pays du Sud. Par ailleurs, la règle de l'unanimité étant de rigueur pour les prises de décision au sein de l'O.M.C, une issue favorable de la conférence apparaissait très improbable après le calamiteux échec de la conférence de l'O.M.C. à Cancun, en septembre 2003 ; un nouvel échec à Hong Kong eut signifié la perte de crédibilité de l'O.M.C, la fin du multilatéralisme au profit du bilatéralisme si cher aux anglo-saxons mais le plus souvent contraire aux intérêts des pays les plus pauvres et le retour au protectionnisme, source de tensions au plan mondial. L'U.E. est parvenue à jouer son rôle dans la négociation en se lavant, au moins partiellement, de l'accusation dont elle était l'objet : celle de protéger ses paysans au détriment de ceux du Sud. Elle a démontré que sa position ne pouvait être réduite à une attitude purement protectionniste à l'égard des pays du Sud, et ceci au moyen de quatre arguments : • Les pays du Sud ne peuvent pas être considérés comme un groupe homogène de pays également défavorisés. Quoi de commun, en effet, entre l'exploitation du petit producteur malien de coton, ou celle du petit producteur péruvien de café et les énormes exploitations agricoles du Brésil ou d'Argentine -pour ne citer que celles-ci- qui sont aux mains de grands propriétaires fonciers, véritables latifundiaires, qui exploitent une multitude de paysans pauvres ? A cet égard, s'est révélée une différence notable de points de vue, donc d'intérêts, entre les pays du G 20 qui rassemble autour du Brésil les pays du Sud, exportateurs agricoles qui, sous prétexte de demander l'ouverture des frontières occidentales à leurs productions, visent, en fait, la libéralisation totale des échanges agricoles et ceux du G 90 qui rassemble les petits pays en développement, principalement ceux de la zone Afrique, Caraïbes, Pacifique (A.C.P.) qui craignent d'être submergés par les exportations des pays du G 20. • La réforme de la Politique Agricole Commune (la P.A.C) en 2003 a abouti à découpler de la production les aides européennes aux paysans de l'U.E., et donc à limiter leurs effets de distorsions sur les marchés mondiaux. • L'U.E. importe plus de produits alimentaires des pays émergents et en développement que les autres pays industriels, notamment les USA et le Japon ; l'U.E. absorbe 41 % des exportations agricoles du Brésil. • L'U.E. a également fait valoir sa volonté de préserver les accès préférentiels qu'elle a consentis en faveur de la zone Afrique, Caraïbes, Pacifique (A.C.P.) et des autres pays les moins avancés, dans le cadre de protocoles ad hoc et dans celui de l'accord dit «Tout sauf les armes». Au total, quelques conclusions s'imposent au terme de la réunion de Hong Kong : - le compromis auquel sont parvenus les représentants des 149 pays membres de l'O.M.C. est certes imparfait, mais il constitue néanmoins un succès. Il illustre le fait que l'O.M.C. n'est pas un monstre supranational indifférent au sort des plus pauvres comme le prétendent les anti-mondialistes devenus, depuis Seattle, les «alter mondialistes ». Ce compromis est l'expression de la volonté unanime des 149 Etats membres et, comme tel doit être reconnu. - le compromis de Hong Kong est critiqué par de nombreuses ONG ou par des économistes aussi respectés que le Prix Nobel et ancien chef économiste de la Banque Mondiale, Joseph E. Stiglitz, mais les observateurs ont été nombreux à Hong Kong à constater que les thèses des alter mondialistes étaient en déphasage notable avec les préoccupations concrètes des principaux pays les plus pauvres de la planète. A cet égard, se pose la question de savoir si certaines ONG n'ont pas été instrumentalisées par le G 20 au détriment des pays du G 90. - si Hong Kong s'inscrit bien dans un cadre de référence libéral, au sens de la libération des échanges et à l'opposé des protectionnismes nationaux, l'accord intervenu montre bien la volonté des 149 états membres que l'O.M.C. soit un outil de régulation des échanges internationaux. - les pays émergents du G 20 et les pays les plus pauvres du G 90 sont parvenus à retourner contre le clan des anciennes puissances la machine de guerre occidentale que l'O.M.C. était soupçonnée d'être à ses débuts, et que ses détracteurs persistent, contre l'évidence, à présenter comme telle encore aujourd'hui. - un optimisme excessif est évidemment hors de propos. De nouvelles négociations doivent aboutir d'ici avril 2006 et leur issue n'est pas assurée. Ceci étant, et comme l'a déclaré Pascal Lamy, le Directeur général de l'O.M.C, «Le train de la négociation initiée en 2001 à Doha est à nouveau sur les rails ». Il revient aux militants du commerce équitable et du développement durable de veiller à ce que le nouvel élan donné à Hong Kong ne s'épuise pas dans la confrontation de vains égoïsmes nationaux et il leur revient aussi de promouvoir les actions de solidarité. François BONICEL Le 1er janvier 2006 Sources : Les journaux , Le Monde des 03/08/2004 et 13-14-15-16-18-19 et 20 décembre 2005, La Croix des 21/10/2005 et 14-15-16 et 19 décembre 2005, Les Echos des 12-13-16-17 et 19 décembre 2005, Libération du 19/12/2005. ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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