La question de l'emploi des jeunes en Europe | Diocèse de Troyes

La question de l'emploi des jeunes en Europe

Le Contrat Première Embauche est au centre de toutes les conversations.

Qu’en est-il de l’emploi des jeunes en Europe ?

Comment les pays de l’Europe de l’Ouest traitent-ils ce problème ?

Pourquoi la France est-elle à la traîne ? Le CPE va-t-il changer

la donne ? Tels sont les thèmes de cette chronique.


  1. La situation en Europe

Comparaison du taux de chômage des jeunes en % de la population active des moins de 25 ans dans l’Europe des 15 (hors Autriche et Luxembourg) :





On peut tirer deux constatations de ces chiffres :

– une concentration des pays du Nord dans les meilleurs, une concentration des pays du Sud dans les mauvais. Trois exceptions contraires : Portugal, Suède et Finlande.

  • au taux de chômage le moins élevé correspond la période d’essai la plus longue et inversement.

Cette double constatation est encore plus marquée si l’on compare la performance moyenne des trois meilleurs et des trois plus mauvais des 13 pays examinés :



On ne peut cependant s’en tenir à ces constatations, car d’autres facteurs sont à prendre en compte comme on le constate en comparant les politiques de l’emploi menées dans les pays du Nord et du Sud de l’Europe.

2. Les politiques de l’emploi des pays du Nord et du Sud de l’Europe

• Les pays du Nord, contrairement aux pays latins, ont mis en place des dispositifs d’accès au marché du travail pour les jeunes. L’apprentissage et la formation en alternance y ont été développés depuis longtemps.

• Contrairement aux pays latins, les pays du Nord ont adopté des mesures de flexibilité de l’emploi ; si elles facilitent les licenciements, elles favorisent aussi l’emploi car elles desinhibent les employeurs de leur crainte de ne pas pouvoir ajuster leurs effectifs suivant la conjoncture.

• En contrepartie de la flexibilité de l’emploi, les pays du Nord ont adopté des mesures énergiques : forte implication des personnels des services de l’emploi, important encadrement des personnes à la recherche d’un emploi avec revenu de substitution, incitations à des formations efficaces et à la reprise d’emploi.

Ces mesures visent l’ensemble de la population sans discrimination à l’égard des jeunes. Par ailleurs, ces pays, à l’exception de l’Allemagne qui a payé fort cher sa réunification, ont mené de vigoureuses politiques d’assainissement de leurs finances publiques et investi massivement dans l’économie de la connaissance (recherche et développement dans les hautes technologies). Ces mesures ont abouti à améliorer la croissance dans les secteurs à haute valeur ajoutée, favorisant ainsi l’emploi en général et celui des jeunes en particulier.

3. Le cas français

On a vu que la France figure en très mauvaise position dans le classement des pays européens. Sans pouvoir ici être exhaustif, on peut avancer quatre raisons à cette piètre performance :

• la France a enregistré une croissance plus faible, ces dernières années, que la plupart des pays européens, faute d’avoir privilégié les investissements à haute valeur ajoutée et réduit les rigidités du marché du travail. En outre, les déficits publics n’ont cessé de s’accroître.

• les gouvernements successifs, avec le concours des syndicats, ont mené une gestion de l’emploi consistant à protéger avant tout les salariés en place au détriment des chômeurs et surtout des jeunes à la recherche d’un premier emploi.

le système scolaire évacue, chaque année, 150 000 jeunes sans aucune formation pendant que les diplômés sont de plus en plus nombreux à occuper des postes dans la fonction publique. La part des diplômés de l’enseignement supérieur dans les cadres de catégorie A (échelon le plus élevé dans l’Administration) est passée de 74 % en 1982 à 87 % en 2002, et celle des bacheliers est passée en 10 ans de 14 % à 44 % des emplois d’ouvriers et d’employés. Cette évolution s’est évidemment faite au détriment des titulaires de «petits diplômes» et plus encore des jeunes sans formation.

• la France a, depuis trop longtemps, méprisé l’apprentissage et trop peu développé la formation en alternance.

4.Le CPE va-t-il changer la donne ?

Il est vraisemblable que, dans sa forme initiale, le CPE sera abandonné et ce pour au moins trois raisons :

• un grave déficit de pédagogie et une absence de concertation ont nui à la crédibilité du projet.

• le projet contient une erreur manifeste : il concerne toute la jeunesse alors que les conditions d’insertion des jeunes varient considérablement selon leur niveau de formation. Placer les jeunes diplômés et les futurs diplômés dans un statut dérogatoire de 2ème catégorie a été jugé inacceptable par eux et leurs parents, alors qu’il n’a aucune utilité économique. Les syndicats l’ont bien compris…

• faute d’être accompagné d’un intense effort de formation et d’aide à la personne, le CPE n’apporte pas de réponse tangible aux problèmes des jeunes sans qualification, qui ont beaucoup de mal à accéder à un emploi.

Il sera difficile au gouvernement de sortir de l’impasse dans laquelle il s’est mis, sauf à abandonner son projet ou à le modifier radicalement. Il faudra bien, pourtant, trouver des solutions au problème prioritaire du chômage des jeunes sans qualification. Il lui resterait à s’inspirer des solutions mises en oeuvre avec succès dans les pays les plus performants en terme d’emploi, sans picorer ici ou là des recettes qui ne relèveraient pas d’un système global et cohérent. Cela exigera courage et permanence de l’effort dans le temps. La perspective de l’élection présidentielle ne favorise guère ce changement de cap.

François Bonicel     

Le 27 mars 2006    

Sources : Le journal Le Monde des 8 novembre et 31 décembre 2005

7, 9, 14, 15, 16 février et des 18, 19, 20, 24 mars 2006.



---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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