Quel avenir énergétique pour l'Europe ? | Diocèse de Troyes

Quel avenir énergétique pour l'Europe ?

1. L'état des lieux En 2005, la consommation mondiale d'énergies primaires a sans doute atteint 11 milliards de tep (tonnes équivalent pétrole) en augmentation de 37,5 % par rapport à 1990. La consommation devrait croître de 52 % sur la période 2003/2030. La demande est couverte par le pétrole (35 %), le charbon (23 %), le gaz naturel (24 %), le nucléaire (7 %), les énergies renouvelables (11 %), les énergies fossiles représentant 82 % de l'ensemble. En 2030, l'UE devra importer 73 % de son énergie contre 50 % actuellement et dépendra de ses importations à 90 % pour le pétrole, 70 % pour le gaz et 100 % pour le charbon. 2. Les politiques de l'énergie sont diverses en Europe La France a favorisé le nucléaire, le Royaume- Uni et les Pays-Bas le gaz, la Suède et la Finlande l'hydroélectricité. Cette diversité résulte des différences de perception face aux enjeux stratégiques, du poids déterminant des industriels de l'énergie dont les choix sont souvent différents, voire divergents, et de conditions géographiques particulières. L'UE, ayant ratifié le protocole de Kyoto, s'est engagée à réduire sa dépendance à l'égard des énergies fossiles mais se heurte au fait que les alternatives envisageables sont peu nombreuses. Le nucléaire occupe à ce jour une place privilégiée : la France et la Finlande se sont lancées dans un programme de centrales nucléaires de nouvelle génération (l'EPR) et l'UE participe au programme mondial visant à construire le réacteur expérimental de fusion nucléaire ITER. Si les nombreuses incertitudes technologiques que comporte ce projet sont levées, il pourrait déboucher sur une application industrielle vers 2100. Ainsi, tout se passe comme si la priorité était donnée au nucléaire même si l'Allemagne et l'Italie ont gelé leur programme nucléaire ou y ont renoncé. Qu'en est-il de la consommation d'énergies renouvelables ? La Suède et la Finlande se distinguent avec 26,5 % et 21,2 % de leur consommation d'énergie grâce à la puissance de leur potentiel hydroélectrique et à une utilisation croissante du bois et des biogaz ; l'Autriche, le Portugal et le Danemark sont dans une position intermédiaire avec 10 à 20 % de leur consommation. Les autres pays européens sont entre 1,3 et 6,7 % de leur consommation. Toutefois, le prix du pétrole, au-delà de 75 dollars le baril, pourrait modifier la donne. La Commission européenne souhaite que la part des biocarburants atteigne 20 % de la consommation de carburants d'ici 2020 et l'Administration Bush table sur un fort développement du bioéthanol aux Etats-Unis. 3. L'UE est confrontée à d'importants risques énergétiques En premier lieu, ses voies d'approvisionnement sont vulnérables. 5000 tankers et méthaniers naviguent chaque jour sur les mers. Beaucoup sont dangereux. Se combinent les problématiques du terrorisme et de la pollution, sans compter les risques politiques pesant sur les fournitures de gaz et de pétrole. En second lieu, se pose la question du prix du pétrole. Le seuil des 70 dollars a été franchi le 30 août 2005 ; en dollars constants, ce prix ne correspond qu'à 65 % du prix atteint en 1979 mais le baril pourrait atteindre 110 dollars, soit un prix comparable en dollars constants au cours de l'époque du 2ème choc pétrolier, fragilisant ainsi sérieusement l'économie des Vingt- Cinq. 4. Quelles politiques énergétiques pour l'UE ? Quatre pistes, au moins, doivent être simultanément empruntées : - renforcer les capacités de raffinage devenues insuffisantes et surtout les adapter afin de les rendre capables de traiter des quantités croissantes de pétroles non conventionnels du Canada et du Venezuela. - mutualiser au niveau de l'UE les stocks stratégiques de pétrole et de gaz afin de limiter les risques de spéculation et d'augmenter la visibilité des marchés. - investir massivement dans les énergies de substitution et les énergies renouvelables (piles à combustible, moteurs hybrides, utilisation de la biomasse, du solaire et de l'éolien etc...). - relancer les économies d'énergie en investissant massivement dans le ferroutage, la construction d'immeubles économes, les transports en commun et développer des politiques actives de sensibilisation des consommateurs (hausses de prix, aides à l'investissement thermique, limitation de l'utilisation de grosses cylindrées et des vitesses autorisées, plafonnement des températures, etc.). Chaque pays européen, seul, est incapable de résoudre les problèmes énergétiques auxquels il est confronté, compte tenu de la taille des principaux acteurs sur le marché mondial de l'énergie et de l'énormité des enjeux. Une fois de plus, se vérifie la nécessité pour les Vingt-Cinq de définir des politiques communes dans les grands domaines d'intérêt général. Pourtant, lors de leur sommet des 23 et 24 mars, les dirigeants européens, s'ils ont montré un intérêt commun pour ces grandes questions, n'ont toujours pas réussi à dégager une stratégie énergétique commune. François BONICEL Le 26 avril 2006 Sources : Note de la Fondation Robert Schuman de janvier 2006 Le Monde des 19 et 12 avril 2006, des 20, 11 et 6 mars 2006 Les Echos des 21, 20, 19, 18 avril 2006 La Croix du 3 avril et des 8 et 7 mars 2006 Réforme des 9 et 15 mars 2006. ---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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