La difficulté de l'adoption du budget | Diocèse de Troyes

La difficulté de l'adoption du budget

La difficulté de l’adoption du budget

et le modèle allemand


L’Union européenne s’est-elle donné, au Conseil européen

de Bruxelles, les moyens de ses ambitions ?

Depuis les élections législatives de septembre 2005, l’Allemagne

est-elle devenue un laboratoire européen ?

Tels sont les deux sujets de cette chronique.


Le budget européen

Le 5 décembre 2005, Tony Blair, qui assurait la présidence tournante de l’UE, a présenté ses ultimes propositions consistant à ramener le budget européen à 1,03 % de la richesse européenne, au détriment des pays les plus pauvres de l’UE et à réduire de 8 milliards d’euros le rabais dont bénéficie le Royaume Uni. Ces propositions ayant été jugées inacceptables par les Etats membres, un compromis au Conseil européen des 15 et 16 décembre, à Bruxelles, paraissait hors de portée. A la veille du Sommet, le président de la Commission, José Manuel Barroso, mettait encore en garde les Etats membres contre la tentation de retenir un budget trop limité en regard des besoins d’une Europe solidaire et dynamique.

Finalement, un compromis, largement dû aux talents de la Chancelière allemande Angela Merkel, est intervenu dans la nuit du 16 décembre fixant le budget de l’UE pour les années 2007 à 2013 à 1,045 % du Revenu Brut des Vingt Cinq. Londres a accepté une réduction plus importante de son rabais (10,5 milliards d’euros contre 8), la France acceptant de son coté une remise à plat du budget communautaire en 2008-2009.

On a, certes, évité une nouvelle crise qui eût été lourde de conséquences pour l’avenir, mais comme l’a dit le Commissaire européen Jacques Barrot «La promotion d’une économie européenne de la connaissance et de plein emploi aurait mérité un effort communautaire beaucoup plus important pour moderniser nos économies et nous adapter à un monde en pleine mutation, marqué par l’émergence des géants chinois, indien ou brésilien».

Autre aspect qui concerne les chrétiens au premier chef : la manière dont ont été menées les négociations ont été regrettables, car elles ont été basées sur ce que chaque Etat membre allait donner et recevoir plutôt que sur les besoins de l’UE. Il est nécessaire à cet égard qu’un esprit de générosité et de solidarité l’emporte sur les égoïsmes nationaux pour que l’UE puisse poursuivre ses ambitions collectives


L’Allemagne, le laboratoire européen ?

Les dernières élections législatives allemandes en septembre ont fait apparaître qu’il y avait d’un coté quelque 10 % d’Allemands qui (mélange de gauche radicale et de souverainistes) ne veulent aucune réforme de l’Etat et croient encore que par la dépense publique, on peut redresser la barre et, de l’autre coté, quelque 10 % d’ultra-libéraux qui sont convaincus qu’il faut un traitement de choc, débarrasser l’Etat de tout ce qui n’est pas rentable pour faire fonctionner à nouveau la sacro-sainte loi du marché. La majorité se situe entre ces deux extrêmes, réunissant 80 % de la population.

Les électeurs, s’ils ont souhaité envoyer un message de mécontentement à la majorité SPD/VERTS, n’ont pas voulu pour autant s’en remettre à la démocratie chrétienne, la CDU, alliée à la CSU bavaroise. En fait, face aux réalités, et tous comptes faits, les Allemands ont souhaité un équilibre entre des réformes susceptibles de stimuler l’économie et des mesures sociales atténuant les effets d’un capitalisme sauvage. Pour ce faire, les électeurs ont fait en sorte que les deux principaux partis du pays, l’un « social à tendance libérale »,le SPD, l’autre « libéral à tendance sociale » la CDU, soient contraints de s’entendre, ce qui a conduit à la « grande coalition » au pouvoir. Celle-ci va devoir s’interroger sur chaque réforme à entreprendre : quelle modernisation est-t-elle nécessaire, quel filet social peut-il être maintenu sans réduire à zéro l’effort de modernisation ?

Le succès de la coalition n’est pas garanti car elle doit affronter, outre une situation économique et financière dégradée, des défis qui dépassent des défis les clivages politiques traditionnels : déclin démographique, vieillissement de la population, des structures et des comportements, déficits en matière de formation et d’éducation…

Un échec de la coalition signifierait la victoire du modèle mis en oeuvre par les Britanniques et déjà imité par les pays de l’Est. Ce modèle veut réduire le chômage par une privatisation massive des services essentiels. Renforcé par son application en Allemagne, ce modèle tendrait à s’étendre à l’ensemble de l’Europe.

Ceci étant, l’Allemagne pourrait bénéficier d’une évolution des esprits : au SPD, on admet que l’Allemagne ne peut pas échapper à certaines coupes dans les systèmes sociaux à condition qu’elles ne soient pas trop radicales, et la CDU a largement renoncé à son programme clairement néolibéral, admettant que les réformes radicales ont échoué.

Nous, Français, aurons tout avantage à observer attentivement l’évolution de nos voisins et partenaires allemands.


François Bonicel

Le 24 janvier 2006


Sources : Les journaux et revues

Le Monde des 4-7-9-16-17-18-19 décembre 2005.

La Croix des 5-7-14-16-19 décembre 2005

Europe infos, organe de la Commission des épiscopats

de la Communauté européenne (COMECE),

de janvier 2006.

Economie et Humanisme de décembre 2005.

---- Cet article est extrait de la revue "Eglise dans l'Aube". Rédaction & Administration : "La revue Catholique" 10 rue de l'Isle 10000 Troyes tel 03 25 71 68 04 mail : revuediocese@catholique-troyes.cef.fr parution mensuelle Abonnement 25 €

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